Louis Pasteur

Pasteur et les raisins

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pasteurComme la plupart des grands savants qu’absorbe une idée fixe, Louis Pasteur était fort distrait.

Un jour qu’il était à table, en famille, et qu’on apportait du raisin pour le dessert, Pasteur, d’un geste, arrêta ceux des convives qui s’apprêtaient à avaler quelques-uns des grains sucrés :

Ne mangez pas ce raisin sans le laver au préalable. Rien n’est plus dangereux !

Ce disant le savant, donnait, l’exemple en trempant sa grappe dans un verre d’eau.

Le raisin, expliquait-il, est de nature assez humide, de sorte que les poussières pathogènes en suspension dans l’atmosphère se collent facilement sur la peau du fruit.

Pasteur, emporté par ce sujet qu’il avait, particulièrement étudié, se met alors à décrire les microbes, les bacilles, les germes morbides de tout genre qui peuvent contaminer une grappe.

Les invités écoutaient avec une vive attention cette intéressante conférence. Mais ce fut une soudaine explosion de rires quand le conférencier, d’un geste machinal, saisit le verre d’eau où il venait de noyer tous ces terribles microbes, et le vida d’un trait !

Et Louis Pasteur ne fut pas le dernier à rire.

« L’Univers illustré. » Paris, 14 août 1910.

Le père de Pasteur

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Jean-Joseph Pasteur & Louis Pasteur

M. Rockfeller, le milliardaire américain, vient de donner l’argent nécessaire pour sauver de la destruction la maison où le grand savant Pasteur naquit à Dole et pour en assurer l’entretien.

Le père de Pasteur était, comme on le sait, un petit tanneur. L’illustre chimiste l’aimait pieusement et, quand il devint directeur de l’Ecole Normale supérieure, il hébergea souvent dans son appartement le tanneur, de passage à Paris. Le vieux paysan franc-comtois, même quand il était chez son fils, ne renonçait pas à ses habitudes campagnardes. C’est ainsi qu’il ne voulut jamais se servir de bougies de stéarine. II avait coutume de se servir de chandelles à Dole. Il en apportait à Paris et il les brûlait à l’Ecole Normale. Il déclarait que l’odeur des chandelles lui était agréable et que d’ailleurs cet éclairage coûtait moins cher que tout autre.

Jean-Joseph Pasteur se gardait de fréquenter les professeurs qui faisaient des cours dans l’établissement dirigé par son fils. Ce n’était point une société qui lui plut. Démocratiquement, il s’installait dans la loge du concierge et causait du matin au soir avec ce brave homme. Pasteur, qui voyait son père continuellement fourré chez ce modeste fonctionnaire en était quelque peu agacé, mais il respectait trop l’auteur de ses jours pour lui faire la moindre observation.

Avant d’être tanneur, le père de Pasteur avait servi dans les armées de Napoléon 1er. Il avait été sous-officier, s’était bravement conduit et avait gagné la croix sur les champs de bataille. Pasteur hérita de lui une certaine raideur militaire.

A l’Ecole Normale, il aimait montrer beaucoup d’autorité dans ses fonctions de directeur. Les élèves goûtaient peu d’ailleurs cette façon de leur commander. Il avait exhumé un règlement qui datait du premier Empire et où il était spécifié que les Normaliens, le dimanche, devaient s’habiller en queue de morue pour sortir de l’Ecole, Il voulut imposer ce règlement aux jeunes gens aux environs de 1880. On juge de l’effet que produisit cette prétention. Les élèves refusèrent obstinément de s’y soumettre, et le directeur dut céder.

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Emile Roux & Emile Duclaux

Une autre fois, Pasteur voulut forcer les élèves à manger d’un plat qu’ils jugeaient mal préparé. Lui-même y goûta et leur ordonna d’imiter son exemple. Ils n’y consentirent point. Pasteur le leur fit servir au repas suivant. Ils n’y touchèrent pas. Comme pour le règlement relatif à la queue de morue, le directeur dut s’avouer vaincu.

Ce ne fut pas seulement aux élèves de l’Ecole Normale que Pasteur fit sentir son autoritarisme : ses disciples en chimie eurent souvent à en souffrir. Emile Duclaux et Emile Roux qui, à ses côtés, devinrent de si grands savants, étaient souvent traités par lui comme de petits préparateurs de laboratoire. Il leur donnait l’ordre d’exécuter certaines expériences que lui suggéraient ses théories, mais jamais il ne leur disait la raison pour laquelle il les leur faisait faire. Ils devaient obéir comme des machines, puis communiquer les résultats obtenus à leur maître. Celui-ci en prenait connaissance et voyait si c’était ce qu’il attendait. C’était seulement quand la découverte était faite que Duclaux et Roux apprenaient pourquoi Pasteur leur avait commandé de contrôler tel ou tel phénomène.

Cependant, comme c’étaient des hommes d’une intelligence supérieure, il leur arrivait de deviner le plan de leur maître. Alors eux- mêmes imaginaient des expériences à tenter pour vérifier certaines hypothèses. Ils en soumettaient timidement l’idée à Pasteur qui commençait par se mettre en fureur, car il n’aimait pas qu’on lût dans son cerveau sans sa permission; puis subitement, regardant ses collaborateurs avec un sourire :

Pardonnez-moi ! C’est très ingénieux ce que vous venez de dire. Faites les expériences dont vous venez de me parler. Je vous remercie de m’y avoir fait penser.

C’est le docteur Roux, lui-même, qui raconte ces souvenirs et il ajoute :

Pasteur avait raison de ne pas vouloir que ses expérimentateurs connussent ses idées. Car lorsqu’on sait d’avance ce qu’on doit découvrir et qu’on désire obtenir tel ou tel résultat, on a une tendance à se tromper pour l’obtenir. Mais vraiment, il fallait être aussi dévoués que nous l’étions pour accepter une pareille façon d’agir.

« Le Pêle-mêle. » Paris, 10 mars 1912.