Louis XVI

La Parmentière

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parmentier_montdidierC’est ainsi que la pomme de terre fut d’abord appelée, du nom de Parmentier qui, le premier, introduisit en France la culture de ce précieux tubercule comme aliment. 

Parmentier a donc rendu un immense service à l’humanité; à ce titre il mérite que son nom soit rappelé et signalé à la génération présente, comme un des hommes utiles que notre province s’honore d’avoir vu naître. 

Antoine-Augustin Parmentier, naquit à Montdidier, le 12 août 1737, fils de Jean-Baptiste-Augustin Parmentier, marchand linger, et d’Euphrosine Millon, sur la paroisse Saint-Sépulcre, dans une maison de l’ancienne rue de la Mercerie, n° 25, qui porte aujourd’hui une inscription rappelant la naissance de cet illustre enfant.

Parmentier, encore en bas âge, perdit son père et resta à la charge de sa mère dont la position de fortune était des plus modestes; ce fut elle qui entreprit son éducation et qui lui enseigna les principes de la langue latine. A peine âgé de treize ans, Parmentier fut placé chez un pharmacien de Montdidier où il travailla avec ardeur pour compléter son instruction. En 1755, il fut appelé à Paris par son parent Simonnet; il y fit de rapides progrès.

En 1757, il partit comme pharmacien pour l’armée de Hanovre, sous les ordres de Bayen qui, aidé de Chamousset, intendant général des hôpitaux militaires, le fit rapidement passer par les grades intermédiaires et obtenir le grade de pharmacien en second de l’armée. Pendant la campagne, il se distingua par son dévouement : une épidémie dangereuse s’était déclarée dans les hôpitaux; il en brava les atteintes avec intrépidité, anima par son exemple le zèle des pharmaciens placés sous ses ordres et contribua, au péril de sa vie, à arrêter les ravages de la contagion. Cinq fois dans le cours de cette guerre, il fut fait prisonnier et entièrement dépouillé par des hussards prussiens :

« Je ne connais pas, dit-il, de plus habiles valets de chambre que ces hussards, ils m’ont déshabillé plus vite que je ne pouvais le faire moi-même; du reste, ils ne m’ont fait aucun mal, ils ne m’ont pris que mes habits et mon argent. »

Il fut fait prisonnier, emmené en Prusse, enfermé dans une forteresse où on ne lui donna pour toute nourriture, que des pommes de terre. Cet aliment passait alors pour le plus vil et ne servait qu’à la nourriture des bestiaux; bien plus, les préjugés prétendaient qu’il était nuisible à l’homme, qu’il causait des épidémies, donnait la fièvre, épuisait la terre, en somme que c’était un végétal vénéneux, étant de la famille des solanées, comme la belladone, la morelle, etc.

Parmentier, dans sa prison, trouva le tubercule nourrissant, salutaire et très  économique; il forma dès lors le projet, s’il était rendu à la liberté, de se dévouer à la propagation de cette plante originaire du continent américain, importée en Espagne au XVe siècle, et cultivée en France cent ans plus tard.

Mis en liberté, Parmentier se rendit à Francfort, ou il logea chez Meyer, chimiste distingué, avec lequel il étudia les méthodes pharmaceutiques usitées dans le Nord, et se mit en relations avec des savants. Rentré à Paris en 1763, Parmentier se remit au travail, suivit les cours de physique de l’abbé Nollet, de Pimprez, rentra en pharmacie et concourut pour une place aux Invalides qu’il obtint, et qu’il conserva jusqu’à la suppression de cet emploi. Parmentier reçut, en compensation, une pension de douze cents livres et un logement.

La disette de 1769 avait profondément ému les esprits sérieux; l’Académie de Besançon mit au concours cette question : Quels sont les végétaux nourrissants qui, dans les temps de disette, peuvent remplacer les aliments ordinaires ?

Parmentier saisit cette occasion pour présenter la pomme de terre, il en fit valoir tous les avantages, sa facile reproduction, la modicité de son prix et sa puissance alimentaire. L’Académie examina son mémoire et lui accorda une médaille, que le modeste savant se fit un devoir d’offrir à l’église du Saint-Sépulcre de Montdidier, où il avait reçu le baptême.

