Louis XIV

Le menuisier de Racine

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racineLorsque comblé des faveurs de Louis XIV, Racine crut de sa dignité d’historiographe de France, charge dont il s’acquitta très platement du reste, de se meubler très confortablement à Paris, il se logea dans un hôtel très vaste et très humide, que sa femme voulut faire boiser.

Un habile menuisier du temps fut appelé pour lambrisser tout l’appartement avec ses panneaux à moulures, chargés de trophées, de vases de fleurs et de guirlandes, que l’on entrelaçait alors de sculptures symboliques et d’astragales bizarres.

Il arriva beaucoup d’hommes de lettres chez Racine. On parla vers, théâtres, satires, parodies, rimes : on parla de tout ce menu fracas lyrique et harmonique qui ne sert pas beaucoup à la société, mais qui après tout est un divertissement aussi agréable qu’un autre, par exemple que de sauter à la corde ou que de jouer du bilboquet.

L’excellent menuisier fut ravi de satisfaction dans son coin et dévora toutes les belles choses qu’il plut à ces beaux esprits de débiter sur le style noble, sur la belle latinité de Cicéron, sur le vieux grec d’Euripide. Il écouta ce qu’on disait de la gloire et quand il sut que tous ces messieurs dont, pour la première fois, il entendait prononcer le nom,avaient de la gloire, il en perdit le boire, la tête et le manger. Rentré chez lui, il maudit de tout son cœur son père, sa mère, ses grands-parents de tous degrés, de ce qu’on lui eût mis le rabot à la main, le compas dans l’œil, pour tailler du bois et faire ciseler des niaiseries. Tandis que s’il avait été bien élevé pour la gloire, l’univers aurait parlé de lui comme de ces messieurs, dont il fit d’énormes, d’inouïs efforts de cerveau pour se remémorer les noms.

A quelques jours de là, il présenta son fils, un grand dadais, à l’auteur d’Athalie et de Phèdre.

Parbleu, M. Jean, dit-il à Racine, voilà un petit gaillard qui a de l’intelligence, et qui assemble des planches comme on n’en assemble pas. Il rabote comme un ange, et scie comme un Dieu. On ne saurait avoir trop de cordes à son arc. Faites-moi le plaisir de me dire combien d’années d’apprentissage vous me demanderez pour lui apprendre à faire des tragédies.
— Eh ! mon ami, que me dites-vous-là ? 
— Si vous êtes assez bon pour en faire quelque chose, ajouta l’honnête homme, il sera l’orgueil et la fortune de mes derniers jours; et tous les dimanches, il m’apprendra lui-même à faire des tragédies.

 « Le Voleur. » Paris, 1833.

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Signature

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notaireQui le croirait ? la signature a été inventée par ceux qui ne savaient pas écrire. M. Guigne, ancien élève de l’École des Chartes, dans un excellent travail, a démontré que le signum gravé sur le chaton d’un anneau porté au doigt tient lieu de signature chez presque tous les peuples anciens; qu’au moyen âge le seing manuel sert à donner de l’authenticité aux actes.

Ces seings manuels représentent des croix, des armoiries, des monogrammes, des ornements et des objets divers faisant allusion au nom, au métier du signataire. Ils précédèrent l’emploi du seing ou du petit seing, formé simplement de lettres du nom, écrites rapidement et accompagnées de quelques traits plus aisés à tracer que les figures des seings précédents. 

Ce seing par le nom, ou signature proprement dite, ne devint d’un usage obligatoire qu’au seizième siècle. 

On remarque les signatures en forme de ruches des diplômes du neuvième siècle, les monogrammes bene volete des anciens papes, les seings patiemment dessinés des notaires apostoliques, les marques naïvement bizarres d’une foule d’artisans qui signent en esquissant une clef, une truelle, un fer à cheval, une navette, une hache, un marteau,  un bonnet, un violon ou un autre instrument, un autre outil de leurs divers métiers. 

Ce n’est que dans le courant du dix-huitième siècle que les signatures des contrats commencèrent à perdre leur amusante variété. 

