Louis XVI

John Paul Jones

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L’intrépide marin dont on vient de retrouver la dépouille à Paris, et qu’une députation des Etats-Unis est venue chercher en grande pompe, était né en Ecosse et servit d’abord dans la marine marchande.

Il se trouvait aux Etats-Unis, lorsque ceux-ci songèrent à créer une flotte pour combattre les vaisseaux des Anglais, qui ne voulaient pas reconnaître leur indépendance. Il fut mis à la tête d’une des frégates de l’Union et se rendit en Angleterre où il réussit à incendier le port de Whitehaven et à s’emparer du château de Selkirk. L’année suivante, il ravageait de nouveau les côtes de l’Angleterre, avec une escadrille que lui avait fournie le gouvernement du roi Louis XVI.

Le 22 septembre 1778, il osa attaquer, avec une frégate, un gros vaisseau anglais, dont il s’empara à l’abordage. Il le ramena en France où on l’accueillit avec enthousiasme. Louis XVI lui donna une épée d’or. Le congrès de Philadelphie lui vota aussi des félicitations et une médaille d’honneur.

Quand la paix eût été conclue entre les Etats-Unis et l’Angleterre, c’est-à-dire que celle-ci eût reconnu officiellement l’indépendance du nouveau pays, Paul Jones servit quelque temps dans la marine russe, avec le grade de contre-amiral. Puis il revint en France, où il mourut en 1789. L’Assemblée Législative se fit représenter à ses funérailles.

« Le Journal du dimanche : gazette hebdomadaire de la famille. »  Paris, 1905. 

Bonaparte et tonton Louis

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napoleon

On a beaucoup plaisanté le père Loriquet pour une phrase qu’il n’a vraisemblablement pas écrite, celle dans laquelle il aurait déclaré que Napoléon 1er avait été le lieutenant général de Louis XVIII. La plaisanterie était un peu forte, grossière même, et elle a persisté jusqu’à ces derniers temps.

Mais on aurait pu rire à plus juste raison d’un mot étrange de Napoléon 1er, mot vraiment extraordinaire. Quelque temps après son second mariage Napoléon Ier se promenait avec son beau-père l’empereur d’Autriche. Ils causaient de la Révolution Française.

Elle arrivait de bien loin, dit Napoléon 1er, toutefois il eût été facile d’en prévenir les grandes catastrophes, si la faiblesse n’avait pas été le fond du caractère de mon oncle.

L’empereur d’Autriche chercha un moment pour essayer de comprendre de qui Napoléon 1er voulait parler : c’était de Louis XVI, mari de Marie-Antoinette, tante de Marie-Louise. C’est l’empereur d’Autriche lui-même qui répéta ce mot au marquis de Castellentini qu’il avait invité à dîner.

Je fus tout étourdi, ajouta l’empereur François, et bien autrement interdit, lorsqu’après un moment de réflexion, je vis qu’il entendait parler de Louis XVI..

Napoléon Ier se réclamant, comme neveu, de Louis XVI, c’est absolument original.

« Gazette anecdotique, littéraire, artistique et bibliographique. »  Paris, 1892.

Les précieux morceaux de l’appareilleuse

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 époux-necker

Mme Necker, la femme du ministre des finances sous Louis XVI, en furetant un jour sur la cheminée du cabinet de son mari, trouva parmi les papiers jetés négligemment, une lettre conçue en ces termes :

« Monsieur, connaissant le goût de Votre Grandeur pour l’histoire naturelle, j’ai l’honneur de lui annoncer que j’en possède plusieurs morceaux précieux et dignes de lui être présentés. Si Votre Grandeur daigne se rendre chez moi, je m’empresserai de les lui montrer et je me flatte qu’elle en sera assez satisfaite pour en désirer la possession. »

La lettre était signée d’un nom de femme avec son adresse dans un assez vilain quartier.

Mme Necker, qui se piquait de connaissances en tous genres, fut curieuse de voir les pièces intéressantes qu’on annonçait à son mari. Elle fit atteler et se rendit à l’adresse indiquée. Son valet de pied demande par son ordre au portier si Mme Palmyre est chez elle et, sur une réponse affirmative, elle monte l’escalier.

Qu’on juge de l’embarras de Mme Palmyre quand Mme Necker, lui montrant la lettre de son mari, se nomme et demande avec empressement les morceaux d’histoire naturelle dont elle disait tant de merveilles.

Ses réponses et son attitude ouvrirent les yeux de la visiteuse qui comprit en quel lieu elle était.

Elle se garda bien de raconter son aventure à son mari ni à qui que ce fût; mais les domestiques, les voisins de la maison et l’appareilleuse elle même ne furent pas aussi discrets.

« Hier, aujourd’hui, demain. Gazette historique. »  Paris, 1923.

Le souper du sanglier

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varennes

La gloutonnerie des Bourbons éclate chez Louis XVI  d’une manière intempestive. A aucune époque de sa vie, le pauvre homme ne sut modérer ni contenir son appétit.