Dès lors, Parmentier se livra à une étude plus particulière de la pomme de terre, il en fit l’analyse, trouva sa fécule, démontra son emploi dans l’industrie, dans la panification; il résuma ses découvertes dans un ouvrage publié en 1773. Il s’occupa aussi des procédés pour le blutage des farines, du mode défectueux de faire le pain et publia le Parfait Boulanger, ouvrage dans lequel il s’occupa de la panification de la pomme de terre; il fit aux Invalides, en présence des savants de l’époque, des expériences qui furent couronnées de succès. Le biscuit de Savoie, ornement de nos desserts, qui a pour base la fécule de pomme de terre, est dû au philanthrope  Parmentier.

Notre compatriote savait tirer de cette plante les produits les plus opposés : il en faisait à sa volonté du pain ou de l’eau-de-vie. Il donna un jour à de nombreux convives un dîner dans lequel on ne servit que des pommes de terre, et deux sortes de pains faits avec ce même tubercule. C’est vers cette époque que Parmentier vint à Montdidier; il y fut reçu avec empressement; il n’oubliait pas sa famille et venait en aide à sa mère. Les laboureurs profitèrent de sa présence pour le consulter sur la maladie des blés dont beaucoup de champs avaient été atteints. Le chimiste fit des expériences et constata que le blé noir, la carie du froment, était due à un parasite; il préconisa le chaulage comme moyen préservatif.

Grâce à la persévérance de Parmentier, la culture de la pomme de terre se propagea en France; le gouvernement lui accorda, en 1787, cinquante arpents dans la plaine des Sablons que l’on regardait comme totalement stériles; il les ensemença de pommes de terre, et les Parisiens furent étonnés de voir une végétation brillante couvrir cette terre inculte. Pendant le jour, Parmentier faisait garder avec soin le champ par des soldats,  mais durant la nuit, ils se retiraient; alors les maraudeurs venaient lui dérober ses tubercules, ce dont il était enchanté :

« Si l’on vole la pomme de terre, dit-il, c’est qu’il n’existe plus de préjugé contre elle. »

Lorsque la fleur fut épanouie, il en présenta un bouquet à Louis XVI en lui disant :

 Sire, désormais, la famine est impossible.
— Monsieur Parmentier, répondit le roi, des hommes tels que vous, on ne les récompense pas avec de l’argent, il y a une monnaie plus digne de leur cœur, donnez-moi la main et embrassez la Reine » 
(1) .

Louis XVI mit le bouquet à sa boutonnière, les courtisans s’empressèrent de suivre son exemple; dès lors le succès de la pomme de terre était assuré; Parmentier en fit des distributions pour en propager la culture.

Le savant François de Neufchâteau avait proposé de remplacer la désignation impropre de pomme de terre par celle de Parmentière; cette dénomination, favorablement accueillie par les savants et les agronomes, ne put faire triompher de la routine. Ce nom aurait eu cependant l’avantage de rappeler celui de Parmentier, fort oublié aujourd’hui.

A la mort de ce philanthrope, survenue le 17 décembre 1813, la France récoltait environ cinquante millions d’hectolitres de pomme de terre; c’était le résultat d’une volonté énergique qu’aucune difficulté ne pouvait arrêter.

La ville de Montdidier fit élever une statue à son illustre enfant; elle fut inaugurée le 28 juin 1848, au milieu d’une nombreuse assistance de notabilités et de membres de Sociétés savantes. Parmentier est représenté debout, en costume de membre de l’Institut, tenant à la main droite une plume dans les doigts, des épis de maïs, un tubercule et quelques plantes, la main gauche est appuyée sur un livre; le piédestal est couvert de quatre bas reliefs rappelant les différents épisodes de la vie du savant Montdidérien.

(1) Notice historique et biographique sur Antoine Parmentier, par Hourdequin de Beaupré, « antiquaire. Montdidier, 1893. 

« Le Cultivateur aveyronnais. » 29 octobre 1893.
Photo de C. Gogry. Statue de Parmentier, à Montdidier. 1905.

Parmentier serait content 

sir+walter+raleighLe ministère de l’agriculture, en Angleterre, a décidé de faire une campagne publique pour inciter les citoyens anglais à manger des pommes de terre. 

Les pommes de terre furent apportées en Angleterre par sir Walter Raleigh, qui fut également le premier importateur de tabac. Il ne semble pas qu’il soit nécessaire d’encourager les fumeurs. En revanche, à ce qu’il parait, les pommes de terre ne sont plus à la mode.

Qu’on les décrète nécessaires à la beauté féminine. Les résultats ne tarderont pas à se faire sentir. 

« Le Matin. » Paris, 22 décembre 1929.

