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Pissarro, la loterie et le saint-honoré

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pissaro

C’était en 1878. Camille Pissarro écrivait à Eugène Murer : « Je traverse une crise affreuse, et je ne vois pas le moyen d’en sortir. »

On n’ignore pas la curieuse personnalité de Murer. De son vrai nom Meunier, il avait écrit des romans avant de s’intéresser à la peinture, mais il exerçait surtout, en ce temps-là, une profession plus nourricière, celle de pâtissier-cuisinier. Sa boutique, boulevard Voltaire, était le rendez-vous des impressionnistes. Meunier-Murer s’avisa de venir en aide à Pissarro en organisant une petite loterie dont il placerait les billets dans sa clientèle. Les lots seraient les toiles de son ami. Cent billets à un franc. Quatre peintures. Pissarro en offrit six!

Or, l’un des lots échut à une petite bonne. Elle accourut. Meunier-Murer lui montra la toile, humblement accrochée dans la boutique, parmi le faste des tartes ourlées de fruits, des saint-honorés farcis de crème. La petite bonne regarda, béante de déception, ses yeux mornes allant des succulentes gourmandises à la vilaine petite chose peinte. Comme elle regrettait ses vingt sous !

Si ça vous était égal, monsieur Meunier, finit-elle par dire, je préférerais un saint-honoré.

Elle eut le saint-honoré. Elle l’emporta, ravie. Et Murer, plus ravi encore, garda le Pissarro.

« Le Bulletin de la vie artistique. » Paris, 1921.

Le chanceux

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homer-simpson

Il y a quelque temps, un cultivateur du village de Sandersdof, en Bavière, achetait un billet de la loterie de Nuremberg.

Récemment, notre homme s’avisa de mourir sans attendre le tirage. Or, il se trouva que le mort gagna un lot de 30,000 marks.

Ses héritiers trouvèrent bien le numéro gagnant enregistré, mais le billet lui-même demeura introuvable. On s’avisa alors que le billet était resté dans l’habit de dimanche qui servit à la toilette funèbre du défunt.

La famille du gagnant sollicite maintenant la permission de procéder à une exhumation, de façon à rentrer en possession du billet gagnant.

Excellent sujet de pièce macabre pour le Grand-Guignol.

« Le Radical. » Paris, 1907.

Loterie

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chapeau

Il y a plusieurs années que la femme d’un employé, qui n’avait jamais mis à la loterie, avait rêvé quatre numéros, sur lesquels elle croyait avoir placé dix-huit francs, ce qui lui avait rapporté trente mille francs. Elle tourmente son mari pour avoir dix-huit francs et faire la mise. Le mari insiste pour les refuser, lui faisant observer que c’était de l’argent perdu; mais à la fin il cède.

Passant dans la rue, et devant la maison le jour et à l’heure où la loterie se tire ordinairement, il veut voir quels numéros sont sortis. Quelle est sa surprise lorsqu’il reconnaît les quatre numéros sur lesquels sa femme devait avoir fait la mise ! Il se trouve mal de joie, et obligé de prendre une voiture pour revenir chez lui.

En arrivant, il embrasse son épouse en lui disant:

Notre fortune est faite, tes numéros sont sortis.

D’après tes observations, répond la femme, j’ai acheté un chapeau avec les dix-huit francs

Cet employé fut malade de chagrin pendant six mois.

La loterie

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Le jour du tirage, d'après une lithographie de Marlay
Le jour du tirage, d’après une lithographie de Marlay

La génération actuelle ne connaît plus, au moins en France, les émotions que procurait à nos pères cette fameuse institution* qui, tout en versant annuellement dans les caisses de l’État un certain nombre de millions, répandait un peu partout la fièvre des rêves dorés.

Maint pays d’ailleurs a conservé cette immense et toujours féconde source de revenus. L’Italie et l’Autriche notamment voient encore la foule indigente se refuser le nécessaire pour aller faire une mise sur le terne, l’ambe ou l’extrait.

Le petit tableau que nous donnons, d’après une lithographie des dernières années où la loterie royale fonctionna en France, nous fait assister à la scène qui se produisait ordinairement lorsqu’on affichait la liste des numéros sortis de la roue. Le public ordinaire de ces solennités est à son poste, avec sa composition fort mélangée, bien que recrutée plus exclusivement, cela va
sans dire, dans les classes peu aisées, qui comptaient sur un coup du sort pour modifier leur condition.

C’est le vieux petit rentier qui ne serait pas fâché que son budget, difficilement équilibré, eût à l’avenir les coudées plus franches; le béquilleux qui a placé sur les chances du tirage les petits sous mendiés au seuil de quelque église; la demoiselle modiste qui se promet un brillant établissement; le commissionnaire qui laisserait là son crochet pour aller cultiver les terres acquises en Auvergne ou en Savoie; la servante qui se ferait servir; la concierge qui s’octroierait de régner sur des locataires
autrement que par les capricieuses lenteurs du cordon, et ceux-ci, et ceux-là., toute la multitude enfin qui ne veut voir le bonheur parfait que dans la pile d’or toujours promise, mais si rarement donnée par la roue officielle.

Loterie. - Chiffres rêvés
Loterie. – Chiffres rêvés

Au surplus que d’oracles consultés, que d’indices observés pour le choix des numéros. C’était surtout aux rêves qu’on en demandait la fixation, et les traités ne faisaient pas défaut où la sagacité des joueurs trouvaient un guide. Nous donnons le fac-similé de deux pages d’un de ces petits livres établissant la concordance infaillible entre l’objet rêvé et un terme numérique.

Voir en songe un savetier se traduisait par une chance de sortie pour le numéro 37. Un pêcheur à la ligne forçait l’issue du 41. Le vendeur de châtaignes se traduisait par la venue du 44, etc.

Cette folie, bien qu’assez innocente, n’a plus cours chez nous, Dieu merci ! mais s’ensuit-il que rien ne se soit trouvé pour la remplacer ? …

*La loterie royale, régulièrement établie en France par édit du 31 août 1762, abolie en 1795, rétablie en 1799, fut définitivement supprimée le 21 mai 1836.

Bureaux de la Mosaïque.   Paris, 1874.