Étiquette : Londres

Dilemne

taverne

A Londres, toutes les vieilles dévotes se sont réunies et ont rendu visite à lord Palmerston. Elles lui ont demandé en grâce de faire immédiatement fermer tous les cabarets et de défendre le débit de boissons enivrantes.

Lord Palmerston aurait répondu qu’il était prêt à satisfaire à leur demande, mais qu’il serait dans ce cas obligé de supprimer en même temps toutes les vieilles dévotes, par l’excellente raison que leurs maris ne s’enivrant plus, elles n’auraient plus aucune raison de gronder et, par conséquent, seraient tout à fait inutiles en ce monde.

La députation a senti la justesse de cette réponse et s’est retirée gracieusement.

Un mystère de Londres

colonne-york-demon

Le mardi 15 décembre 1868, à Londres, un étranger, accompagné d’une dame, se présente chez le gardien de la colonne du duc d’York et demande à monter au sommet du monument. Le gardien ouvre la porte, l’étranger monte, laissant sa compagne au pied de la colonne et… il ne redescend plus.

La dame, inquiète, ne sait que penser d’une absence aussi prolongée. Le gardien escalade enfin l’escalier en colimaçon de 168 marches. Quelle n’est pas sa stupéfaction, en arrivant au sommet, de ne voir personne ! Le grillage qui ceint la plateforme panoramique est intact, donc l’étranger n’a pu se précipiter sur le pavé. Le gardien redescend, furète dans tous les coins, interroge tous les renfoncements. Rien, absolument rien ! pas le moindre atome d’étranger !

La dame s’arrache les cheveux, en demandant son mari. Un rassemblement se forme, la police arrive. On ne cesse de monter et de descendre le monument en pierre, en examinant les plus petits recoins : l’étranger n’y est pas ! La pauvre dame a été amenée à la station de police pour y faire sa déposition. Elle arrivait la veille de Slough, où elle tient avec son mari une pension de demoiselles.

Il va sans dire que cette disparition extraordinaire intrigue à un très haut point la curiosité du public, et il y a des personnes qui se demandent s’il n’y a point là-dessous de sorcellerie.

Le fantôme du cab

cab

L’Occult Review, en 1913, raconte le fait suivant, dont un de ses lecteurs lui a envoyé le récit :

Je me promenais dimanche dernier dans Londres, avec un ami. Nous venions d’arriver à Gordon Square et nous cherchions une voiture. Il en survint une. Tout-à-coup, nous remarquâmes qu’il y avait quelqu’un dans cette voiture et cependant le drapeau indiquait « voiture libre ». Comme elle passait près de nous à notre grande surprise, nous nous aperçûmes que le cab était vide, cette fois.

Mon compagnon appela le cocher et lui dit qu’il venait de voir un fantôme dans son cab.

— C’est bien possible, répliqua celui-ci, il y a quelques jours, j’ai chargé une personne qui, au bout d’un moment, ne donnait plus signe de vie. Pour éviter des ennuis, j’ai mis le corps dehors, et avec grande stupéfaction, je l’ai revue ici, à cette même place, une heure après.

Mon ami et moi, nous en tirâmes la conclusion que le mort ainsi expulsé s’était matérialisé et était venu s’asseoir à la même place dans le cab. 

Le banquet des chevaux

acton

Ces jours-ci a eu lieu aux environs de Londres le banquet annuel des chevaux âgés ou infirmes de la maison de retraite édifiée pour eux, à Acton, par les soins du duc de Portland.

Ne riez pas, c’est absolument sérieux. Il y a près de huit ans que le « Home of Rest » existe, et chaque année, à pareille époque, les trente pensionnaires de l’établissement d’Acton, sont régalés d’un véritable banquet, où figurent, outre la meilleure avoine, des petits pains, des carottes, des pommes, des gâteaux et mille sucreries. Tout cela est servi sur une table où sont disposées le nombre voulu des mangeoires, et les invités de marque qui assistent à ce singulier repas ne manquent jamais de le corser par quelque gâterie supplémentaire. Cette année, une jeune femme, Mme Gore, n’avait-elle pas eu l’idée de distribuer aux vétérans d’Acton un plum-pudding monstre ! Le plus âgé des pensionnaires du Home of  Rest s’appelle Bones, et il vient des horse guards de la reine et a trente-sept ans.

L’entretien et la nourriture de chaque animal sont assurés par les organisateurs de cette institution, unique en son espèce.

« Arcachon-journal. » Arcachon, 1899.

Un poète

nathaniel-lee
Nathaniel Lee, poète anglais, mourut à l’hôpital des fous à Londres. Ce fut là qu’il composa, quoiqu’on démence, sa tragédie des 
Reines Rivales.

Une nuit qu’il y travaillait au clair de lune, un nuage léger en ayant intercepté la lumière, il s’écria d’un ton impérieux :

Jupiter ! lève-toi et mouche la chandelle !

Le nuage s’épaississant, la lune disparut entièrement. Alors il s’écria en éclatant de rire :

L’étourdi, je lui dis de la moucher et il l’éteint !

« Le Pêle-mêle. Paris, 1895.

Une goutte de morning

buffet

Dernièrement, un de nos ténors (ils ne sont donc pas tous au front ? Après tout, celui-ci est peut-être réformé) fut sollicité d’aller à Londres prêter son concours à un grand gala de bienfaisance pour des œuvres de guerre.

Malheureusement, notre ténor ne sait pas un mot d’anglais. Quoique très alliance cordiale, il est tout à fait rétif à l’entente de la langue saxonne, ayant suffisamment affaire à comprendre la sienne. Il lui en arriva de ce chef une bien bonne. Très aimable de son naturel, il essayait donc quand même de lier conversation avec les organisateurs, et s’ingéniait, le sourire sur les lèvres, à essayer de saisir quelques mots entendus au passage, mais souvent mal traduits.  

Or, pendant l’entracte, un buffet improvisé avait été dressé dans le foyer des artistes. Le ténor s’y rend. Sur le seuil, le directeur, qui ne l’avait pas encore vu, lui dit-d’une façon charmante :

Good morning.

Le ténor hésite un peu, puis comme se ressouvenant, il répond tout à fait rassuré :

— Eh bien, moi aussi, je prendrai bien une goutte de ce que vous dites… à votre santé et à la Victoire !

« Le Carnet de la semaine. » Paris, 1918.