Des maniaques

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folieDes goûts et des couleurs, il ne faut discuter, dit un vieux proverbe. C’est l’avis de bien des gens, et c’était en tout cas, il y a quelques mois encore, celui d’une brave mère de famille, Mme P…, qui s’était prise d’une manie véritablement bizarre : elle croquait des morceaux de charbon à toute heure de la journée.

Ce n’était pas comme médicament, mais bien comme friandise que Mme P… grignotait son charbon, et l’en priver c’eût été vouloir sa fin. Du reste, elle en faisait sa nourriture presque exclusive et la viande, notamment, lui donnait des nausées. Elle connut par ce fait de nombreuses mésaventures.

Des amies qui, l’ayant invitée à dîner, virent négliger un succulent menu pour un bâton de charbon, ne lui pardonnèrent pas cette fantaisie. Une autre fois son fournisseur de houille se fâcha parce qu’elle voulait exiger de lui à chaque livraison, et pardessus la marché, quelques morceaux de bois bien carbonisé, tendre, facile à broyer et qu’elle se réserverait pour son dessert. Le brave commerçant crut qu’elle se moquait de lui. Il rendit l’argent qu’il avait perçu déjà pour son sac de combustible et se retira très digne en disant :

Allez imposer à d’autres vos ridicules conditions, quant à moi je n’aime pas les mauvais plaisants ! 

Mme P… fut visitée par des médecins. L’un d’eux, le docteur Bérillon, la consola.

Vous guérirez, cela s’en ira tout seul ! 

Et de fait un beau jour elle se réveilla avec les goûts de tout le monde.

Ils sont légion les maniaques. Chez eux le désordre intellectuel pervertit presque toutes les facultés, et ce détraquement cérébral donne lieu aux manifestations les plus étranges de leur façon de faire.

D’aucuns ramassent des cailloux et des morceaux de verre et les gardent précieusement dans leurs poches; d’autres entrent dans une rivière sans s’apercevoir qu’ils ont quitté leur chemin, ou démolissent leur maison en croyant qu’elle va tomber en ruines; certains encore se figurent qu’ils sont changés en loups, en vers luisants; qu’ils portent une bouteille de liquide dont ils redoutent à chaque instant la chute; il y en a aussi qui, se prenant pour une motte de terre, refusent de boire par crainte de se ramollir.

Nous ne venons de parler là que du vulgum pecus. Nous allons passer en revue maintenant les manies de quelques têtes couronnées et grands hommes.

Scipion l’Africain trouvait son plus grand plaisir à faire des ricochets sur la mer avec de petits cailloux.

Jean, roi de Chypre, consacra la plus grande partie de son règne à dévider des écheveaux de laine; Charles IX ferrait des chevaux avec une activité dévorante.

Louis XVI, chacun sait cela, faisait des serrures, et un autre de nos rois contemporains,  sans doute pour augmenter les ressources de son trésor, taquinait les hôtes des eaux et vendait le produit de sa pêche. On ne le marchandait jamais.

Auguste réservait la plus grande partie de son affection à une caille qu’il avait élevée.

Honorius chérissait une poule, et sa mort le rendit inconsolable.

Domitien haïssait les mouches qu’il considérait comme ses plus mortelles ennemis, et il les pourchassait à grands coups d’épée. Il en tuait en moyenne quatre ou cinq par jour, et dans sa rage de ne pas mieux réussir, il cassait tout les objets à sa portée. Sa chasse lui’coûtait très cher.

Le chancelier Bacon avait des instincts plus doux, il adorait les roses.

Le grand Gustave-Adolphe jouait avec ses pages pendant que les généraux Tilly et Pappenheim taillaient en pièces ses soldats à Breitenfeld.

Le cardinal de Richelieu poursuivait ses domestiques en les criblant de balles de sarbacane, aussi le redoutaient-ils beaucoup.

Mazarin, qui adorait les singes, leur apprenait des grimaces qu’il avait laborieusement étudiées.

Voltaire s’était épris d’une folle amitié pour un grand aigle des Alpes plus décharné que lui.

Enfin l’admirable sculpteur Jean-Antoine Houdon ramassait sur son chemin tous les tessons de bouteilles et de pots cassés qu’il rencontrait; il les rangeait avec soin dans son atelier, et il les montrait à ses amis en essayant de leur persuader qu’il possédait la plus merveilleuse collection de « l’art céramique qu’on pût trouver»

Terminons par deux historiettes.

