loup-garou

Les hommes-loups

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hurlements-joe-danteOn va nommer incessamment quelques lieutenants de louveterie. Il ne faudrait pas en conclure que le nombre des loups a grandi dans ces dernières années. Bien au contraire, ces animaux sont devenus très rares en France, alors qu’autrefois ils y étaient un objet de terreur pour les campagnards, en raison de leur audace et de leur férocité. L’Orléanais, le Poitou, le Berry, la Normandie avec ses vastes forêts, l’Artois, l’Anjou, presque toutes nos vieilles provinces avaient à compter avec les loups, terribles pour les bêtes domestiques, et ne craignant pas de s’attaquer aux enfants, aux femmes, et même aux hommes, lorsqu’ils étaient trop pressés par la faim.

Il faut voir dans cette frayeur générale que causaient les loups, la source de mille légendes singulières, de contes épouvantables, sombres histoires, qu’on racontait au coin du feu dans tous les villages, et particulièrement de cette croyance au loup-garou,  acceptée comme exacte depuis les temps les plus reculés, mentionnée par Virgile, Pline et Strabon, plus tard par saint Jérôme et saint Augustin, et confirmée d’une manière solennelle dans l’assemblée de théologiens consultée à cet effet par l’empereur Sigismond.

Inutile de dire que le moyen âge accepta le loup-garou avec empressement et lui donna une place fort honorable à côté du diable, des sorcières, des revenants, des fantômes et des vampires. Cette conviction était si forte qu’elle survécut à ces temps de naïve crédulité. Je ne voudrais pas assurer qu’elle existe encore aujourd’hui dans quelques hameaux isolés, mais il est certain qu’au moment de la Révolution elle possédait toute sa force. On assassina la châtelaine de la Lande-de-Lougé, dans l’Orne, en 1796, parce qu’on la croyait sorcière et meneuse de loups.

J’ai dit, tout à l’heure, que la croyance au loup-garou remontait à la plus haute antiquité. Hérodote nous en fournit la preuve « II parait, dit-il, que les Neures sont des enchanteurs s’il faut en croire les Scythes et les Grecs établis en Scythie, chaque Neure se change une fois par an en loup, pour quelques jours, et reprend ensuite sa première forme. » En effet, le loup-garou n’est point un loup, c’est un être humain qui, pour un temps plus ou moins long, a pris l’apparence d’un animal.

Les vieilles chroniques d’Auvergne rapportent qu’un chasseur de ce pays, s’en allant à la recherche du gibier, fut appelé par un gentilhomme, comme il passait devant la demeure de ce dernier, lequel lui demanda de lui montrer au retour ce qu’il aurait tué. Le chasseur promit. Un peu plus loin, il vit venir de son côté un loup de forte taille, le tira et le manqua. Attaqué par la bête féroce, il saisit son couteau de chasse et lui trancha la patte droite. Le loup, alors, prit la fuite en hurlant. Le soir, cet homme raconta son aventure au gentilhomme, et celui-ci voulut voir la patte coupée. Au grand effroi des deux amis, il se trouva que cette patte s’était changée en une main de femme, portant au doigt un anneau que le seigneur reconnut pour appartenir à son épouse. Il se rendit aussitôt auprès de cette dernière, l’obligea à dégager son bras droit, qu’elle tenait caché, et vit qu’elle avait, en effet, la main coupée. Livrée à la justice, cette femme loup-garou  fut brûlée vive.

Ici, nous sommes dans le fantastique, mais nous revenons à la réalité avec l’histoire du malheureux Jules Garnier, condamné à mort comme lycanthrope, en 1591, par un arrêt du Parlement de Dôle, arrêt qui figure dans les Archives curieuses de l’Histoire de France.

Ce Garnier se croyait changé en bête féroce. C’était un fou. Au vignoble de Chastenay, à un quart de lieue de Dôle, il étrangla une fillette de douze ans et la déchira avec ses dents. Un mois plus tard, il recommença, mais l’arrivée de trois cultivateurs l’empêcha de dévorer sa victime. Quinze jours après, au vignoble de Gredisans, il mit en lambeaux le corps d’un jeune garçon, et, proche le village de Porouse, il allait en faire autant du cadavre d’un petit berger, lorsque des gens survinrent, qui l’arrêtèrent.