Quand il se fut déterminé à quitter les Tuileries, le 21 août 1791, il se détourna de son itinéraire pour déjeuner à Etoges, chez son premier valet de chambre, M. de Chamilly. Quand il entra dans Varennes, les troupes du marquis de Bouillé étaient parties depuis deux heures, mais le postillon Drouet et ses hommes l’attendaient. A peine de retour aux Tuileries, il soupa, dévora un poulet comme si rien d’extraordinaire ne s’était passé.

Il mangeait salement et Buffon, ayant assisté une fois à son grand couvert, laissa échapper un mot qui n’est pas du style soutenu, devant les sangliers domestiques élevés par le Jardin des plantes :

 « Eh bien, le roi, dit-il, mange comme ces animaux-là ! »

« Petit bréviaire de la gourmandise. »  Laurent Tailhade. Paris, 1914.  
Illustration : « Arrestation à Varennes. » Jean Louis Prieur.

 

Pomme de terre

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Louis-XVI-Marie-Antoinette-Parmentier

C’était le temps des bergeries florianesques et des bols-seins de Trianon. C’était aussi l’époque où l’apothicaire Parmentier luttait contre la routine pour faire adopter l’usage alimentaire de la pomme de terre, qu’il a plus que personne contribué à acclimater chez nous. Parmentier trouva, on le sait, en la personne de Louis XVI un protecteur puissant, et, grâce à ce monarque, toute la cour mit à la mode le tubercule tant dédaigné.

La princesse de Lamballe, belle-fille du duc de Penthièvre, et la plus intime amie de Marie-Antoinette, ne dut pas être une des adeptes les moins enthousiastes, si l’on en juge par le livre trouvé en sa possession, dont nous rapportons seulement le titre : Traité d’Agriculture où l’on enseigne le moyen de conserver toute l’année la pomme de terre en nature, par M. le Chevalier de Saint-Blaise, de l’Académie des Arcades de Rome.

« Peut-être eût-il mieux valu étudier avec M. de Mirabeau l’art de conserver les trônes qu’avec M. de Saint-Blaise, l’art de conserver les pommes de terre, mais emportée par le tourbillon qui entraînait tout, cette société, éprise d’un sentimentalisme humanitaire hors de saison, dansait sur le volcan qui allait en engloutir les derniers débris (1). »

(1) L. Double, Le cabinet d’un curieux, p.67.

« La Chronique médicale. » Paris, 1897.

Danger de la miséricorde

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louisXVLouis XV signait une condamnation à mort… Après avoir déployé son auguste paraphe :

Choiseul, dit-il au célèbre ministre qui lui tenait l’écritoire, cet homme a tué vingt personnes. Je lui avais pourtant fait grâce la première fois.

Sire, répondit Choiseul, c’est donc que ce misérable n’a tué qu’un seul homme. Votre Majesté a tué les dix neuf-autres.

Les courses de chevaux.

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Théodore Géricault
Théodore Géricault

Le grand prix de Paris fournit à l’Evénement le thème d’une étude historique qui remonte jusqu’à Achille, instituant, après avoir rendu les derniers devoirs à Patrocle, une course en son honneur.

Le héros grec, pour stimuler l’ardeur des concurrents, fonde séance tenante plusieurs prix qui peuvent soutenir la comparaison avec ceux de la Société d’encouragement. Le premier est une femme irréprochable, habile aux travaux de son sexe, et un trépied à anses contenant vingt-deux mesures; le second, une jument indomptée, de six ans, et bientôt mère d’un mulet; le troisième, une chaudière encore blanche qui n’a point été au feu, contenant quatre mesures; le quatrième, deux talents d’or, et le cinquième une urne à deux anses qui ne va pas au feu.

En France, il existait des courses dès l’année 1370, dans le département de la Côte-d’Or. Mais il faut aller jusqu’au règne de Louis XV pour trouver les courses établies en France d’une manière sérieuse. Encore ne citent-on, à cette époque, que des paris entre gentilshommes. En 1776, des courses eurent lieu dans la plaine des Sablons. L’année d’après, plusieurs gentilshommes firent à Fontainebleau une poule où figurèrent quarante chevaux.

Ce goût naissant devint bientôt une fureur, et les gentilshommes de la cour consacrèrent à ce divertissement des sommes folles. Lorsque vint le règne de Louis XVI, ce prince s’en émut et fut contraint de prendre des mesures pour empêcher que la noblesse ne se ruinât avec les courses. Le moyen qu’il employa ne manque pas d’originalité; il se mêla parmi les parieurs et ne paria que de très petites sommes, espérant les amener à une sage modération par esprit de courtisanerie et d’imitation.

« A la dernière course, dit Mme de Genlis, M. de X… a perdu 7,000 louis, M. le comte de X… en a gagné 6,000. Le roi a parié un petit écu; c’est une leçon bien douce et de bien bon goût sur l’extravagance des paris. »

La leçon fut en pure perte, car les gros paris continuèrent.

Les courses, abolies par la Révolution, furent rétablies par Napoléon 1er. Mais c’est seulement en 1827 qu’elles commencèrent à entrer dans le mouvement ascendant qui s’est continué jusqu’à nos jours.

« La Revue des journaux et des livres. » Paris, 1885.