Un littérateur Antoine-Rey-Dussueil avait la bizarre manie d’évoquer des fantômes. Il liait conversation avec ces êtres surnaturels, les questionnait et se figurait de très bonne foi qu’ils lui répondaient. Il finit par entrer tout à fait et de bonne foi dans la peau de son rôle et dans un livre dont il soigna tout particulièrement chaque chapitre, il retraça ses impressions. Il ne le voulut pas signer de son nom et le signa ainsi : Un fou. On s’arracha ce livre peu banal et il eut d’ailleurs un énorme succès. Ce fut même, croyons-nous, le chef-d’œuvre de l’auteur.

Des aliénistes le lurent, mais l’apprécièrent de tout autre façon. Ils jugèrent qu’un esprit sain n’aurait pu, sans se démentir, faire œuvre si parfaite. Et la suite leur donna raison. On apprit, quelques jours après le lancement de ce livre singulier, que la raison de Rey-Dusseuil avait totalement sombré. On ne put le guérir.

Plus heureux fut un autre lunatique qui avait la manie de se croire mort.

Un beau jour, son entourage, fatigué de son extravagante fantaisie, feignit de le croire. On fit préparer un cercueil, on empoigna le maniaque et on l’y enferma. Quand il entendit le marteau frapper sur le premier clou, il poussa des cris d’orfraie et à l’aide d’un violent effort il repoussa le couvercle de la bière, dont il sortit… absolument guéri.

« Le Petit journal. » Paris, 1903.
Illustration : Hugo van der Goes.

John Paul Jones

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JohnPaul-Jones

L’intrépide marin dont on vient de retrouver la dépouille à Paris, et qu’une députation des Etats-Unis est venue chercher en grande pompe, était né en Ecosse et servit d’abord dans la marine marchande.

Il se trouvait aux Etats-Unis, lorsque ceux-ci songèrent à créer une flotte pour combattre les vaisseaux des Anglais, qui ne voulaient pas reconnaître leur indépendance. Il fut mis à la tête d’une des frégates de l’Union et se rendit en Angleterre où il réussit à incendier le port de Whitehaven et à s’emparer du château de Selkirk. L’année suivante, il ravageait de nouveau les côtes de l’Angleterre, avec une escadrille que lui avait fournie le gouvernement du roi Louis XVI.

Le 22 septembre 1778, il osa attaquer, avec une frégate, un gros vaisseau anglais, dont il s’empara à l’abordage. Il le ramena en France où on l’accueillit avec enthousiasme. Louis XVI lui donna une épée d’or. Le congrès de Philadelphie lui vota aussi des félicitations et une médaille d’honneur.

Quand la paix eût été conclue entre les Etats-Unis et l’Angleterre, c’est-à-dire que celle-ci eût reconnu officiellement l’indépendance du nouveau pays, Paul Jones servit quelque temps dans la marine russe, avec le grade de contre-amiral. Puis il revint en France, où il mourut en 1789. L’Assemblée Législative se fit représenter à ses funérailles.

« Le Journal du dimanche : gazette hebdomadaire de la famille. »  Paris, 1905. 

Bonaparte et tonton Louis

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napoleon

On a beaucoup plaisanté le père Loriquet pour une phrase qu’il n’a vraisemblablement pas écrite, celle dans laquelle il aurait déclaré que Napoléon 1er avait été le lieutenant général de Louis XVIII. La plaisanterie était un peu forte, grossière même, et elle a persisté jusqu’à ces derniers temps.

Mais on aurait pu rire à plus juste raison d’un mot étrange de Napoléon 1er, mot vraiment extraordinaire. Quelque temps après son second mariage Napoléon Ier se promenait avec son beau-père l’empereur d’Autriche. Ils causaient de la Révolution Française.

Elle arrivait de bien loin, dit Napoléon 1er, toutefois il eût été facile d’en prévenir les grandes catastrophes, si la faiblesse n’avait pas été le fond du caractère de mon oncle.

L’empereur d’Autriche chercha un moment pour essayer de comprendre de qui Napoléon 1er voulait parler : c’était de Louis XVI, mari de Marie-Antoinette, tante de Marie-Louise. C’est l’empereur d’Autriche lui-même qui répéta ce mot au marquis de Castellentini qu’il avait invité à dîner.

Je fus tout étourdi, ajouta l’empereur François, et bien autrement interdit, lorsqu’après un moment de réflexion, je vis qu’il entendait parler de Louis XVI..