Sous Louis XIV, l’artisan figure encore son outil, le paysan s’essaie d’une main tremblante à tracer une croix irrégulière et informe, le petit bourgeois écrit vaille que vaille son nom, le notaire et l’homme de loi enveloppent leur signature cursive dans les replis de paraphes compliqués, les gens d’église écrivent lisiblement leur nom en petits caractères correctement et fermement tracés, les gentilshommes affectent la mode hautaine de signer en lettres grosses parfois d’un demi-pouce. 

M. Guigne s’est demandé à ce sujet si il y a trois siècles, les gentilshommes étaient hors d’état de signer leur nom. Il a recueilli aux archives un certain nombre de souscriptions de testaments où, tandis que les clercs écrivent cette mention : J’ai écrit et signé de ma propre main, des seigneurs et notamment Guy, comte de Forez, testateur, font signer de la main d’un clerc, en ajoutant : Parce que je ne sais pas écrire

M. Guigne se croit donc autorisé à conclure que, jusqu’au milieu du quatorzième siècle, il n’y eut qu’un très petit nombre de nobles lettrés. Il reconnaît néanmoins que, malgré ses recherches, il a à peine découvert une dizaine de mentions de ce genre.

« La Revue des familles. » Paris, 1873.

Susceptibilité de militaire

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A la tête de ses armées, en Flandre, Louis XIV tenait table ouverte, pour tous les officiers. M. de Louville, gentilhomme de la Beauce, se présente un jour à dîner. M. de Créqui va alors l’annoncer au roi : 

— Voilà M. de Louville qui souhaiterait avoir l’honneur de dîner avec Sa Majesté.
— De quel droit ? répond le roi.

M. de Créqui, n’osant, répéter cette réponse à M. de Louville, lui fait comprendre qu’il n’a pu parler de lui au monarque excessivement occupé. M. de Louville n’en est point dupe.

M. de Créqui, ce même soir, vante au roi la noblesse authentique du visiteur. Il obtient la phrase affirmative sollicitée par lui : 

 Présentez-le demain.

Le lendemain, à l’heure du dîner, le roi voit M. de Louville. 

 Louville, prenez place !
— Sire, j’ai dîné, répond Louville.

René Cardillac

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das-fräulein-von-scuderiCe célèbre orfèvre, qui, possédé d’un amour effréné pour les pierres précieuses, assassinait les personnes auxquelles il avait vendu ses ouvrages d’orfèvrerie, est mentionné dans les Mémoires du règne de Louis XIV. Le roman d’Olivier Brusson et le mélodrame de Cardillac, ont fait connaître cet homme singulier et sa criminelle manie : on trouve dans la seconde livraison des Contes Fantastiques d’Hoffmann, qui vont paraître, quelques détails curieux sur René Cardillac.

René Cardillac était alors le plus habile orfèvre de Paris, un des hommes les plus adroits et les plus singuliers de son temps. D’une petite stature, mais large d’épaules et d’une structure musculeuse. Cardillac, à cinquante ans, avait conservé toute la vigueur et l’agilité d’un jeune homme. Des cheveux roux, épais et crépus, un visage saillant et coloré, témoignaient de sa vigueur peu ordinaire. Si Cardillac n’eût pas été connu dans tout Paris pour un homme d’honneur, franc, ouvert, désintéressé, toujours prêt à assister les autres, le regard singulier qui s’échappait de ses petits yeux gris, enfoncés et étincelans, eût suffi pour le faire accuser de méchanceté et de noirceur. Cardillac était  l’homme le plus habile dans son art qui existât non pas seulement à Paris, mais dans toute l’Europe.

Parfaitement initié à la connaissance des pierres précieuses, il savait les enchâsser avec tant de goût, que des joyaux qui n’avaient que peu de valeur acquéraient un éclat extrême au sortir de ses mains. Il acceptait toutes les commandes avec une ardeur sans égale, et le prix qu’il mettait à son travail, quelque léger qu’il fût, était encore d’une modicité extrême. Alors, il ne prenait aucun repos, on l’entendait jour et nuit faire retentir son marteau dans son atelier; et souvent, au moment où sa tâche allait être achevée, la parure lui semblait-elle peu gracieuse, les pierres mal encadrées, trouvait-il un chaînon défectueux, il remettait tout l’or au creuset, et recommençait sur nouveaux frais. Aussi il ne sortait de son atelier que des chefs-d’oeuvre sans pareils, qui excitaient au plus haut degré la sur- prise des personnes auxquelles ils étaient destinés.

