Louis XVI

Des maniaques

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folieDes goûts et des couleurs, il ne faut discuter, dit un vieux proverbe. C’est l’avis de bien des gens, et c’était en tout cas, il y a quelques mois encore, celui d’une brave mère de famille, Mme P…, qui s’était prise d’une manie véritablement bizarre : elle croquait des morceaux de charbon à toute heure de la journée.

Ce n’était pas comme médicament, mais bien comme friandise que Mme P… grignotait son charbon, et l’en priver c’eût été vouloir sa fin. Du reste, elle en faisait sa nourriture presque exclusive et la viande, notamment, lui donnait des nausées. Elle connut par ce fait de nombreuses mésaventures.

Des amies qui, l’ayant invitée à dîner, virent négliger un succulent menu pour un bâton de charbon, ne lui pardonnèrent pas cette fantaisie. Une autre fois son fournisseur de houille se fâcha parce qu’elle voulait exiger de lui à chaque livraison, et pardessus la marché, quelques morceaux de bois bien carbonisé, tendre, facile à broyer et qu’elle se réserverait pour son dessert. Le brave commerçant crut qu’elle se moquait de lui. Il rendit l’argent qu’il avait perçu déjà pour son sac de combustible et se retira très digne en disant :

Allez imposer à d’autres vos ridicules conditions, quant à moi je n’aime pas les mauvais plaisants ! 

Mme P… fut visitée par des médecins. L’un d’eux, le docteur Bérillon, la consola.

Vous guérirez, cela s’en ira tout seul ! 

Et de fait un beau jour elle se réveilla avec les goûts de tout le monde.

Ils sont légion les maniaques. Chez eux le désordre intellectuel pervertit presque toutes les facultés, et ce détraquement cérébral donne lieu aux manifestations les plus étranges de leur façon de faire.

D’aucuns ramassent des cailloux et des morceaux de verre et les gardent précieusement dans leurs poches; d’autres entrent dans une rivière sans s’apercevoir qu’ils ont quitté leur chemin, ou démolissent leur maison en croyant qu’elle va tomber en ruines; certains encore se figurent qu’ils sont changés en loups, en vers luisants; qu’ils portent une bouteille de liquide dont ils redoutent à chaque instant la chute; il y en a aussi qui, se prenant pour une motte de terre, refusent de boire par crainte de se ramollir.

Nous ne venons de parler là que du vulgum pecus. Nous allons passer en revue maintenant les manies de quelques têtes couronnées et grands hommes.

Scipion l’Africain trouvait son plus grand plaisir à faire des ricochets sur la mer avec de petits cailloux.

Jean, roi de Chypre, consacra la plus grande partie de son règne à dévider des écheveaux de laine; Charles IX ferrait des chevaux avec une activité dévorante.

Louis XVI, chacun sait cela, faisait des serrures, et un autre de nos rois contemporains,  sans doute pour augmenter les ressources de son trésor, taquinait les hôtes des eaux et vendait le produit de sa pêche. On ne le marchandait jamais.

Auguste réservait la plus grande partie de son affection à une caille qu’il avait élevée.

Honorius chérissait une poule, et sa mort le rendit inconsolable.

Domitien haïssait les mouches qu’il considérait comme ses plus mortelles ennemis, et il les pourchassait à grands coups d’épée. Il en tuait en moyenne quatre ou cinq par jour, et dans sa rage de ne pas mieux réussir, il cassait tout les objets à sa portée. Sa chasse lui’coûtait très cher.

Le chancelier Bacon avait des instincts plus doux, il adorait les roses.

Le grand Gustave-Adolphe jouait avec ses pages pendant que les généraux Tilly et Pappenheim taillaient en pièces ses soldats à Breitenfeld.

Le cardinal de Richelieu poursuivait ses domestiques en les criblant de balles de sarbacane, aussi le redoutaient-ils beaucoup.

Mazarin, qui adorait les singes, leur apprenait des grimaces qu’il avait laborieusement étudiées.

Voltaire s’était épris d’une folle amitié pour un grand aigle des Alpes plus décharné que lui.

Enfin l’admirable sculpteur Jean-Antoine Houdon ramassait sur son chemin tous les tessons de bouteilles et de pots cassés qu’il rencontrait; il les rangeait avec soin dans son atelier, et il les montrait à ses amis en essayant de leur persuader qu’il possédait la plus merveilleuse collection de « l’art céramique qu’on pût trouver»

Terminons par deux historiettes.

