Louis XV

Pressentiment

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révolutionAu début de la Révolution, écrivait  M. Henri Second, le Baron de Marivet, écuyer de l’une des filles de Louis XV, tante de Louis XVI, était venu se fixer dans les environs de la ville de Langres.

Un jeune noble, petit-fils de M. de Piépape, ancien conseiller d’Etat, inquiet de la tournure que prenaient les événements, songea à quitter la france. Mais avant de s’y décider, il écrivit pour le consulter, à M. de Marivet, ami de sa famille,  homme réputé sage et de bon conseil.

M. de Marivet répondit. Dans son épître il pesa le pour et le contre et, finalement, conclut en insinuant que s’il ne se trouvait pas lui-même sur le retour de l’âge, mais que s’il était, au contraire, jeune comme son correspondant, il passerait à l’étranger. Le petit-fils de M. Piépape émigra et M. de Marivet ne pensa plus à sa lettre.

La révolution marcha, et vite. L’échafaud était dressé en permanence, et personne ne se sentait plus la tête bien solide sur les épaules. Cependant, dans sa petite maison entourée de fleurs, remplie de livres, M. de Marivet, vieux philosophe qui avait su égayer sa retraite par la présence d’une jeune et charmante compagne récemment épousée et dont il venait d’avoir un fils, M. de Marivet vivait tranquille… Tranquille ? Ah ! certes, non, Car ses jours et ses nuits, son existence entière, étaient empoisonnés par un affreux pressentiment, une lugubre idée fixe que, malgré tous ses efforts, malgré les exhortations de ses amis, les larmes et les supplications de sa femme, il ne pouvait parvenir à chasser.

 Je mourrai sur l’échafaud, répétait-il volontiers dans une sorte de délire lucide; j’en suis absolument certain et rien ne m’empêchera de subir mon sort.

Et, regardant son fils,, âgé de moins de deux ans et encore vêtu d’une robe, il ajoutait, avec une tristesse navrante :

 Hélas ! je ne vivrai même pas assez pour voir cet enfant en culottes !

Cependant, au milieu du sombre désespoir où le jetait cette obsession, il avait de rares instants d’espérance relative.

 Si le jour anniversaire de ma naissance se passe sans que je sois arrêté, disait-il, je serai délivré du poids qui m’étouffe comme un cauchemar perpétuel et je me croirai sauvé.

Or, l’anniversaire de la naissance de M. de Marivet approchait, et le règne de la Terreur, alors à son sanglant apogée, touchait à sa fin. Quand la date « fatidique » fut arrivée Mme de Marivet donna une petite fête à son mari. Quelques amis intimes furent invités à souper et au dessert, vers onze heures et demie, la femme, s’étant absentée un instant, revint dans la salle à manger avec son enfant, costumé en petit marin. Puis, le mettant dans les bras de son mari, elle dit joyeusement :

— Mon mari tu vois ton fils en culottes, le jour de ta naissance est enfin passé…  
— Pas encore, interrompit sinistrement M. de Marivet en jetant un coup d’œil sur la pendule, minuit n’est pas sonné ! 

Le ton de cette réponse fut tel que tous les assistants en restèrent glacés et muets. Seul, le tic-tac monotone de l’horloge, semblable au bruit des pas du temps dans la nuit, troublait ce silence de mort. On regardait sans rien dire, mais avec quel serrement de cœur, avec quelle angoisse indescriptible, marcher l’aiguille sur le cadran, et on la trouvait bien lente à décider d’une destinée aussi cruellement, aussi tragiquement en suspens. Enfin, l’heure allait sonner, elle sonnait, on touchait au terme de ce supplice effroyable capable de faire entrer une éternité de souffrance dans quelques minutes d’attente, lorsque, au moment, précis où le dernier coup de minuit retentissait, le bruit du marteau se fit entendre violemment à la porte de la maison.

On ouvre. Les délégués du comité révolutionnaire de la ville voisine entrent et s’emparent de M. de Marivet, pour l’envoyer au tribunal de sang, à Paris.

On avait retrouvé chez le grand-père de son correspondant de jadis, dans un seau de faïence, parmi des papiers déchirés et destinés au feu, la lettre où il avait conseillé l’émigration. C’en fut assez, avec sa qualité d’ancien écuyer d’une tante du roi, pour faire monter M. de Marivet sur l’échafaud, quelques jours seulement avant le 9 thermidor, qui l’aurait sauvé.

