Liverpool

My goodness !

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judasOn lit dans un journal de Liverpool la singulière anecdote que voici, et que ce journal affirme de la plus parfaite authenticité : 

Les grands artistes, raconte ce journal, sont fréquemment obligés d’aller emprunter quelque part un visage qui leur serve de modèle. C’est une nécessite qui a reçu dernièrement une singulière application dans la personne d’un gentleman bien connu à Liverpool et à Birkenhead pour la coupe tout orientale de son visage. Ce gentleman était dernièrement à Londres, parcourant en long et en large la rue du Strand, lorsqu’il fut accosté par une personne qui, après s’être excusée avec la plus grande politesse de son indiscrétion, pria instamment M… de vouloir bien lui permettre de prendre une esquisse de son visage, lequel, prétendait-il, rendait l’expression exacte qu’il désirait communiquer à un des personnages qu’il avait placé dans un grand tableau d’histoire. 

Après quelque hésitation notre compatriote consentait à accompagner, dans son atelier, l’artiste qui dessina à la hâte sur la toile l’esquisse de on visage. A quelque temps de là, un ami de M… lui ayant exprimé le désir de savoir quel serait le tableau dans lequel il était destiné à figurer d’une manière si remarquable, M… se rendit de nouveau chez le peintre et lui demanda la permission de voir son tableau. Cette requête fut de la part de l’artiste le motif de très vives objections : il prétendit qu’il était contre toutes les règles de montrer une œuvre d’art avant qu’elle ne fût achevée, etc., etc. Toutefois tous les efforts qui furent faits pour se débarrasser de M… demeurèrent sans succès. L’artiste fut force d’y consentir. Il mena en conséquence notre modèle dans son atelier.

Là, quelle n’est point la surprise de ce dernier de se voir figurer dans un grand tableau tiré d’un sujet de l’Ecriture, sous les traits de Judas Iscariote, et, qui plus est, dans un tableau destiné à l’Exposition !  

« L’Argus. » Paris, 1850.
Illustration :  Philippe de Champaigne.

Le billet

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Il y a environ soixante-dix ans, un billet de cinq livres sterling de la banque d’Angleterre fut envoyé en paiement à un marchand de Liverpool. En l’examinant à contre-jour pour s’assurer qu’il n’était pas faux, le caissier distingua de minces traits rougeâtres sur les marges et entre les lignes d’impression.

En les regardant à la loupe, il reconnut que c’étaient des caractères d’écriture tracés avec du sang. Après de grands efforts, il parvint à discerner les lignes suivantes :  

« Si ce billet, tombe entre les mains de John Dean de Longhille, près Carlisle, il lui apprendra que son frère est captif à Alger. » 

Immédiatement,on lit venir le nommé Dean, et on se procura les renseignements et les secours nécessaires pour libérer le prisonnier. Onze ans s’étaient écoulés depuis le jour où il avait écrit sur le billet en se servant, d’un morceau de bois taille menu et trempé dans son sang.

Il vivait encore quand on vint le racheter, mais les misères et les privations avaient épuisé ses forces et il mourut peu de jours après son retour dans son pays.

Paris, 1891.

La passion des mots croisés

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Qui donc eût cru que la passion des mots croisés pouvait présenter des dangers sérieux pour les volumes des bibliothèques ?

Ils sont tellement évidents (en Angleterre du moins) que l’administration de la bibliothèque du British Museum a dû prendre la décision d’interdire l’usage de ses encyclopédies aux chercheurs de mots croisés.

Les bibliothèques étaient, en effet, envahies par les concurrents qui venaient consulter les dictionnaires. Certains, dans leur hâte, déchiraient les pages du volume : c’est ce qui est arrivé à la bibliothèque de Liverpool.

Aussi, des mesures sévères ont-elles été prises pour éviter le retour de pareils excès. Désormais, toute personne qui demande un dictionnaire doit certifier par écrit qu’elle ne s’en servira pas pour chercher la solution d’un mot croisé.

En France, du moins, cette étrange passion n’a pas sévi avec une aussi dangereuse intensité.

 » La Revue limousine. »  Limoges, 1927.