En présence des déclarations formelles d’aliénés de cette espèce, comment être surpris de la croyance universelle au loup-garou? C’est pourquoi Claude Prieur, en 1596, Beauvoys de Chauvincourt, en 1599, et Nynaud, en 1615, écrivirent tour à tour sur la Lycanthropie ou transformations d’hommes en loups, vulgairement dits loups-garous. De son côté, l’Angevin Le Loyer et Bodin, hauteur de la Démonologie, firent une large place à ces êtres fantastiques dans leurs absurdes ouvrages, produits d’une imagination délirante. Les gens instruits reconnaissaient, d’ailleurs, que les lycanthropes étaient des malades, qu’il fallait traiter comme tels. Dans son Traité de la guérison des maladies, l’ancien auteur Donat de Hautemer l’explique avec la simplicité pleine de saveur de sa curieuse époque

« Il y a, dit-il, des lycanthropes en lesquels l’humeur melancholique domine tellement qu’ils pensent véritablement estre transmuez en loups; ceste maladie est une espece de melancholie, mais estrangement noire et vehemente, car ceux qui en sont atteints sortent de leurs maisons au mois de fevrier, contrefont les loups presques en toute chose, et toute nuict ne font que courir par les cœmetieres et autour des sepulchres tellement qu’on descouvre incontinent en eux une merveilleuse altération de cerveau.« 

Donc, pour les savants de jadis, le loup-garou n’existe pas. C’est un misérable insensé qu’il faudrait enfermer. Tel ce villageois qui, se croyant loup, en 1541, blessa ou tua plusieurs de ses voisins. A la fin, on le maîtrisa, et comme on lui disait qu’il n’avait point l’apparence d’un animal, il expliqua que les loups-garous étaient velus entre cuir et chair, au contraire des vrais loups.  Les autres, tranquillement, se mirent à l’écorcher pour s’en assurer, « puis, conoissant leur faute, et l’innocence de ce melancholique, le commirent aux chirurgiens pour le penser, entre les mains desquels il mourut quelques jours après« .

Le mois de février était celui des lycanthropes. A cette époque de l’année, toujours au moyen âge, la maladie devenait quelquefois épidémique. C’est, du moins, la conclusion qu’il faut tirer de certains récits, consignés de bonne foi par des écrivains sincères, et en particulier de l’étrange cas de folie collective qui se produisait en Livonie, où les gens des villages se rassemblaient, à un mystérieux appel, et, se croyant tous changés en loups,  parcouraient les campagnes en hurlant, jusqu’au moment où ils tombaient épuisés sur la terre.

Ailleurs, le loup-garou sautait sur les épaules de l’homme isolé, et le forçait à prendre sa course à travers les champs. Au Salon de 1857, Maurice Sand exposa une scène de ce genre, un paysan surpris dans un large chemin de pâture par l’animal fantastique, et, fou de terreur, s’élançant devant lui avec des gestes éperdus. Cette oeuvre, pleine de force, et où règne un sentiment de mystère, provoque chez les plus sceptiques une impression de malaise, et fait comprendre à quel point la croyance au loup-garou devait démoraliser les habitants des campagnes.

Nous n’en sommes plus là, heureusement. Avec les véritables loups, le loup-garou s’en est allé et ne reviendra pas. Cependant, les lycanthropes n’ont point cessé d’exister. De temps à autre, un de ces sinistres fous se montre parmi nous. C’est Jack l’Eventreur, à Londres, Joseph Vacher, en France, épouvantables bêtes féroces qui, dans les siècles de jadis, eussent été rangés parmi les démoniaques.

Jean Frollo. « Le Petit Parisien : journal quotidien du soir. » 1911.

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Les meneurs de loups

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meneur-de-loups

On croit en beaucoup de pays de France à la puissance des meneurs de loups. Cette croyance est surtout répandue dans l’Ouest et dans le centre de la France, mais il semble qu’elle soit inconnue dans l’Est et le Nord, pays pourtant très forestiers.

