Louis Lépine

Lépine et son petit cahier

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policeNotre ancien gouverneur général, M. Louis Lépine, n’était pas toujours l’homme sec et rigide dont son successeur d’aujourd’hui, M. Viollette, rappelle si heureusement le visage et le caractère. Il avait par moments le mot pour rire et ses traits austères se détendaient quand il feuilletait certain petit cahier qu’il communiquait volontiers. Il y avait collectionné des phrases cueillies dans les rapports envoyés par ses agents lorsqu’il était préfet de police. 

En voici quelques-unes : 

« A l’angle de la rue M… et de la rue O… j’ai vu une palissade qui n’existait pas  ».

« J’ai aidé à transporter le blessé dans une pharmacie, il ne pouvait presque pas du tout écrire, ses deux pieds étant complètement écrasés  »

« Sur la place de la Concorde, j’ai fait arrêter un bicycliste qui n’avait pas de plaque à sa machine; sur mon optempération, il m’a présenté sa carte de membre perpétuel de la  Société des animaux  ». 

 « … A la hâte, j’ai été chercher le docteur B…, il a examiné le malade et a constaté qu’il avait plusieurs esquimaus sur le corps ». 

« A la sortie du théâtre, j’ai reconnu… le pickpocket X… Je me suis approché, l’ai arrêté et il m’a dit que ce n’était pas lui  ».

« Annales africaines. » Alger, 1926.

Concours de chiens 

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chien de policeNous venons d’avoir un concours de chiens de police. Très réussi. M. Clemenceau présidait, assisté de M. Lépine. Il faisait un temps tout à fait de circonstance : un temps de chien. Les bonnes bêtes nous ont donné des exemples admirables. A tel point que M. Clemenceau, ne trouvant pas de termes pour exprimer son admiration, ne leur a pas adressé de discours.

Songez donc ! Il y avait là des chiens français, allemands, suisses, belges, hollandais, et ils n!ont pas cherché un seul moment à s’entre-dévorer ! Quelle leçon pour les hommes ! On leur a fait une distribution de prix, médailles et diplômes, et il n’y a pas eu, parmi eux, la moindre protestation contre le jury : songez pourtant à ce qui se passe, tous les ans, aux concours du Conservatoire ! 

Cependant il faut bien constater, qu’une des épreuves du concours a laissé à désirer.  D’après le programme, l’on devait tendre aux concurrents des gâteaux, et les chiens ne devaient pas les prendre. Raté sur toute la ligne ! Il n’y a pas un chien qui ait hésité à happer le morceau, sans aucune espèce de pudeur. Mais, n’était-ce pas assez que les chiens se conduisissent en hommes, que dis-je ! bien mieux que des hommes ? Pourquoi exiger qu’ils se conduisent aussi en héros ? Or, je vous le demande, y a-t-il beaucoup d’hommes capables de refuser le gâteau qu’on leur offre,  même lorsque c’est un gâteau défendu ? Passons donc cette faiblesse à ces bons chiens, ils en ont tant à nous pardonner ! décrotteurEt ils nous rendent tant de services, n’est-ce pas ? Tenez, l’on a écrit des volumes sur  l’ingéniosité des chiens, mais j’en ai connu  un, moi, dont on n’a jamais parlé. C’était le chien (un mauvais cabot, aussi bon que laid) d’un décrotteur de Marseille. Il s’était fait pour son maître un rabatteur de clients. Son procédé était simple. Il se tenait, sur la Canebière, près d’un grand café très fréquenté. Dès qu’il voyait sortir un monsieur dont les bottines étaient propres, il y courait, et il s’arrangeait, comme par hasard, à lui salir les bottines en y passant ses pattes qu’il venait de mouiller dans le ruisseau. Le monsieur pestait, mais aussitôt un décrotteur était là, qui s’offrait à réparer le désastre. 

 Sale cabot ! grognait le client, en se faisant décrotter.
— Ne me parlez pas de ces vilaines bêtes ! répondait le décrotteur.  

Le chien, aux aguets, n’entendait rien à ces paroles, mais il voyait le regard que lui adressait son maître en dessous, et ce regard était sa récompense. 

Véranet.  « Ma revue. » Paris, 1908.
Illustration affiche. : « Concours de chiens de défense et de police » par Groulier, Bibliothèque municipale de Lyon.
Photo : décrotteur.

Agents azur

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police

Enfin ! L’administration (Dieu ! que ce mot est long !) se décide à faire quelque chose pour les Parisiens. M. Lépine, homme bien intentionné devant l’Eternel, a résolu de nous donner des agents de police tout neufs, où plutôt tout de neuf habillés. Il sait quelle influence le costume exerce sur ceux qui le portent aussi bien que sur ceux à qui il se montre.

Si l’on s’en fie aux descriptions qui nous viennent, le nouvel uniforme sera d’une sérénité angélique. La tunique, moins longue qu’aujourd’hui, sera en drap bleu, de nuance très claire, et fermée par des boutons en nickel, disposés sur la poitrine en forme de coeur (on ne dit pas si ce coeur sera percé d’une flèche). Le képi aussi sera bleu, et bleu le pantalon avec des bandes dites passepoil en drap garance.

Ce sera délicieux. Si les agents voués à l’azur ne parviennent pas à protéger nos poches, ils se rattraperont en charmant nos regards. Et quand les passants coudoieront dans la foule les agents d’un côté, les voleurs de l’autre, ils n’y verront que du bleu.

« Le Journal amusant. »  Paris, 1894. 
Illustration : Le Petit Parisien, 1900.