Livre de cuisine

Le mot et la chose

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repas au front poilusOn sait que M. Chéron marqua son passage au sous-secrétariat de la Guerre par un acte mémorable : c’est lui qui fit rédiger le fameux Livre de cuisine en usage aujourd’hui dans toutes les casernes où l’on mange bien…

Ce qu’on connaît moins, c’est que le souci de ménager aussi à nos marins de succulents menus, préoccupa vivement le sous-ministre, et qu’à plusieurs reprises il fit, sur ce sujet,
d’officielles prescriptions. Un jour, à bord de
La Couronne, le commandant se rendit auprès du maître-coq et s’enquit de ce qu’il préparait pour le repas du jour :

 Mon commandant, nous aurons du bœuf parmentier…
— Du bœuf parmentier ? s’écria le commandant en faisant claquer sa langue. Ce doit être excellent, ça ?…
— Mais… oui, mon commandant…
— Et… c’est nouveau ?…
— Nouveau !… Nouveau !… C’est plutôt le nom qui est nouveau… à cause du nouveau règlement… Du bœuf parmentier nous en faisions déjà autrefois… Seulement nous l’appelions du rata aux pommes de terre…

L’apologue est symbolique. Il montre ce qu’il en est de certaines « réformes » et de certains « progrès ». Et plus spécialement de ceux auxquels Adolphe Chéron a attaché son nom.

« La Renaissance. » Paris, 1913.
Illustration : Scène de repas au front, 1915. Album photographique lecoeurauventre.com