Il est très dangereux d’être mal avec les meneurs de loups. Ces meneurs de loups sont des magiciens, fort mal intentionnés. Ils ne se font pas scrupule de se faire suivre par des loups affidés, avec lesquels ils sont de complicité, et auxquels ils livrent à dévorer les bestiaux de leurs ennemis. Aussi quand un loup quelconque a fait pendant la nuit quelque ravage fort naturel, on l’attribue sans hésiter aux meneurs de loups 1.

Dans le Bas-Maine, les meneux d’loups vivaient au milieu d’une bande de loups qu’ils dressaient à piller les environs. Si un passant était suivi par un de ces animaux, il devait courir au plus vite à sa demeure, en prenant bien garde de tomber. Une fois arrivé, il fallait donner au loup un chanteau de pain pour lui et un pain de douze livres pour son maître. Quiconque aurait essayé de se soustraire à cette taxe eût été dévoré dans l’année par les loups 2.

En Haute-Bretagne, les meneurs de loups étaient obligés à les « mener » de père en fils. Ils allaient dans les forêts, où ils avaient de beaux fauteuils formés de branches de chêne entrelacées, et garnis d’herbe à l’intérieur. Auprès on voyait l’endroit où les bêtes avaient allumé du feu pour faire cuire leurs viandes. Les meneurs leur ordonnaient parfois de reconduire les voyageurs égarés, mais ils recommandaient à ceux-ci de bien prendre garde de choir en route, et d’avoir soin de leur donner du pain ou de la galette une fois rendus à la maison 3.

Dans le Centre, les meneurs de loups étaient des sorciers qui avaient la puissance de fasciner les loups, de s’en faire suivre et de les convoquer à des cérémonies magiques dans les carrefours des forêts. Ils avaient le pouvoir de se transformer en loups-garous. On les appelait aussi serreux de loups, par ce que, disait-on, ils les serraient dans leurs greniers quand il y avait des battues 4.  

George Sand a raconté en détail les croyances berrichonnes sur ces sorciers. Voici deux de ses récits :

Une nuit dans la forêt de Châteauroux, deux hommes, qui me l’ont raconté, virent passer sous bois, une grande bande de loups. Ils en furent très effrayés et montèrent sur un arbre, d’où ils virent ces animaux s’arrêter à la porte de la hutte d’un bûcheron. Ils l’entourèrent en poussant des cris effroyables. Le bûcheron sortit, leur parla dans une langue inconnue, se promena au milieu d’eux, puis ils se dispersèrent sans lui faire aucun mal.

Ceci est une histoire de paysan. Mais deux personnes riches, ayant reçu de l’éducation, vivant dans le voisinage d’une forêt où elles chassaient souvent, m’ont juré sur l’honneur, avoir vu étant ensemble, un vieux garde-forestier de leur connaissance, s’arrêter à un carrefour écarté et faire des gestes bizarres. Les deux personnes se cachèrent pour l’observer et virent accourir treize loups, dont un, énorme, alla droit au chasseur et lui fit des caresses. Celui-ci siffla les autres comme on siffle des chiens, et s’enfonça avec eux dans l’épaisseur des bois. Les deux témoins de cette scène étrange n’osèrent l’y suivre et se retirèrent, aussi surpris qu’effrayés 5.

Dans le Bourbonnais, les loups-garous perdant la forme humaine à minuit, conduisent à travers la campagne des meutes hurlant de loups, ils les font danser autour d’un grand feu. Partout on trouve cette tradition d’un homme qui arrive au milieu de cette assemblée hurlante, et qui est reconnu par le conducteur de loups, qui le fait accompagner par deux de ses chiens et lui recommande de ne pas se laisser tomber et de les récompenser en arrivant. Le voyageur oublie la récompense, mais il revoit à la porte les deux loups, et leur tire en vain des coups de fusil, car les balles s’aplatissent sur leur peau. Leurs yeux brillent comme des éclairs, et leur gueule laisse échapper des flammes. Et dans sa frayeur, il leur donne un énorme pain qu’ils emportent dans les forêts voisines 6.