Napoléon Ier se réclamant, comme neveu, de Louis XVI, c’est absolument original.

« Gazette anecdotique, littéraire, artistique et bibliographique. »  Paris, 1892.

Les précieux morceaux de l’appareilleuse

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 époux-necker

Mme Necker, la femme du ministre des finances sous Louis XVI, en furetant un jour sur la cheminée du cabinet de son mari, trouva parmi les papiers jetés négligemment, une lettre conçue en ces termes :

« Monsieur, connaissant le goût de Votre Grandeur pour l’histoire naturelle, j’ai l’honneur de lui annoncer que j’en possède plusieurs morceaux précieux et dignes de lui être présentés. Si Votre Grandeur daigne se rendre chez moi, je m’empresserai de les lui montrer et je me flatte qu’elle en sera assez satisfaite pour en désirer la possession. »

La lettre était signée d’un nom de femme avec son adresse dans un assez vilain quartier.

Mme Necker, qui se piquait de connaissances en tous genres, fut curieuse de voir les pièces intéressantes qu’on annonçait à son mari. Elle fit atteler et se rendit à l’adresse indiquée. Son valet de pied demande par son ordre au portier si Mme Palmyre est chez elle et, sur une réponse affirmative, elle monte l’escalier.

Qu’on juge de l’embarras de Mme Palmyre quand Mme Necker, lui montrant la lettre de son mari, se nomme et demande avec empressement les morceaux d’histoire naturelle dont elle disait tant de merveilles.

Ses réponses et son attitude ouvrirent les yeux de la visiteuse qui comprit en quel lieu elle était.

Elle se garda bien de raconter son aventure à son mari ni à qui que ce fût; mais les domestiques, les voisins de la maison et l’appareilleuse elle même ne furent pas aussi discrets.

« Hier, aujourd’hui, demain. Gazette historique. »  Paris, 1923.

Le souper du sanglier

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varennes

La gloutonnerie des Bourbons éclate chez Louis XVI  d’une manière intempestive. A aucune époque de sa vie, le pauvre homme ne sut modérer ni contenir son appétit.

Quand il se fut déterminé à quitter les Tuileries, le 21 août 1791, il se détourna de son itinéraire pour déjeuner à Etoges, chez son premier valet de chambre, M. de Chamilly. Quand il entra dans Varennes, les troupes du marquis de Bouillé étaient parties depuis deux heures, mais le postillon Drouet et ses hommes l’attendaient. A peine de retour aux Tuileries, il soupa, dévora un poulet comme si rien d’extraordinaire ne s’était passé.

Il mangeait salement et Buffon, ayant assisté une fois à son grand couvert, laissa échapper un mot qui n’est pas du style soutenu, devant les sangliers domestiques élevés par le Jardin des plantes :

 « Eh bien, le roi, dit-il, mange comme ces animaux-là ! »

« Petit bréviaire de la gourmandise. »  Laurent Tailhade. Paris, 1914.  
Illustration : « Arrestation à Varennes. » Jean Louis Prieur.

 

Pomme de terre

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Louis-XVI-Marie-Antoinette-Parmentier

C’était le temps des bergeries florianesques et des bols-seins de Trianon. C’était aussi l’époque où l’apothicaire Parmentier luttait contre la routine pour faire adopter l’usage alimentaire de la pomme de terre, qu’il a plus que personne contribué à acclimater chez nous. Parmentier trouva, on le sait, en la personne de Louis XVI un protecteur puissant, et, grâce à ce monarque, toute la cour mit à la mode le tubercule tant dédaigné.

La princesse de Lamballe, belle-fille du duc de Penthièvre, et la plus intime amie de Marie-Antoinette, ne dut pas être une des adeptes les moins enthousiastes, si l’on en juge par le livre trouvé en sa possession, dont nous rapportons seulement le titre : Traité d’Agriculture où l’on enseigne le moyen de conserver toute l’année la pomme de terre en nature, par M. le Chevalier de Saint-Blaise, de l’Académie des Arcades de Rome.

« Peut-être eût-il mieux valu étudier avec M. de Mirabeau l’art de conserver les trônes qu’avec M. de Saint-Blaise, l’art de conserver les pommes de terre, mais emportée par le tourbillon qui entraînait tout, cette société, éprise d’un sentimentalisme humanitaire hors de saison, dansait sur le volcan qui allait en engloutir les derniers débris (1). »

(1) L. Double, Le cabinet d’un curieux, p.67.

« La Chronique médicale. » Paris, 1897.