Il serait bien difficile, je crois, de trouver un plus bel exemple de pressentiment.

« L’Écho du merveilleux. » Paris, 1901.
Peinture de François Gérard.

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Les œufs de Pâques

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oeufs-pâques.Le luxe s’est étendu et il en coûte cher aujourd’hui d’offrir une marque d’attention dans un œuf de Pâques. Décidément le bon vieux temps est loin de nous, et il est curieux de voir comme l’on détourne facilement les intentions de leur source et de leur but. 

Qu’étais-ce que les œufs de Pâques, dans l’origine ? Rien de plus simple à expliquer : au temps où l’on observait le carême avec plus de rigueur qu’aujourd’hui, alors que l’usage du beurre et surtout des œufs était rigoureusement proscrit pendant les quarante jours, on saluait avec plus d’enthousiasme la venue de Pâques.

Les vieilles chroniques nous renseignent sur ce qui se passait alors. Le Vendredi Saint arrivé, est-il dit, les écoliers et les clercs des églises s’assemblaient sur la place publique, au bruit des tambours, au son des trompettes, au tintement des clochettes. Les uns portaient des étendards sur lesquels étaient peints des œufs, les autres tenaient en mains des lances et des bâtons. Quand ils étaient réunis ils se rendaient en masse à la porte des églises, et, là, ils faisaient bénir, des œufs teints en couleurs diverses, puis ils se rendaient dans la ville pour faire don de ces œufs à leurs parents et à leurs amis. Le saint jour de  Pâques arrivé, on cassait les œufs et l’on en faisait une salade que l’on mangeait en famille avec grande liesse. 

Aujourd’hui, on distribue encore aux amis des œufs de Pâques, mais ces œufs ne sont plus ceux des poules. Tout augmente et tout change dans la vie. Les œufs ont subi le sort commun : ils sont devenus des objets de luxe, des boîtes à surprises, et quelles surprises !

Ce sont de puissants personnages qui ont établi l’usage funeste des œufs autres que les œufs de poules. A partir du XIIe siècle, la distribution des œufs de luxe devint à la cour de France une affaire de mode. 

Après la messe de Pâques, on présentait au roi une corbeille remplie d’œufs qu’il distribuait aux seigneurs de sa maison selon la richesse de l’œuf, on se trouvait en plus ou moins grande faveur.

Henri II offrit en cadeau de Pâques, à Diane de Poitiers, un collier magnifique dans deux coquilles de la nacre la plus pure. La chose parut si galante et si jolie que son succès fut immense. Les courtisans s’empressèrent d’imiter le maître et les œufs de Pâques de genre semblable, d’une valeur souvent excessive, s’offrirent tour à tour à la reine et aux dames de la cour. 

Quand Mlle de Vallière se fut retirée du monde, le grand roi lui fit parvenir, dans un œuf de Pâques, un morceau de la vraie croix !!!

Sous Louis XV, le luxe atteignit les dernières limites du raffinement. On en a la preuve  par les spécimens si jolis et si gracieux qui restent de cette époque. On fit ce que l’on n’avait pas encore tenté jusque là. Watteau et Lancret reçurent mission de peindre et dorer de délicieux motifs et de ravissantes scènes, sur de simples coquilles d’œufs de poule. C’est d’un de ces œufs que le chevalier de Boufflers disait : « Si on le mange à la coque, je retiens la coquille. » Mais ce luxe fut encore dépassé quelques années plus tard. Sous la Révolution on continua, entre amis, à s’offrir des œufs de Pâques, mais ces cadeaux représentaient, hélas ! les scènes lugubres que l’on avait journellement sous les yeux. 

Arrivons à une époque récente pour dire que dans certains œufs de Pâques se trouve la marque de ce luxe ruineux, qu’on ne saurait trop condamner : certains détails prouveraient  ce qu’on y découvre de scandaleux, ce que peuvent le désordre et la folie. 

Mais arrêtons-nous plutôt à ce que peut offrir d’agréable et de bon l’emploi que d’aucun savent faire de nos jours, des œufs de Pâques. Il y a réjouissance pour le cœur, à lire certaines anecdotes qui rappellent de quelle aimable et charitable façon ils ont été et sont encore  quelquefois présentés ou distribués. 

