loup

La lycanthropie moderne

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chats-vieille-femmeDans quelques campagnes reculées, au début du siècle dernier, on prêtait encore aux sorciers la faculté de se métamorphoser en divers animaux. Cette croyance, admise presque universellement au Moyen Age, trouverait encore de nos jours, au dire de Gaston Vuillier, de nombreux adeptes. Cet auteur en a rapporté quelques exemples typiques :

Une vieille femme qui faisait sa lessive entendit tout à coup un grand bruit dans la cheminée, d’où tombèrent presque aussitôt une demi-douzaine de chats de toutes les couleurs.

« Chauffez-vous, minets, dit-elle avec douceur. »

Les chats ne se firent pas prier : ils s’installèrent près du feu, au bord des cendres, et se mirent à ronronner de satisfaction. Une voisine, qui venait d’entrer, conçut certains doutes sur la qualité véritable des minets, et, pour éprouver si c’étaient de vrais chats ou des sorciers, elle leur jeta de l’eau bouillante sur le dos. Les minets se sauvèrent en hurlant. Mais ce n’est pas là le plus extraordinaire. On apprit le lendemain qu’il y avait cinq ou six méchants gars du village qui n’osaient se montrer en public parce qu’ils avaient des brûlures sur tout le corps. On connut ainsi que c’étaient eux qui, la veille, s’étaient changés en chats.

berger

Il n’y a guère longtemps, on attribuait encore au sorcier le pouvoir de se métamorphoser en loup. C’est ainsi qu’on expliquait dans les campagnes la singulière amitié qui le liait à ces animaux. entre eux et lui avait été conclu un pacte qui mettait à l’abri de tout attaque les troupeaux qu’il gardait. On appelait meneurs de loups les sorciers de cette sorte, bergers pour la plupart (mais dans tout berger il y a l’étoffe d’un sorcier). Pour éloigner les loups ou les rendre inoffensifs, ils n’avaient qu’à étendre et à prononcer certaines formules magiques : c’est ce qu’on nommait en Corrèze l’enclavélement.

« Le loup enclavelé, dit Gaston Vuillier, n’a pas plus tôt aperçu le meneur qu’il s’enfuit, la gueule béante, dans l’impossibilité de mordre. Sa cruauté reste ainsi paralysée jusqu’au moment où il traverse un cours d’eau. »

Source : Nass/Cabanès. « Poisons et sortilèges. » Paris, 1903.

Les meneurs de loups

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On croit en beaucoup de pays de France à la puissance des meneurs de loups. Cette croyance est surtout répandue dans l’Ouest et dans le centre de la France, mais il semble qu’elle soit inconnue dans l’Est et le Nord, pays pourtant très forestiers.

Il est très dangereux d’être mal avec les meneurs de loups. Ces meneurs de loups sont des magiciens, fort mal intentionnés. Ils ne se font pas scrupule de se faire suivre par des loups affidés, avec lesquels ils sont de complicité, et auxquels ils livrent à dévorer les bestiaux de leurs ennemis. Aussi quand un loup quelconque a fait pendant la nuit quelque ravage fort naturel, on l’attribue sans hésiter aux meneurs de loups 1.

Dans le Bas-Maine, les meneux d’loups vivaient au milieu d’une bande de loups qu’ils dressaient à piller les environs. Si un passant était suivi par un de ces animaux, il devait courir au plus vite à sa demeure, en prenant bien garde de tomber. Une fois arrivé, il fallait donner au loup un chanteau de pain pour lui et un pain de douze livres pour son maître. Quiconque aurait essayé de se soustraire à cette taxe eût été dévoré dans l’année par les loups 2.

En Haute-Bretagne, les meneurs de loups étaient obligés à les « mener » de père en fils. Ils allaient dans les forêts, où ils avaient de beaux fauteuils formés de branches de chêne entrelacées, et garnis d’herbe à l’intérieur. Auprès on voyait l’endroit où les bêtes avaient allumé du feu pour faire cuire leurs viandes. Les meneurs leur ordonnaient parfois de reconduire les voyageurs égarés, mais ils recommandaient à ceux-ci de bien prendre garde de choir en route, et d’avoir soin de leur donner du pain ou de la galette une fois rendus à la maison 3.

Dans le Centre, les meneurs de loups étaient des sorciers qui avaient la puissance de fasciner les loups, de s’en faire suivre et de les convoquer à des cérémonies magiques dans les carrefours des forêts. Ils avaient le pouvoir de se transformer en loups-garous. On les appelait aussi serreux de loups, par ce que, disait-on, ils les serraient dans leurs greniers quand il y avait des battues 4.  