Dans les forêts morvandelles, tout flûteur est véhémentement soupçonné de mener les loups, d’employer sa virtuosité à les assouplir et à les dompter. Métamorphosé en loup lui-même, à l’aide de quelque secret diabolique qui le met en même temps à l’épreuve des balles, il convoque son troupeau dans quelque sombre carrefour. Les loups assis en rond autour de lui, écoutent attentivement ses instructions, car il leur parle leur langage. Il leur indique les troupeaux mal gardés, ceux de ses ennemis de préférence. Si une battue se prépare, il leur indique par quels défilés de la forêt ils pourront se sauver, et il pousse même la sollicitude jusqu’à effacer leurs traces sur la neige 7.

Suivant une tradition ardennaise, un homme avait jadis le pouvoir de « charmer les loups », en leur récitant une oraison, et il leur était interdit de toucher à rien de ce qui avait été mentionné dans cette incantation 8.

1. L. DU BOIS. Annuaire de l’Orne pour 1809, p. 109.
2. GEORGES DOTTIN. Les Parlers du Bas-Maine.
3. PAUL SÉDILLOT. Contes de la Haute-Bretagne, t. II, n. 51. Traditions, t. II, p. 110.
4. JAUBERT. Glossaire du Centre.
5. GEORGE SAND. Légendes rustiques, p. 97.
6. A. ALLIER. L’ancien Bourbonnais, t. II, 2e partie, p. 12.
7. Dr BOGROS. A travers le Morvan, p. 142.
8. A. MEYRAC. Trad. des Ardennes, p. 215.

« Revue des traditions populaires. » Paris, 1899.

Loup-garou, sorcellerie et boudin

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 Thorembais

A la limite de Thorembais St-Trond, Thorembais-les-Béguines et Perwez, il existe au croisement du chemin une énorme pierre, espèce de monolithe où furent brûlées jadis des sorcières.

Il y a encore un lieu dit « Buisson des Sorcières », où elle se réunissaient la nuit. Mais la place principal de réunions et de danses des sorcières se trouvait aux 4 chemins entre Thorembais et Perwez. Bien souvent le soir on entendait, même du village, la musique des sorcières dans les airs. Un jour un habitant de Thorembais qui était loup-garou, fut trouvé étranglé par les sorcières, pour ne pas avoir bien rempli les devoirs de sa charge.

Il existait également à Thorembais le « moulin du philosophe ». Ce nom de philosophe avait été donné au propriétaire du moulin, à cause de ses pouvoirs. Ce sorcier avait la spécialité d’attirer le boudin et chacun pouvait constater qu’il ne manquait jamais au moulin. Malheur à la fermière qui n’avait pas versé de l’eau bénite dans sa marmite à cuire les boudins… elle pouvait être certaine qu’après la cuisson elle n’en retrouverait plus qu’une partie et même plus du tout.

« Le Folklore brabançon : Bulletin du Service provincial de recherches historiques et folkloriques. »  Bruxelles, 1927.

Quand on parle du loup on en voit la queue

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loup

A notre époque privilégiée, les bêtes féroces et carnassières ont disparu de nos contrées. Bien exceptionnellement on est mis en présence d’un loup ailleurs que dans les jardins zoologiques.

Il n’en était pas de même autrefois ; le loup se chassait couramment ; on en parlait fréquemment, c’était un sujet de conversation très répandu, si bien qu’on en vint à dire : « Quand on parle du loup on en voit la queue ».

Pourquoi voyait-on sa queue d’abord et non sa tête, à l’inverse des rencontres habituelles ? On en donne plusieurs raisons.

Le loup voit de très loin, à travers taillis et broussailles dans lesquels il se cache et guette sa proie ; l’homme n’a pas aussi bonne vue. Quand, à la poursuite du loup, on apercevait la bête, celle-ci avait prévenu les chasseurs et déjà pris la fuite ne donnant que sa queue à contempler.

Une autre raison, euphonique celle-là ; on n’aurait pas trouvé joli de dire « quand on parle du loup on en voit la tête » et l’on a préféré versifier :

Quand on parle du leup,
On en voit la queue.

