lord Byron

L’enfant de Bohème

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Une fenêtre d’un grand hôtel de la  promenade des Anglais de Nice s’ouvrait  brusquement, un soir, et un homme venait s’abattre sur le trottoir.

C’était un gentleman qui portait avec distinction un des plus grands noms d’Ecosse. Il ne s’était pas tué par neurasthénie, ni de dégoût de ne pouvoir monter à cheval sans tomber, comme le prince de Galles, ni même pour avoir pris au jeu la tragique culotte. Il s’était tué par désespoir d’amour.

A Londres, il avait fait la connaissance d’un joli mannequin qui rêvait de devenir danseuse et qui était en passe de le devenir, ayant remporté un premier prix à Paris et un autre à Nice. Le jeune mylord voulait épouser le joli mannequin. Mais le joli mannequin signifia au jeune mylord qu’elle préférait la danse aux révérences à la cour de Buckingham et au traditionnel château en Ecosse. Le compatriote de Walter Scott, entendant ça, ouvrit la fenêtre et se précipita. Cette aventure tragique a causé dans la gentry anglaise une véritable consternation.

Eh quoi, ont dit les joyeuses commères de Windsor et d’ailleurs, être noble, riche, beau et se tuer pour une dancing girl, alors qu’il y a dans la société tant de jeunes filles qui sèchent sur pied.

Hélas ! bonnes gens, l’amour est toujours enfant de Bohême, même lorsqu’il porte la jaquette bordée et le monocle d’un jeune membre du Savage Club. Notre jeune Ecossais était coiffé de sa petite fille de rien du tout et il a fait poum ! de désespoir d’en être dédaigné. Lord Byron, ce Don Juan hautain et sec, n’aurait pas approuvé cette histoire d’amour terminée par une défenestration. Mais lord Byron aima-t-il vraiment ?

Ce bon jeune homme qui s’écrase, comme un vulgaire calicot amoureux, sur l’asphalte lui est, à mon avis, infiniment supérieur.

André Négis, 1929.
Peinture : Angelo Garino.

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Cloven foot

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Quand la mère de lord Byron s’aperçut que le fils qu’elle avait mis au monde était boiteux, elle en ressentit un très vif chagrin.

Mais il paraît que cette infirmité existait depuis longtemps dans la famille. Plusieurs ancêtres du poète ont été boiteux de la même manière que lui. Il attacha toujours de l’importance à dissimuler ce défaut : il portait pour cela des pantalons fort longs, et taillés d’une manière particulière.

Quand ses camarades d’école voulaient le faire entrer en fureur, ils l’appelait pied fourchu (cloven foot). Cette injure le mettait hors de lui. Une chose bizarre et assez remarquable, c’est que Walter Scott a un pied exactement pareil à celui de lord Byron.

Louise Swanton-Belloc. « Lord Byron. Tome 1, notes. »  Paris, 1824.

Dominus de Byron

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George-Gordon-Byron

Pendant son séjour à l’école d’Aberdeen, Byron, quoique fort jeune, vivait déjà un peu à l’écart. Ses camarades se plaignaient de sa réserve et d’une sorte de dignité qu’ils prenaient pour du dédain.

Cependant, tous s’accordaient à lui trouver de la générosité et un coeur chaud. Il supportait impatiemment les railleries sur son infirmité (*). En général, toute injustice le révoltait. Il faillit un jour être victime d’un malentendu. On voulut le fouetter pour une faute qu’il n’avait pas commise. Le surlendemain, arriva la nouvelle de la mort de son grand oncle qui lui laissait, avec son titre, une fortune immense. On l’inscrivit sur la liste des écoliers comme Seigneur de Byron. Au moment de l’appel, on le nomma Dominus de Byron.

Un de ses camarades lui demanda pourquoi on lui donnait ce titre. Il répondit :

« Je n’y suis pour rien. Hier, le hasard a manqué me faire fouetter pour ce qu’un autre avait fait; aujourd’hui, il me fait lord, parce qu’un autre a cessé de vivre. Dans tous les cas, je ne lui dois point de remerciements, car je ne lui ai rien demandé. »

Le jeune Byron avait alors dix ans.

(*) Il était venu au monde avec un pied contrefait.
« Lord Byron. Tome 1. » Louise Swanton Belloc. Paris, 1824.

Les boiteux

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Thomas-Faed

Le siècle actuel semble appartenir aux boiteux avec toutes ses gloires. La tragédie que préférait l’Empereur était Hector, de Luce de Lancival. La meilleure comédie du temps était l’ Avocat, par M. Roger; Eh bien ! M. Roger et M. Luce de Lancival, ces deux représentants de l’art dramatique, étaient boiteux.