Un littérateur Antoine-Rey-Dussueil avait la bizarre manie d’évoquer des fantômes. Il liait conversation avec ces êtres surnaturels, les questionnait et se figurait de très bonne foi qu’ils lui répondaient. Il finit par entrer tout à fait et de bonne foi dans la peau de son rôle et dans un livre dont il soigna tout particulièrement chaque chapitre, il retraça ses impressions. Il ne le voulut pas signer de son nom et le signa ainsi : Un fou. On s’arracha ce livre peu banal et il eut d’ailleurs un énorme succès. Ce fut même, croyons-nous, le chef-d’œuvre de l’auteur.

Des aliénistes le lurent, mais l’apprécièrent de tout autre façon. Ils jugèrent qu’un esprit sain n’aurait pu, sans se démentir, faire œuvre si parfaite. Et la suite leur donna raison. On apprit, quelques jours après le lancement de ce livre singulier, que la raison de Rey-Dusseuil avait totalement sombré. On ne put le guérir.

Plus heureux fut un autre lunatique qui avait la manie de se croire mort.

Un beau jour, son entourage, fatigué de son extravagante fantaisie, feignit de le croire. On fit préparer un cercueil, on empoigna le maniaque et on l’y enferma. Quand il entendit le marteau frapper sur le premier clou, il poussa des cris d’orfraie et à l’aide d’un violent effort il repoussa le couvercle de la bière, dont il sortit… absolument guéri.

« Le Petit journal. » Paris, 1903.
Illustration : Hugo van der Goes.

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John Paul Jones

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JohnPaul-Jones

L’intrépide marin dont on vient de retrouver la dépouille à Paris, et qu’une députation des Etats-Unis est venue chercher en grande pompe, était né en Ecosse et servit d’abord dans la marine marchande.

Il se trouvait aux Etats-Unis, lorsque ceux-ci songèrent à créer une flotte pour combattre les vaisseaux des Anglais, qui ne voulaient pas reconnaître leur indépendance. Il fut mis à la tête d’une des frégates de l’Union et se rendit en Angleterre où il réussit à incendier le port de Whitehaven et à s’emparer du château de Selkirk. L’année suivante, il ravageait de nouveau les côtes de l’Angleterre, avec une escadrille que lui avait fournie le gouvernement du roi Louis XVI.

Le 22 septembre 1778, il osa attaquer, avec une frégate, un gros vaisseau anglais, dont il s’empara à l’abordage. Il le ramena en France où on l’accueillit avec enthousiasme. Louis XVI lui donna une épée d’or. Le congrès de Philadelphie lui vota aussi des félicitations et une médaille d’honneur.

Quand la paix eût été conclue entre les Etats-Unis et l’Angleterre, c’est-à-dire que celle-ci eût reconnu officiellement l’indépendance du nouveau pays, Paul Jones servit quelque temps dans la marine russe, avec le grade de contre-amiral. Puis il revint en France, où il mourut en 1789. L’Assemblée Législative se fit représenter à ses funérailles.

« Le Journal du dimanche : gazette hebdomadaire de la famille. »  Paris, 1905. 

Bonaparte et tonton Louis

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napoleon

On a beaucoup plaisanté le père Loriquet pour une phrase qu’il n’a vraisemblablement pas écrite, celle dans laquelle il aurait déclaré que Napoléon 1er avait été le lieutenant général de Louis XVIII. La plaisanterie était un peu forte, grossière même, et elle a persisté jusqu’à ces derniers temps.

Mais on aurait pu rire à plus juste raison d’un mot étrange de Napoléon 1er, mot vraiment extraordinaire. Quelque temps après son second mariage Napoléon Ier se promenait avec son beau-père l’empereur d’Autriche. Ils causaient de la Révolution Française.

Elle arrivait de bien loin, dit Napoléon 1er, toutefois il eût été facile d’en prévenir les grandes catastrophes, si la faiblesse n’avait pas été le fond du caractère de mon oncle.

L’empereur d’Autriche chercha un moment pour essayer de comprendre de qui Napoléon 1er voulait parler : c’était de Louis XVI, mari de Marie-Antoinette, tante de Marie-Louise. C’est l’empereur d’Autriche lui-même qui répéta ce mot au marquis de Castellentini qu’il avait invité à dîner.

Je fus tout étourdi, ajouta l’empereur François, et bien autrement interdit, lorsqu’après un moment de réflexion, je vis qu’il entendait parler de Louis XVI..

Napoléon Ier se réclamant, comme neveu, de Louis XVI, c’est absolument original.

« Gazette anecdotique, littéraire, artistique et bibliographique. »  Paris, 1892.