Dans le vieux langage, notamment en Picardie, le loup s’appelait un leup :

Biaux chires leups, n’écoutez mie
Mère tenchent chen fieux qui crie.
a dit La Fontaine (
Le Loup, La Mère et l’Enfant).

Les loups ayant disparu, on a fait l’application du dicton aux personnes qui survenaient inopinément au moment où l’on parlait d’elles en bien ou en mal ; ce dernier cas est de beaucoup le plus ordinaire, comme chacun sait. Pour être plus aimable, mais non moins hypocrite, on dit aussi : « Quand on parle du soleil on en voit les rayons »; et mieux encore à l’adresse d’une dame : « Quand on parle de la rose on en voit les boutons». Les épines sont précieusement conservées pour l’égratigner à loisir quand elle aura le dos tourné.

Parlant d’une personne ou songeant à elle, il n’est pas très surprenant de la voir venir ou d’en recevoir une lettre ; vous avez mêmes motifs de penser l’un à l’autre ; un même sujet vous préoccupe.

Vous avez pu observer un cas plus bizarre : au cours d’une promenade, vous croyez apercevoir à plusieurs reprises parmi les passants quelqu’un de connaissance; vous aviez été le jouet d’erreurs ou victime de ressemblances. Tout à coup ce quelqu’un vous apparaît en chair et en os. Comment expliquer cette étrange coïncidence ? Mystère !

« Miettes du passé. »  Emile Genest, Paris, 1913.

Le domino jaune

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table

Dans un bal magnifique qui se donnait à Versailles, et où les rafraichissements de toute espèce ne manquaient point, on vit un masque en domino de taffetas jaune, qui vint à un buffet, y demanda une langue fourrée et une bouteille de vin de Champagne, qu’il expédia fort lestement.

Au bout d’un quart d’heure, ce masque revient ; une langue et une bouteille du même vin sont redemandées par lui, et disparaissent avec une égale promptitude.

Quelque temps après, le même domino montra encore le même appétit : cette cérémonie se répéta jusqu’à neuf fois, et il parut si étrange qu’un seul homme pût avoir cette soif et cette faim dévorantes, qu’on le remarqua et qu’on le suivit.

L’énigme fut bientôt expliquée ; on découvrit que ce domino était les hommes d’une compagnie de gardes suisses, qui se relevaient l’un après l’autre, à la faveur du costume qu’ils avalent en commun, pour aller au buffet.

On s’amusa beaucoup du domino jaune et de son bon appétit.

« Les mille et une anecdotes comiques, calembours, jeux de mots, énigmes, charades… »  Paris, 1854.

« Jamais loup n’a vu son père »

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loup

La crainte qui subsistait autrefois plus qu’aujourd’hui parmi le peuple, et surtout parmi les paysans, au sujet des revenants et du loup garou, a une origine bien ancienne.

De nombreux Français vivant dans les campagnes étaient plongés dans l’idolâtrie; ils croyaient que certaines druidesses, à force de méditations, parvenaient à pénétrer les secrets de la nature, et qu’elles acquéraient le pouvoir surnaturel de métamorphoser les hommes en loups (lycantropie). Cette métamorphose s’appelait, au commencement du douzième siècle, werwoulf, du mot wolf, qui signifie loup.

Au dix-huitième siècle, la révolution française a fait plus encore, elle en a changé beaucoup en tigres. Quant à l’origine du proverbe, voici ce qu’en dit Gaston Phœbus, comte de Foix, dans son livre de la Chasse :

« Lorsque la louve entre en chaleur, elle se trouve aussitôt accompagnée d’un loup, qui, l’ayant flairée, se met à la suivre. Celui qui arrive ensuite flaire le loup et se met à suivre celui-ci; le troisième de même à la queue du second ; et de queue en queue il se fait une grande traînée de loups. La louve, se sentant caressée et suivie, comme la nature de toutes les femelles est de se faire courtiser, elle court de côté et d’autre sans s’arrêter. A la fin, lasse et rendue, elle commence à se reposer la première, ce que font aussi tous les loups; mais comme ils sont tous fatigués, ils s’endorment et la louve s’adresse au pire de la troupe, qui a été le premier en date. Elle s’accouple avec lui, et, après en avoir reçu ce qu’elle désire, elle s’éloigne de tous les autres avant qu’ils se réveillent. Revenus de leur assoupissement, ils reconnaissent à l’odorat celui qui les a tous supplantés, et, furieux de l’absence de la louve, d’un commun dépit, ils le dévorent; c’est ce qui a fait dire, que jamais loup n’a vu son père. »