Mais il était presque impossible d’obtenir de lui qu’il terminât un travail. Il renvoyait ses pratiques, sous mille prétextes, de semaine en semaine, de mois en mois. En vain lui offrait-on le double du prix stipulé, il ne voulait jamais accepter un louis au delà de ce qu’il avait demandé. Enfin, lorsqu’il était forcé de céder aux instances de quelqu’un et de rendre une parure, il ne pouvait se défendre de donner tous les signes d’un profond chagrin, et même d’une colère mal réprimée. Mais s’il lui fallait livrer un ouvrage d’une grande richesse, précieux par le travail de l’orfèvrerie, par le nombre et la beauté des pièces, on le voyait courir çà et là comme un forcené, se maudissant lui-même, et furieux contre ceux qui l’entouraient.

Alors quelqu’un accourait-il chez lui, en disant : René Cardillac, voulez-vous me faire un collier pour ma fiancée, des bracelets pour ma maîtresse ? il s’arrêtait tout-à-coup, lui lançait des regards brillants, et demandait en se frottant les mains : 

— Que m’apportez-vous là ?
— Ce sont, lui répondait-on, des bijoux communs, des pierres de peu de valeur, mais dans vos mains….

Cardillac ne le laissait pas achever, il lui arrachait la boîte, en tirait les bijoux, qui souvent avaient réellement peu de valeur, les élevait vers la lumière, s’écriait avec ravissement : 

 Oh ! oh ! des bijoux communs, dites-vous ? Nullement. Ce sont de belles pierres, des pierres magnifiques; laissez-moi seulement faire. Et si vous ne regardez pas à une poignée de louis, je vous y ajouterai quelques rubis qui étincelleront comme le soleil.
— Répondait-on : Je vous laisse maître d’agir à votre gré, maître René, et je vous paierai ce que vous demanderez.

Alors, sans s’inquiéter s’il avait affaire à un riche bourgeois ou à un seigneur de la cour, Cardillac se jetait à son cou avec impétuosité, le serrait dans ses bras, l’embrassait et s’écriait qu’il était enfin heureux, et qu’il lui rendrait sa parure dans huit jours. Il parcourait alors toute sa maison, puis, courant se renfermer dans son atelier, travaillait sans relâche, et, en huit jours, il avait fait un chef-d’oeuvre. Mais, dès que celui qui avait commandé cet ouvrage, revenait, l’argent à la main, chercher la parure qui se trouvait achevée, Cardillac se montrait sombre, insolent, grossier.

— Mais songez donc, maître Cardillac, que je me marie demain.
— Que m’importe votre noce; revenez dans quinze jours.
— La parure est terminée; voici l’argent; il faut que j’emporte mon collier.
— Et moi, je vous dis qu’il y a encore plusieurs choses à changer à cette parure, et que vous ne pouvez la recevoir aujourd’hui.
— Et moi, je vous dis que si vous ne remettez sur-le-champ ce collier dont je suis prêt à vous payer la façon le double de sa valeur, vous me verrez venir la chercher avec les soldats du guet et les gens du Châtelet.
— Eh bien, que le diable vous serre de ses tenailles brûlantes, et puisse ce collier étrangler celle qui le portera !

En parlant ainsi, Cardillac mettait la parure dans le pourpoint de l’impatient fiancé, le prenait par le bras, et le poussait si violemment hors de la chambre qu’il roulait jusqu’au bas de l’escalier; puis il se mettait à la croisée et riait de tout son coeur d’un rire infernal, en le voyant s’éloigner, le mouchoir sur le nez, sanglant et éclopé. La conduite de Cardillac était inexplicable. Souvent après avoir entrepris un travail avec enthousiasme, il suppliait celui qui l’avait demandé de lui permettre de ne pas le lui rendre, et il donnait toutes les marques de l’affliction la plus vive, priant et conjurant au nom de la sainte Vierge qu’on eût pitié de lui.