On raconte que Lamartine, contemplant un jour, aux approches de Pâques, avec un de ses amis, les étalages des confiseurs et des joailliers, ne pouvait s’empêcher de songer aux tristesses des pauvres enfants, qu’il voyait là, demandant un petit sou, et s’arrêtant devant ces étalages superbes, sans pouvoir se promettre le plus modeste de ces œufs exposés. Par un de ces élans qu’on explique, Lamartine entre dans le magasin et témoigne de sa prodigieuse libéralité : il jette quelques pièces d’or sur le comptoir, prend une corbeille d’œufs de Pâques et la distribue lui-même à tous les enfants que l’excès de joie rendait muets, et comme son ami semblait  lui reprocher cette prodigalité : 

Que Dieu me pardonne, dit-il, ainsi qu’à ma mère, qui m’a toujours appris que faire des heureux était la plus douce des jouissances !

Une autre anecdote, plus récente encore : c’était en 1865 : la supérieure d’un établissement d’orphelines, préoccupée de la situation pénible due à de tristes événements qu’elle n’avait pu conjurer, cherchait par tous les moyens possibles à remonter sa maison. Un jour elle reçut un œuf en sucre gros comme un œuf d’autruche, accompagné de ce simple billet : « Pour vos chères orphelines. » Aussitôt, la bonne mère de réunir ses petites filles pour casser l’œuf devant elles. O surprise de l’œuf en morceaux s’échappent quantité de minces billets dont la totalité forme une somme importante. 

L’auteur de cet inoubliable bienfait avait un nom : Georges de La Rochefoucauld, dont la mort a laissé d’unanimes regrets. 

On comprend de tels cadeaux, comme aussi on ne peut que tolérer ces petits souvenirs affectueux qu’on s’offre entre amis. Il y a mille manières de s’y prendre pour être agréable. Les œufs de Pâques sont les occasions pour une foule de surprises plus ou moins réjouissantes. Comme le 1er Avril, jour des attrapes, se présente presque à la même époque, il arrive que l’œuf contient seulement quelquefois un petit poisson ou un petit rien-du-tout

« Le Messager de l’Ouest. » Bel-Abbès, 1894.

Woferl

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mozartNous avons célébré Don Juan, chef-d’oeuvre de Mozart, le grand Mozart !… Les Allemands ne diront plus que nous sommes les ennemis systématiques de leurs hommes de génie.Si quelques braillards n’ont pas voulu entendre Lohengrin il y a quelques mois, c’est que, en France, on avait des sujets de rancune contre Wagner. Pour Mozart, c’est autre chose. Unanimement on a acclamé sa mémoire et tressé les couronnes de son apothéose.

Mozart, tout petit, était un enfant prodige, il était célèbre et jouait du violon en virtuose à l’âge où les autres enfants savent à peine travailler. Toute son enfance abonde en détails charmants et en adorables gentillesses. M’aimez-vous ? telle était la principale question qu’il posait instinctivement à tous ceux qui l’approchaient. Sa grande préoccupation, indépendamment de son art, était d’être aimé, aimé de tous.

Quand par hasard on le trouvait recueilli, le front penché sur sa petite main et qu’on lui demandait : 

 Que fais-tu là, Woferl ? (abréviatif de Wolfgang).
Je compose, répondait-il.

Le fait est qu’à six ans il avait déjà écrit un concerto. C’est alors que son père Léopold Mozart entreprit avec lui et sa soeur, Marie-Anne (Nannerl), plus âgée de trois ou quatre ans, et déjà artiste elle-même, une tournée qui les conduisit d’abord à Munich, puis à Vienne. C’est là que Woferl, mandé à la cour, « mangea l’impératrice de caresses, » et réciproquement. Il paraît même que l’accueil de l’impératrice fit tant d’impression sur Woferl, qu’il proposa d’épouser la souveraine, séance tenante. 

 Mais pourquoi veux-tu m’épouser, demanda l’impératrice, prévenue de ce désir.
— Par reconnaissance, répondit l’enfant prodige.

A Paris, la famille Mozart s’acquit, dès son arrivée, la protection de Grimm. Là aussi Woferl reçut maintes caresses.