« Histoire générale des proverbes, adages, sentences, apophthegmes dérivés des moeurs, des usages, de l’esprit et de la morale des peuples anciens et modernes… »  Méry, Paris, 1828.

Un monstre en Anjou

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loup-garou

De Lancre, à qui nous devons le récit du procès d’Aupetit, nous a conservé l’histoire d’une autre affaire  qui eut un grand retentissement dans tout l’Anjou. C’est une cause de « lycanthropie ».

Symphorien Damon, archer des gardes du grand prévôt d’Angers, rencontra, sur sa route, le 4 août 1598, un homme couché contre terre, les cheveux longs et « le regard mauvais », qui, aussitôt prit la fuite à travers les genêts. Or, en arrivant au village voisin, Damon apprit qu’un jeune garçon avait été dévoré par les loups. Presque aussitôt on rapporta les restes du cadavre sur une charrette et à la charrette était attaché un homme aux cheveux incultes, aux ongles longs de deux doigts, « les mains sanglantes et le visage épouvantable ».

On avait retiré les restes de l’enfant d’entre les pattes de deux loups, tandis qu’un troisième loup se jetait dans le champ voisin. On avait couru dans ce champ, on y avait trouvé l’homme aux grands cheveux. Lui demandant ce qu’il faisait, il avait répondu: « — Pas grand-chose ». Et comme on lui demandait encore qui avait mangé l’enfant, il avait répondu que c’était lui, un frère et son cousin. Voilà donc ce qu’étaient ces trois loups, des hommes transformés en bêtes, des loups-garous.

Le pauvre fou, nommé Jacques Rollet fut donc arrêté. Damon reconnut facilement en lui l’être singulier qu’il avait rencontré le matin. La chair de l’enfant était « hachée et découpée comme avec des dents ou ongles de bestes ». Mais Rollet ne revint pas sur ses déclarations. Il déclara même avoir mangé ou blessé quantité d’autres enfants. Il mendiait de village en village, avec son frère et son cousin, et grâce à un onguent spécial se transformait souvent en loup. On le jeta donc en prison le même soir, à Cande. Il avait « le ventre grand, tendu et fort dur; et le soir il but un seau d’eau et depuis n’a voulu boire ».

Transféré à la prison d’Angers le 7 août, Rollet expliqua comment il s’y était pris pour dévorer l’enfant. Il avait mordu d’abord au bas-ventre. Mais confronté avec le cadavre, il ne le reconnut pas.

« Enquis qui est-ce qui luy a apprins à se transmuer ainsi en loup, dit qu’il n’en sçait rien, sinon qu’il fut excommunié par sentence d’excommunication ».

Mieux encore que cette réponse, l’interrogatoire du 8 montrera l’incohérence de sa pensée.

— En vous frottant de cet onguent, deveniez-vous loup ?

— Non, cependant j’étais loup lorsque j’ai dévoré l’enfant Cornier.

— Etiez-vous loup lorsqu’on vous arrêta ?

— J’étais loup.

— Etiez-vous habillé en loup ? 

— J’étais habillé comme à présent.

— Les pieds et les mains vous venaient-ils pattes de loups ? 

— Oui.

— La tête vous venait-elle tête de loup ?

— J’ignore… J’avais la tête comme aujourd’hui.

Malgré ces contradictions ineptes, Jacques Rollet fut condamné à mort. Mais sur appel de son avocat, le Parlement de Paris annula la sentence et l’envoya pour deux années, à l’hôpital de Saint-Germain-des-Prés pour y « redresser son esprit ».

Ce fut là une grande preuve de sagesse.

« L’Église et la sorcellerie: précis historique suivi des documents officiels. »  J. Français, Paris, 1910.