lions

Dans la cage aux lions

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bebe-dompteurBostock, le dompteur très populaire chez les Parisiens de Montmartre, vient de se faire à moitié dévorer par son lion favori. On espère qu’il en reviendra, mais il est blessé grièvement. 

A propos de cet accident, on raconte des histoires émouvantes. Je n’en sais pas de plus drôle que celle de ce lourdaud de paysan qui avait été engagé à l’improviste pour  remplacer le garçon d’une ménagerie, renvoyé. Le patron lui avait simplement dit qu’il devait, le matin, balayer la cage des lions. Mais, au lieu de le faire comme on le fait d’ordinaire, en passant le balai dans l’espace laissé libre entre les barreaux, le naïf balayeur était entré dans la cage aux lions… Comme ceux-ci grognaient, il les avait crosses à coups de balai sur le mufle, en les appelant « sales bêtes ». Et, ceci, sans inconvénient. 

On dit que les fauves prisonniers, du seul fait de se sentir captifs, perdent la moitié de leur énergie. Les dompteurs ont, du reste, un moyen scientifique de réduire les fauves : c’est de se laisser mordre deux ou trois fois le bras recouvert d’une cuirasse hérissée de pointes. L’animal, qui raisonne et ne se trompe jamais dans les raisonnements simples, en conclut que l’homme est une sorte de porc-épic terrible auquel on ne peut toucher sans se blesser. De là, lui vient cette terreur que des dompteurs habiles ont laissé croire due à la puissance du regard de l’homme et à une sorte d’admiration que son courage cause à la bête. 

Tout de même, le métier a ses périls. Bostock en sait quelque chose. 

« Les Annales politiques et littéraires. » Paris, 1905.

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Les vieux lions

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Vincent Van Gogh, qui était alors âgé de trente-et-un ans, passa par la classe de peinture où professait Charles Verlat, le directeur de l’Académie royale des beaux-arts, type parfait du peintre officiel et tartempionesque, chargé de transmettre à la postérité, par le truchement de la peinture, le souvenir des grandes solennités patriotiques.

Dans cette classe, qui comptait soixante élèves environ, dont une bonne quinzaine d’allemands et d’anglais, Van Gogh arriva un matin, vêtu d’une sorte de sarrau bleu comme en portent les marchands de bestiaux flamands, et coiffé d’un bonnet de fourrure. En guise de palette, il se servait d’une planche arrachée à une caisse qui avait contenu du sucre ou de la levure. Les élèves avaient à peindre, ce jour-là, deux lutteurs qui posaient sur l’estrade, nus jusqu’à la ceinture. Van Gogh se mit à peindre fébrilement, furieusement, avec une rapidité qui stupéfia ses condisciples. « Il avait fait de tels empâtements, nous dit M. Hageman, que la couleur coulait littéralement de la toile sur le parquet. » Quand Verlat vit ce travail, et son extraordinaire auteur, il demanda en flamand, quelque peu ahuri : « Qui êtes-vous ? » Van Gogh répondit tranquillement : « Wel,Ik ben Vincent, Hollandsch » (Eh bien ! je suis Vincent, Hollandais). Alors, le très académique directeur proféra sur un ton dédaigneux en désignant la toile du nouveau : « Je ne corrige pas ces chiens pourris. Mon garçon, allez vite à la classe de dessin. » 

Van Gogh, dont les joues s’étaient empourprées, contint sa colère, et s’en fut au cours du brave vieux M. Sieber, que la nouveauté effrayait, lui aussi, mais qui était d’un caractère moins irascible que son directeur. Vincent resta là quelques semaines, dessinant avec ardeur, s’acharnant, avec une souffrance visible, à saisir la forme, travaillant rapidement, sans retoucher, déchirant le plus souvent son dessin ou le jetant derrière lui, dès qu’il l’avait terminé. Il faisait des croquis de tout ce qui se trouvait dans la salle : des élèves, de leurs vêtements, des meubles, oubliant le plâtre qu’avait donné à copier le professeur. Alors déjà, Van Gogh étonnait par la rapidité avec laquelle il travaillait, refaisant le même dessin, ou le même tableau, dix ou quinze fois. Le peintre s’est expliqué là-dessus, dans la suite, à plusieurs reprises :

« C’est bien beau, écrit-il un jour à son frère Théodore, que Claude Monet ait trouvé moyen de faire de février en mai, dix tableaux. Travailler vite, ce n’est pas travailler moins sérieux, cela dépend de l’aplomb qu’on a et de l’expérience.  Ainsi, Jules Gérard, le chasseur de lions, raconte dans son livre que les jeunes lions ont dans le commencement beaucoup de mal à tuer un cheval ou un bœuf, mais que les vieux lions tuent d’un seul coup de griffe ou de dent bien calculé, et ont une sûreté étonnante pour cette besogne. »

Eugène Montfort.  » Les Marges. » Paris, 1914.