Mmes Adélaïde et Victoire, soeurs de Louis XV, en raffolaient. Dans la nuit du nouvel an, la famille Mozart fut admise au grand couvert et prit place à la table royale. Woferl était à côté de la reine, et, entre deux friandises, il lui mangeait les mains.

Il paraît que Mme de Pompadour à laquelle la famille Mozart fut présentée, dans le même temps, n’en usa pas avec autant de familiarité. Woferl avait fait mine d’embrasser la favorite. Elle s’y refusa. 

 Qui donc est-elle ? demanda l’enfant à son père. Elle a refusé de m’embrasser, moi qui ai embrassé l’impératrice.

Léopold Mozart père notait fidèlement ses impressions de voyage. « Les femmes sont-elles belles à Paris ? écrivait-il. Impossible de vous le dire, car elles sont peintes comme des poupées de Nuremberg, et tellement défigurées par leurs dégoûtants artifices qu’une femme naturellement belle serait méconnaissable aux yeux d’un honnête Allemand.»

Gazette parisienne, 1887.

Buffon : un petit bouquet d’anecdotes

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buffon

Le châtelain de Montbard, mieux connu sous le nom de Georges-Louis Leclerc de Buffon, passait, à la Cour, pour posséder dans son parc un grand nombre de chevreuils renommés par la finesse de leur chair. Un jour, à Versailles, Louis XV fut pris de la fantaisie d’en goûter et il fit dire au comte de lui en envoyer quelque spécimen.

Le naturaliste, par malheur, n’en avait qu’une moitié à ce moment dans son garde-manger. Il l’adressa néanmoins au roi en le priant « de ne voir, dans l’envoi de cette pièce si peu digne d’être présentée à Sa Majesté, que l’empressement qu’il avait de répondre immédiatement à son désir ». 

Louis XV, à son tour, renvoya aussitôt au naturaliste la moitié d’un pâté qu’il avait fabriqué lui-même avec le duc d’Aumont. 

« De cette façon, dit le roi, nous serons quittes et M. de Buffon ne balancera plus à m’envoyer une moitié de chevreuil… » 

chevreuil

Buffon était un grand dormeur. Aussi, l’abus du sommeil l’empêcha-t-il longtemps d’accomplir à son gré la tâche qu’il avait entreprise. 

Lorsqu’il commença à travailler à son Histoire Naturelle, il prit pourtant une résolution énergique : il s’imposa d’être debout tous les jours à cinq heures en été, à six heures en hiver. Son valet de chambre, Joseph, stylé en conséquence, devait recevoir un écu chaque matin pour le réveiller et le faire lever à l’heure dite. Pour obtenir ce résultat, tous les moyens lui étaient permis. 

Un jour, Buffon, étreint par le sommeil, ne voulait absolument point quitter son lit.  Joseph le tira par les pieds. 

 Vous êtes un insolent ! criait Buffon, sortez ! je vous chasse ! 

L’autre sortit, en effet, mais pour revenir aussitôt avec une cuvette pleine d’eau glacée qu’il lança à la volée sur son maître, s’esquivant cette fois, non sans inquiétude sur les conséquences de son geste. Peu après, un coup de sonnette le rappela, tout tremblant. 

 Donne-moi du linge, mon bon Joseph, lui dit Buffon en riant, car tu m’as trempé jusqu’aux os… Mais tu as bien fait. Et voici ton écu, bien gagné ce matin… 

« Je dois à ce garçon-là, disait-il encore à la fin de sa vie, trois ou quatre volumes de l’Histoire Naturelle... »

chap1-3

Buffon ne fut père qu’une fois, et il avait alors cinquante-sept ans. Il donna à son fils, pour parrain et marraine, deux pauvres de la paroisse, bien que cet honneur fût recherché par les plus illustres personnages. Ce fils, du reste, s’il faut en croire la chronique, ne passa jamais pour un phénomène. 

Un soir, bien des années après, dans les salons de la duchesse de Lévis-Mirepoix, le laquais annonçait : 

 M. de Buffon ! 
— M. de Buffon, mais je le croyais mort ! s’exclama Mme de Choiseul-d’Amboise. 
—En effet, madame, dit Rivarol. Celui que vous voyez entrer n’est que le plus pauvre chapitre de l’Histoire Naturelle de son père.

