Lisbonne

Le centenaire de la pipe

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Un centenaire en l’honneur de la pipe s’organise en ce moment à Leipzig. Nous rappellerons sommairement à ce propos quelques souvenirs historiques intéressants.

C’est par les Portugais que l’usage de la pipe fut introduit au XVIe siècle en Europe, mais il était bien antérieurement répandu dans les Indes occidentales. Vers 1560, Jean Nicot, ambassadeur de France à Lisbonne, apporta dans notre pays la pipe et le tabac, d’où le nom de nicotine.

Pendant quelque temps, néanmoins, on se contenta de prendre le tabac par le nez. Ce n’est qu’un peu plus tard que la pipe commença à être adoptée. C’est sous Louis XIV que des distributions régulières de tabac furent faites pour la première fois aux troupes. Il y eut alors une sorte d’engouement pour la pipe, qui se répandit jusque dans les meilleures sociétés, et l’on vit même des grandes dames ne pas s’en priver. Saint-Simon raconte que les princesses du sang furent une fois surprises par le dauphin en train de fumer des pipes qu’elles avaient fait emprunter aux soldats du corps de garde du château de Marly.

On fuma un peu moins pendant le XVIIIe siècle, mais en revanche on prisa beaucoup. La pipe revint en grand honneur au moment de la Révolution, et l’on put même voir les plus illustres généraux de l’expédition d’Egypte fumer leur pipe à la tête de leurs soldats.

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Sous la Restauration, la pipe fut de nouveau dédaignée ; mais après 1830 sa faveur reprit de plus belle, et elle devint, aux belles époques du romantisme, le complément indispensable de toutes les fêtes littéraires et de tous les soupers qui suivaient les grandes premières représentations dramatiques du temps. Théophile Gautier a surtout fait valoir les délices de la pipe, dont il usa et abusa jusqu’aux derniers jours de sa vie.

Aujourd’hui la pipe ne se fume plus guère en public : c’est le cigare qui est seul de bon ton dans la rue ; mais dans le huis clos la pipe est le délassement des classes sociales les plus différentes.

Nous avons cité, dans notre dernier numéro, un certain nombre de lettres défavorables à l’usage du tabac ; mais nous avons démontré que cet usage, sous quelque forme que ce soit, pipe, cigare ou tabac à priser, tend de plus en plus à se généraliser.

Il y a vingt ans, les femmes du monde qui fumaient étaient une très rare exception ; aujourd’hui plusieurs d’entre elles se permettent de fumer, et ne s’en cachent même pas.

« Gazette littéraire, artistique et bibliographique. »  1890, Paris.

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La Salle des pies

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salle_des_piesA une vingtaine de kilomètres à l’ouest de Lisbonne, s’élève l’ancien château royal de Cintra. C’est là que se voit la « salle des pies », ainsi appelée parce qu’au fond de chacun des très nombreux caissons qui en constituent le plafond figure une pie tenant dans une patte une rose et dans son bec une banderole où se lisent ces deux mots: « a Por Bem », c’est-à-dire « Pour le bien ».

C’est que là, jadis, un roi fut galant et une reine fut jalouse. Un jour, ce roi embrassa une des dames d’honneur et fut ainsi surpris par la reine, survenue indiscutablement mal à propos. Le roi, qui ne manquait ni de présence d’esprit ni sans doute de bonnes raisons,se contenta d’expliquer ainsi son aimable geste:« Por Bem ».

Toutefois les dames ne purent se tenir de jaser de l’aventure et, pour se venger d’elles, le souverain les fit clouer au plafond sous l’apparence de ces oiseaux indiscrets et bavards que sont les pies.

« Lisez-moi Historia. » J. Tallandier, Paris, 1936.