Tortue sentimentale…

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Le commissaire du quartier des Arts-et-Métiers, faisant perquisition dans le logement d’un voleur arrêté par ses soins, y trouva deux tortues de la grande espèce, dont une était encore vivante, et qui avaient été volées en plein jour au Jardin des Plantes. La survivante fut immédiatement rendue au gardien et réintégrée dans son enceinte gazonnée.

L’opinion générale refuse à la tortue toute intelligence. Cependant, à peine cet animal fut-il placé dans son enclos, qu’il parut se reconnaître, donna des signes non équivoques de la joie la plus vive, se plaça successivement dans tous les endroits où il avait l’habitude de se tenir, alla se baigner dans son bassinet sembla heureux de reprendre possession de tous les lieux qui lui étaient chers.

Voilà, on en conviendra, une tortue sentimentale qui était tombée en de bien mauvaises mains. Vous verrez, si l’on n’y prend garde, que les hardis coquins emporteront quelque jour, sous leur manteau, les lions de la ménagerie.

« Le Siècle illustré : littérature, romans, histoire, causes célèbres, voyages, nouvelles diverses, chanson. »  Paris, 1862.

La cantatice aux fauves

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cantatrice-lionsC’est en Allemagne que s’est jouée, pour le cinématographe, la scène que représente notre gravure. Une cantatrice célèbre est venue chanter l’air de Mignon dans une cage où se trouvaient quinze lions. Le plus grand de ces animaux s’était couché sur le piano à queue et l’artiste en chantant, caressait sa crinière.

On sait qu’Orphée, par ses chants, charmait les animaux féroces. Quelle impression la moderne cantatrice a-t-elle produite sur les quinze lions ? Nous ne le saurons jamais. Les bêtes ne manifestèrent d’émotion d’aucune sorte et ne bougèrent pas. Un assistant assure qu’elles n’avaient même pas l’air d’écouter.

« Le Petit Journal illustré. » Paris, 1913.

Les lions mangeurs d’hommes de Tsavo

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En 1898, deux lions ont soufflé un vent de panique sur la construction d’un pont ferroviaire durant neuf mois en tuant et dévorant près de 140 ouvriers qui travaillaient pour les Britanniques dans la région de Tsavo.

Le Lieutenant-colonel John Henry Patterson (1867–1947) ingénieur mandaté par la British East Africa Company pour superviser les travaux, fut contraint de traquer ces lions qui terrorisaient les ouvriers et retardaient l’avancement du projet en raison de leurs attaques meurtrières.

Les lions mangeurs d’hommes n’ont rien d’exceptionnel dans ces contrées sauvages où des attaques sont régulièrement recensées pour maintes raisons telles que l’occupation constante de leur territoire par l’homme et la diminution de leurs proies habituelles. De plus, en 1890 une épidémie de peste bovine avait décimé des millions de zèbres, gazelles et autres espèces sauvages.

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Lion de Tsavo. Photo: Matt Berlin

Enfin, les prairies broussailleuses et sèches ne favorisaient la présence que de petits ongulés, nourriture insuffisante au régime alimentaire des grands félins. Cependant, toute l’étrangeté de cette affaire réside dans l’acharnement particulièrement meurtrier qu’ont montré ces deux lions et leur exceptionnelle constitution.

Les peaux conservées au Field Museum of Natural History Museum de Chicago donnent une vision impressionnante des lions : dépourvus de crinière, trait inhabituel chez les lions, ils mesuraient près de trois mètres de longueur pour une hauteur à l’épaule de 1,22 mètres. Les moyennes pour les lions d’Afrique voisinent les 2,60 mètres de long pour une hauteur à l’épaule de 0,96 mètre.

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Field Museum de Chicago

Une fois sa mission terminée, John Henry Patterson publia un ouvrage sur ces deux lions mangeurs d’hommes du Tsavo et d’autres histoires concernant l’Afrique de l’est. Des années plus tard, deux chercheurs américains, Julian C. Kerbis Peterhans et Thomas Patrick Gnoske, entreprirent des recherches plus approfondies sur cette affaire qui sont transcrites dans le Journal of East African Natural History.

https://1000curiositas.wordpress.com/2008/04/22/les-lions-mangeurs-dhommes-de-tsavo/