Plusieurs personnages du plus haut rang avaient en vain offert des sommes considérables pour obtenir de ses ouvrages. Il se jeta aux pieds du roi, et lui demanda comme une faveur d’être dispensé de travailler pour sa personne. Il se refusa également à faire une parure pour madame de Maintenon, et repoussa avec une sorte d’horreur et d’effroi la commission qu’elle lui donna un jour de confectionner une petite bague, ornée des emblèmes des arts, qu’elle destinait à Racine.

Mercure de France. « Le Pirate. » Paris, 1830.

De l’à-propos

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L’à-propos tient une place brillante dans la conversation. C’est une fusée qui part soudain, et illumine le discours ou la situation d’une douce et agréable lumière.

Vaugelas travaillait au Dictionnaire de l’Académie, lorsque le cardinal de Richelieu lui accorda une pension. Il vint pour l’en remercier.

— J’espère, dit le cardinal en l’apercevant, que vous n’oublierez pas le mot Pension dans votre dictionnaire.
— Non, Monseigneur, répliqua l’académicien, et encore moins celui de Reconnaissance.

Un jour à la suite d’un grand dîner, où Fontenelle avait déployé toutes les grâces de son esprit pour faire sa cour à madame Helvétius, il passa par inadvertance devant elle sans s’arrêter.

— Eh bien ! Monsieur le galant, lui dit-elle, quel cas voulez-vous donc que je fasse de vos déclarations ? Vous passez devant moi, sans même me regarder.
— Madame, répondit aussitôt Fontenelle, si je vous avais regardée, je ne serais pas passé.

Personne n’a jamais su mieux que Louis XIV s’identifier à la situation du moment, et personne n’a jamais exprimé en de meilleurs termes ce qu’il avait à dire. Il incrustait en quelque sorte ses pensées et ses sentiments dans des paroles en relief et faites pour l’histoire. C’est ainsi qu’après la victoire de Senef, voyant le prince de Condé monter l’escalier de Versailles, le roi qui l’attendait en haut des marches, lui dit avec cette présence d’esprit et cette politesse toute royale qui ne l’abandonnaient jamais :

— Mon cousin, quand on est chargé de lauriers comme vous, on ne peut marcher bien vite.

Plus tard, dans des temps malheureux, Louis XIV trouvera un de ces mots partis du cœur, pour consoler le maréchal de Villeroy de ses défaites successives :

— Monsieur le maréchal, à notre âge, on n’est plus heureux.

Racine fut très bien inspiré le jour où, accompagné de Boileau, il causait du passage du Rhin avec le roi. Louis XIV leur ayant dit :

— Je suis fâché que vous ne soyez point venus à cette dernière campagne, vous auriez vu la guerre et votre voyage n’eût pas été long.

Racine répondit aussitôt :

— Sire, nous ne sommes que deux bourgeois qui n’avons que des habits de ville; nous en commandâmes de campagne, mais les places que vous attaquiez furent plus tôt prises que nos habits ne furent faits.

Cela fut reçu très agréablement.

Jules Rostaing. « Manuel de la politesse des usages du monde et du savoir-vivre. » écrit sous le pseudonyme de Mme J-J Lambert. 1824.

Louis XIV gastronome

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Louis XIV n’était pas seulement un grand roi, mais bien mieux que cela, un grand gastronome, c’est-à-dire un rude mangeur, plus glouton peut-être que délicat, avouons-le sans flatterie.

Ceci n’est pas moins historique que ses amours avec Mmes de La Vallière, de Montespan, de Soubise, de Monaco, de Fontange et de Maintenon… le héros de Rabelais en eût été jaloux. Aussi le grand couvert était-il extrêmement rare à Versailles ! Pour se livrer sans scrupule à son royal appétit, Louis XIV dînait la plupart du temps seul, dans sa chambre, sur une table carrée, vis-à-vis de la fenêtre. Il ordonnait le matin un très petit couvert, composé toujours d’un grand nombre de plats et de trois services, sans le fruit. Il y avait d’ordinaire beaucoup de monde pendant le dîner : tous restaient debout, selon l’étiquette, à laquelle se conformaient respectueusement Monsieur, Monseigneur, et les Princes du sang. 