Les précieux morceaux de l’appareilleuse

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 époux-necker

Mme Necker, la femme du ministre des finances sous Louis XVI, en furetant un jour sur la cheminée du cabinet de son mari, trouva parmi les papiers jetés négligemment, une lettre conçue en ces termes :

« Monsieur, connaissant le goût de Votre Grandeur pour l’histoire naturelle, j’ai l’honneur de lui annoncer que j’en possède plusieurs morceaux précieux et dignes de lui être présentés. Si Votre Grandeur daigne se rendre chez moi, je m’empresserai de les lui montrer et je me flatte qu’elle en sera assez satisfaite pour en désirer la possession. »

La lettre était signée d’un nom de femme avec son adresse dans un assez vilain quartier.

Mme Necker, qui se piquait de connaissances en tous genres, fut curieuse de voir les pièces intéressantes qu’on annonçait à son mari. Elle fit atteler et se rendit à l’adresse indiquée. Son valet de pied demande par son ordre au portier si Mme Palmyre est chez elle et, sur une réponse affirmative, elle monte l’escalier.

Qu’on juge de l’embarras de Mme Palmyre quand Mme Necker, lui montrant la lettre de son mari, se nomme et demande avec empressement les morceaux d’histoire naturelle dont elle disait tant de merveilles.

Ses réponses et son attitude ouvrirent les yeux de la visiteuse qui comprit en quel lieu elle était.

Elle se garda bien de raconter son aventure à son mari ni à qui que ce fût; mais les domestiques, les voisins de la maison et l’appareilleuse elle même ne furent pas aussi discrets.

« Hier, aujourd’hui, demain. Gazette historique. »  Paris, 1923.

Le souper du sanglier

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varennes

La gloutonnerie des Bourbons éclate chez Louis XVI  d’une manière intempestive. A aucune époque de sa vie, le pauvre homme ne sut modérer ni contenir son appétit.

Quand il se fut déterminé à quitter les Tuileries, le 21 août 1791, il se détourna de son itinéraire pour déjeuner à Etoges, chez son premier valet de chambre, M. de Chamilly. Quand il entra dans Varennes, les troupes du marquis de Bouillé étaient parties depuis deux heures, mais le postillon Drouet et ses hommes l’attendaient. A peine de retour aux Tuileries, il soupa, dévora un poulet comme si rien d’extraordinaire ne s’était passé.

Il mangeait salement et Buffon, ayant assisté une fois à son grand couvert, laissa échapper un mot qui n’est pas du style soutenu, devant les sangliers domestiques élevés par le Jardin des plantes :

 « Eh bien, le roi, dit-il, mange comme ces animaux-là ! »

« Petit bréviaire de la gourmandise. »  Laurent Tailhade. Paris, 1914.  
Illustration : « Arrestation à Varennes. » Jean Louis Prieur.

 

Pomme de terre

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Louis-XVI-Marie-Antoinette-Parmentier

C’était le temps des bergeries florianesques et des bols-seins de Trianon. C’était aussi l’époque où l’apothicaire Parmentier luttait contre la routine pour faire adopter l’usage alimentaire de la pomme de terre, qu’il a plus que personne contribué à acclimater chez nous. Parmentier trouva, on le sait, en la personne de Louis XVI un protecteur puissant, et, grâce à ce monarque, toute la cour mit à la mode le tubercule tant dédaigné.

La princesse de Lamballe, belle-fille du duc de Penthièvre, et la plus intime amie de Marie-Antoinette, ne dut pas être une des adeptes les moins enthousiastes, si l’on en juge par le livre trouvé en sa possession, dont nous rapportons seulement le titre : Traité d’Agriculture où l’on enseigne le moyen de conserver toute l’année la pomme de terre en nature, par M. le Chevalier de Saint-Blaise, de l’Académie des Arcades de Rome.

« Peut-être eût-il mieux valu étudier avec M. de Mirabeau l’art de conserver les trônes qu’avec M. de Saint-Blaise, l’art de conserver les pommes de terre, mais emportée par le tourbillon qui entraînait tout, cette société, éprise d’un sentimentalisme humanitaire hors de saison, dansait sur le volcan qui allait en engloutir les derniers débris (1). »

(1) L. Double, Le cabinet d’un curieux, p.67.

« La Chronique médicale. » Paris, 1897.

Danger de la miséricorde

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louisXVLouis XV signait une condamnation à mort… Après avoir déployé son auguste paraphe :

Choiseul, dit-il au célèbre ministre qui lui tenait l’écritoire, cet homme a tué vingt personnes. Je lui avais pourtant fait grâce la première fois.

Sire, répondit Choiseul, c’est donc que ce misérable n’a tué qu’un seul homme. Votre Majesté a tué les dix neuf-autres.