Loir-et-Cher

Le sorcier de Chavigny

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paranoiakÀ Chavigny, village de la commune de Faverolles (Loir-et-Cher), il vient de s’en passer une bien bonne.

Un cultivateur ayant son fils atteint de tuberculose et dont l’état, malgré les soins du médecin, allait toujours en s’aggravant, fit venir d’Indre-et-Loire, pour le soigner, un devin, qui ne put l’empêcher de mourir.

Aussitôt arrivé, celui-ci s’écria :

 Je vois ce que c’est : un sorcier a jeté un sort à votre fils; heureusement pour vous, j’ai le pouvoir de le conjurer.
— Seulement, ajouta-t-il, je prévois que le sorcier reviendra dans le village, vers le coucher du soleil, et, à la première personne qu’il rencontrera, jettera le même sort.

Voilà pourquoi, pendant plusieurs semaines, à Chavigny, vers le coucher du soleil, vous n’auriez pas rencontré âme qui vive. Toutes les portes étaient closes.

On se barricadait chez soi et si un étranger venait à. circuler à cette heure fatidique, blottis craintivement derrière le rideau, on se chuchotait à l’oreille, bien bas :

 C’est le sorcier !

« L’Écho du merveilleux . » Paris, 15 mai 1901.
Illustration : « Paranoïak »  D. J. Caruso, 2007.

Bon dieu ! mais c’est bien sûr !…

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chateau chapelle-gaugain.Près des confins des trois départements de Loir-et-Cher, Indre-et-Loire et la Sarthe, un peu au dessus du petit village de la Chapelle-Gaugain, existe un vieux château dont furent successivement seigneurs la famille du poète Ronsard, celle de Pothon de Saintrailles, un d’Entragues, etc.

Le propriétaire actuel, on faisant démolir les fondations d’une vieille tour, a trouvé, à environ cinq centimètres, sous le pavage, un squelette dont les os, quoique usés par le temps, conservaient encore les caractères qui indiquent la jeunesse et le sexe féminin. Autour du cou et sur la poitrine étaient les débris d’un collier grains de ver émaillé, liés entre eux avec du fil de fer rongé par de la rouille. Deux os des doigts portaient chacun une bague en or, toutes deux à chaton. Sur le chaton de la première est un chiffre composé des lettres C. D. B. Celui de la seconde porte une jolie turquoise parfaitement conservée, et dessous, sur la partie qui louchait au doigt, est figurée au burin et émaillée une tortue (une tortue renversée, dans le vieux langage emblématique, était le signe de l’impossible), de chaque côté de laquelle, sur le pourtour interne de l’anneau, est gravé le mot latin impossible. Le temps n’a laissé d’autres traces de vêtements que le bout de cuivre d’un lacet. Le squelette, placé dans un trou creusé immédiatement au dessous du mortier de chaux qui soutenait, le pavage et dans un argile fort compact, n’occupait que bien juste la place nécessaire à un corps de taille moyenne et mince qui, évidemment, n’avait point été renfermé dans un cercueil.chapelle-gaugainLe collier ou chapelet, les deux bagues et le bout de lacet portent à croire que cette femme avait été enterrée avec ses vêtements; et cet enterrement au rez-de-chaussée d’une vieille tour, sous les pavés, doit faire supposer toute la précipitation qu’on met ordinairement a cacher un crime. Les dents du squelette étaient complètes et fort blanches. Les os des doigts sont minces, effilés, et les anneaux des bagues fort petits.

Il y a deux cents ans , le château de la Chapelle-Gauguin avait pour maître Jacques Desloges, gentilhomme de la chambre du roi Louis XIII. Une expropriation judiciaire, convertie en vente volontaire, le déposséda de cette propriété. Dans l’acte de vente, il se porta fort pour sa femme absente et promit de lui faire ratifier la vente dans le délai de six semaines. Cette ratification n’existe point au dossier, d’ailleurs très complet, des titres de la terre. La femme de Jacques Desloges était Catherine de Broc : C. D. B.

Il y a là tout un drame que l’imagination de nos romanciers pourrait faire revivre avec un vif intérêt.

H. Godbert. »Mémorial de la Mayenne. » Volume 3, 1844.