Le Roi gardait le silence et employait bien son temps : souvent, en un repas, il mangeait quatre assiettes de soupes de diverses sortes, un faisan tout entier, une perdrix, deux salades, du mouton au jus et à l’ail, deux fortes tranches de jambon, des pâtisseries, des fruits et des confitures. J’espère que voilà un grand roi, un roi qui mangeait et digérait noblement ! Par exemple, il ne buvait que du vin trempé d’eau, et avec sobriété. Le grand chambellan, ou, à son défaut, le premier gentilhomme de la chambre, servait le Roi qui faisait en mangeant un bruit fort peu harmonieux avec la langue et les dents. Son plus grand régal était des œufs durs. 

Louis XIV avait, comme on sait, une rigidité, une manie d’étiquette qui descendait aux choses les plus minutieuses, et soumettait la cour à un brillant esclavage. On rapporte même à ce sujet plusieurs traits qui ne s’accordent pas parfaitement avec cette douceur et cette royale politesse dont parlent ses historiographes officiels. 

Au sortir d’un grand couvert à Marly, le Roi aperçut un valet qui, en desservant , dérobait furtivement un ravissant biscuit et le glissait dans sa poche. Au même moment, on lui présentait sa canne et son chapeau. Mais, à la vue de ce larcin, il ne put contenir sa colère, et, en présence des dames et des gentilshommes qu’il poussa de droite et de gauche pour s’ouvrir un passage, il se précipita sur le voleur gourmand, l’injuria, le frappa, et, d’un bras nerveux , lui brisa son bâton sur les épaules. 

— Ce n’était qu’un roseau, dit-il, en forme d’excuse.  

Le plaisant de l’aventure, c’est que le Roi, qui avait les juremens en horreur, au point de les punir sévèrement chez les autres, s’oublia tellement en cette circonstance qu’il en proféra de toutes les couleurs. 

Son appétit si généreux et si magnifique redoublait encore en voyage. Son carrosse était toujours parfaitement garni, bourré de viandes, de fruits et de pâtisseries : à chaque instant, il excitait ses compagnes de voyage à faire honneur à ses provisions et prêchait d’exemple. Celles qui n’avaient pas faim, ou qui mangeaient du bout des lèvres, encouraient bientôt sa disgrâce et souvent des paroles très aigres. Bon gré, mal gré, il fallait manger et manger avec appétit : Tel est notre bon plaisir, était la devise du roi Louis XIV ! 

Concluons de tout ceci, que le plus heureux, le plus triomphant des rois de la terre est celui qui possède un bon appétit et un excellent estomac ! Que Dieu qui mène le monde, suivant la sublime et profonde expression du chef de la cuisine doctrinaire, M. Guizot, vous les donne ou vous les conserve, ces deux vrais trésors, ô rois cons-ti-tu-ti-on-nels ! 

« La Gastronomie. » Paris, 1839.

Le père chafouin

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Un jour que le père de la Chaize (jésuite et confesseur de Louis XIV) était à se reposer dans son cabinet d’une audience assez longue qu’il venait de donner, on vint lui dire que l’évêque d’Angers, qui revenait de la province demandait à le voir.

« Que me veut ce janséniste, répondit-il fort en colère ? j’ai bien affaire moi de ses visites que ne restait-il chez lui ? je ne l’irais pas chercher. Il faut avouer qu’on est bien malheureux d’être sans cesse obsédé par de tels personnages. »

Tout en disant cela, il sortit de son cabinet pour l’aller recevoir, et courant à lui dès qu’il l’aperçut, les bras ouverts, et avec un visage où la joie et la satisfaction étaient peintes :

« Ah ! Monseigneur, lui dit-il, que je vous ai d’obligation de me prévenir avec tant de bonté et que votre visite me rend l’âme contente. Comme je n’avais point eu l’honneur de vous voir depuis longtemps, j’étais dans une inquiétude mortelle de savoir comment je suis dans votre cœur. Instruisez m’en, je vous supplie. Monseigneur, y suis-je un peu bien ?Me faites-vous encore la grâce de me compter au nombre de vos amis ? » 

Ce trait peint-ils les Jésuites ?

« Le Figaro littéraire. » Paris, 1826.