Lord Byron fut proclamé le premier poète de l’époque; Walter Scott, le premier romancier. Personne ne leur disputa la palme. Ils étaient boiteux l’un et l’autre. En France, pendant que la politique tournait toutes les têtes, les partis se dessinèrent, et chacun se choisit un chef. Les libéraux modérés et constitutionnels se rallièrent sous le drapeau de Benjamin Constant. Il était boiteux. Enfin, les hommes positifs, dédaignant les théories, se rangèrent sous le patronage du premier talent financier de notre époque, M. le baron Louis. Il est boiteux.

Depuis la révolution de juillet, l’opposition avait reconnu pour chef M. de La Fayette. Il est boiteux. Le gouvernement se fit représenter à l’extérieur par M. de Talleyrand, bien plus boiteux encore. Le parti royaliste appela alors à son secours l’illustre Châteaubriand. A peine rentré dans la carrière politique, il se sentit pris de douleurs rhumatismales, et il est boiteux, comme il convient à un illustre du siècle où nous vivons.

« Echo de la frontière. » paris, 1833. 
Illustration : « Sir Walter Scott et ses amis littéraires à Abbotsford. » de Thomas Faed.

La vieille prophétie du pont de Balgownie

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George Gordon Byron (Lord Byron) aimait les coutumes des lieux où il était né et se plaisait à raconter les légendes et les superstitions dont on l’avait entretenu. Il y ajoutait la foi la plus vive. Il était bon camarade et très dévoué. Il poussait même cette qualité fort loin. Un de ses compagnons, qui avait un petit cheval des îles Shetland, vint un jour lui proposer de faire une promenade sur les bords du Don (Petite rivière qui a son embouchure près d’Aberdeen).

Ils montaient et marchaient tour à tour ; mais quand ils atteignirent un vieux pont jeté sur la rivière, Byron arrêta l’écolier et le supplia de mettre pied à terre et de le laisser passer seul avec le cheval, parce qu’il existait une vieille prophétie populaire qui disait que le  pont de Balgownie tomberait si le fils unique d’une veuve et le seul poulain d’une jument y passaient à la fois.

« Et qui sait, dit-il, si ce poulain n’est pas le seul enfant d’une jument, et nous sommes tous deux fils de veuves; mais toi, tu as une soeur; et moi, personne que ma mère ne me pleurera. »

Son camarade céda; mais aussitôt que Byron eut échappé aux dangers de ce terrible passage, l’autre enfant voulut absolument le tenter aussi. Il arriva sans accident sur l’autre bord, et tous deux en conclurent très sérieusement que la mère du petit cheval avait eu d’autres poulains.

« Lord Byron. Tome 1 . » Louise Swanton Belloc, Paris,  1824.

Lord Byron et la jeune personne

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Lord Byron n’était ni avare, ni prodigue, comme on s’est plu à le dire : il veillait à ses intérêts, ne souffrait point qu’on le trompât, et se faisait rendre un compte exact de ses revenus, parce qu’il trouvait absurde et immoral de laisser un champ libre aux fripons. Mais, dès qu’il s’offrait une occasion de dépenser noblement, il sacrifiait des sommes considérables, dans un but utile.

Il mettait aussi une grâce extrême dans sa manière d’obliger. On sait qu’une jeune personne de beaucoup de talent se trouvant dans une situation très malheureuse, se présenta chez lui à Londres, pour le prier de souscrire à un volume de poésies qu’elle allait publier. Lord Byron n’était pas marié alors; et, comme s’il eût deviné ce que cette démarche pouvait avoir de pénible et d’embarrassant pour celle qui la faisait, il mit tous ses soins à lui rendre du calme. Il lui parla de choses indifférentes, mais avec tant d’abandon et d’amabilité, qu’elle oublia le motif de sa visite.

Tout en causant avec elle, lord Byron écrivit quelques mots sur un morceau de papier, et le lui mit dans la main, en disant que c’était sa souscription à l’ouvrage. Il ajouta :

« Nous sommes tous deux jeunes, le monde est un impitoyable censeur; et, si mon nom était en tête de la liste des souscripteurs, je craindrais que cela ne vous fit plus de tort que de bien. »

La jeune personne prit congé de lui, et dans la rue elle ouvrit le papier qu’il lui avait remis : c’était une traite de cinquante guinées sur son banquier.

« Lord Byron. Tome 1. »  Louise Swanton  Belloc. Paris, 1824.