« Les Annales politiques et littéraires. » Paris, 1907.

La valse

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walzeLa valse n’a pas pris naissance en Allemagne, car, d’après un manuscrit du douzième siècle, elle fut dansée pour la première fois à Paris le 8 novembre 1478.

Elle était déjà connue en Provence sous le nom de Volta. Le chant qui l’accompagnait était désigné par le titre de Pallada. Elle vint de Provence à Paris, fut à la mode pendant tout le seizième siècle et fit les délices de la cour des Valois. Les Allemands l’adoptèrent ensuite, et la Volta provençale devint la Walzer germanique.

L’un des poètes de la Pléiade, dans un volume qui a pour titre : la Volta, raconte ainsi l’origine de la valse : Les êtres primitifs étaient nés androgynes. Jupiter, épouvanté de leurs formes monstrueuses, sépara les sexes. Ainsi dédoublés, l’homme et la femme dépérirent. Vénus prit pitié d’eux, et leur enseigna la Volta, qui réunit de nouveau les deux êtres. Après cette poétique explication, l’auteur s’efforce d’imiter dans son rythme le tournoiement des valseurs :

Lors de bouquets enfleura ses cheveux
Et ordonna la vote de Provence,
Qui est encore le lien malheureux,
De l’androgyne une douce semblance.
Mars flanc à flanc premier elle embrassa;
Luy, tout ravy d’amour qu’elle lui porta,
Sans se lasser, tout un soir la dansa,
Tournant, voltant d’une divine sorte.

Un vieil auteur du seizième siècle a parlé, lui aussi, de l’introduction de la valse à la cour de France, le 9 novembre 1178, et blâme sévèrement Louis VII d’avoir favorisé cette danse.

« Almanach de France et du Musée des familles. »  Paris, 1884.

 

M. du Baril

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dieppe

La figure du comte Jean du Barry est esquissée d’un trait spirituel dans Balsamo. L’homme était bien le drôle le plus effronté qui se pût voir. Lors de la disgrâce de sa belle-sœur, disgrâce qui suivit de quelques heures seulement la mort de Louis XV, il ne se faisait faute de crier que cet outrage ne serait que passager.

En attendant, il jugea prudent de quitter la cour, ce qui fit dire aux confectionneurs de calembours que les tonneliers de Paris avaient écrit en province parce que les barils fuyaient. Les pamphlétaires s’en donnèrent à cœur joie. On lit dans le premier volume des Anecdotes échappées à l’observateur anglois et aux Mémoires secrets :

« On raconte à ce sujet qu’un exempt mis sur sa piste avait été le chercher à Dieppe, se doutant qu’il s’embarquerait pour l’Angleterre. L’exempt se promenait sur le port, visitant tous les bâtiments prêts à mettre à la voile, lorsqu’il entendit une voix mélodieuse, qu’il crut reconnaître, et qui chantait un air dont les paroles sont : Où peut-on être mieux qu’au sein de sa famille ? »

Cette voix partait d’un baril de maquereaux que l’exempt fit défoncer. Jugez de son étonnement lorsqu’il en vit sortir M. du Barry, qui s’y était réfugié comme dans un asile inviolable pour lui.

L’historiette est un peu salée, j’en conviens.

Charles Monselet. « Curiosités littéraires et bibliographiques. »  Librairie des bibliophiles, Paris, 1890.

Trop curieux

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Louis-XV

Louis XV aimait à parler de la mort, quoiqu’il la craignît beaucoup. Mais son excellente santé et son titre de roi lui faisaient probablement espérer qu’il serait invulnérable.

Il disait assez communément aux gens très enrhumés :

Vous avez là une toux qui sent le sapin. 

Chassant un jour dans la forêt de Senart, une année où le pain avait été extrêmement cher, il rencontre un homme à cheval portant une bière.

Où portez-vous cette bière ? s’enquit le roi.
Au village de…, répond le paysan.
Est-ce pour un homme ou pour une femme ?
Pour un homme.
De quoi est-il mort ?
De faim, répond brusquement le villageois.

Le roi piqua son cheval, et ne fit plus de question.

« Dictionnaire encyclopédique. »  Victor Fournel (Mémoires de Mme Campan) Paris, 1872.