George Sand a raconté en détail les croyances berrichonnes sur ces sorciers. Voici deux de ses récits :

Une nuit dans la forêt de Châteauroux, deux hommes, qui me l’ont raconté, virent passer sous bois, une grande bande de loups. Ils en furent très effrayés et montèrent sur un arbre, d’où ils virent ces animaux s’arrêter à la porte de la hutte d’un bûcheron. Ils l’entourèrent en poussant des cris effroyables. Le bûcheron sortit, leur parla dans une langue inconnue, se promena au milieu d’eux, puis ils se dispersèrent sans lui faire aucun mal.

Ceci est une histoire de paysan. Mais deux personnes riches, ayant reçu de l’éducation, vivant dans le voisinage d’une forêt où elles chassaient souvent, m’ont juré sur l’honneur, avoir vu étant ensemble, un vieux garde-forestier de leur connaissance, s’arrêter à un carrefour écarté et faire des gestes bizarres. Les deux personnes se cachèrent pour l’observer et virent accourir treize loups, dont un, énorme, alla droit au chasseur et lui fit des caresses. Celui-ci siffla les autres comme on siffle des chiens, et s’enfonça avec eux dans l’épaisseur des bois. Les deux témoins de cette scène étrange n’osèrent l’y suivre et se retirèrent, aussi surpris qu’effrayés 5.

Dans le Bourbonnais, les loups-garous perdant la forme humaine à minuit, conduisent à travers la campagne des meutes hurlant de loups, ils les font danser autour d’un grand feu. Partout on trouve cette tradition d’un homme qui arrive au milieu de cette assemblée hurlante, et qui est reconnu par le conducteur de loups, qui le fait accompagner par deux de ses chiens et lui recommande de ne pas se laisser tomber et de les récompenser en arrivant. Le voyageur oublie la récompense, mais il revoit à la porte les deux loups, et leur tire en vain des coups de fusil, car les balles s’aplatissent sur leur peau. Leurs yeux brillent comme des éclairs, et leur gueule laisse échapper des flammes. Et dans sa frayeur, il leur donne un énorme pain qu’ils emportent dans les forêts voisines 6.

Dans les forêts morvandelles, tout flûteur est véhémentement soupçonné de mener les loups, d’employer sa virtuosité à les assouplir et à les dompter. Métamorphosé en loup lui-même, à l’aide de quelque secret diabolique qui le met en même temps à l’épreuve des balles, il convoque son troupeau dans quelque sombre carrefour. Les loups assis en rond autour de lui, écoutent attentivement ses instructions, car il leur parle leur langage. Il leur indique les troupeaux mal gardés, ceux de ses ennemis de préférence. Si une battue se prépare, il leur indique par quels défilés de la forêt ils pourront se sauver, et il pousse même la sollicitude jusqu’à effacer leurs traces sur la neige 7.

Suivant une tradition ardennaise, un homme avait jadis le pouvoir de « charmer les loups », en leur récitant une oraison, et il leur était interdit de toucher à rien de ce qui avait été mentionné dans cette incantation 8.

1. L. DU BOIS. Annuaire de l’Orne pour 1809, p. 109.
2. GEORGES DOTTIN. Les Parlers du Bas-Maine.
3. PAUL SÉDILLOT. Contes de la Haute-Bretagne, t. II, n. 51. Traditions, t. II, p. 110.
4. JAUBERT. Glossaire du Centre.
5. GEORGE SAND. Légendes rustiques, p. 97.
6. A. ALLIER. L’ancien Bourbonnais, t. II, 2e partie, p. 12.
7. Dr BOGROS. A travers le Morvan, p. 142.
8. A. MEYRAC. Trad. des Ardennes, p. 215.

« Revue des traditions populaires. » Paris, 1899.

Ingratitude

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Un événement étrange vient d’avoir lieu dans la commune de Neufmarché.

Un des habitants, ayant creusé ce qu’on appelle un fossé à loup, mit au-dessus, pour attirer l’animal, une oie vivante. Un passant aperçut l’oie qui se débattait. L’obscurité ne lui permettant pas de bien distinguer, il s’approcha et tomba dans la fosse. Or celle-ci avait huit pieds de profondeur, et les côtés étaient taillés en cône renversé. Grand fut l’étonnement de l’homme, plus grand encore son embarras.

Ce ne fut qu’après avoir longtemps, mais en vain, appelé du secours, qu’il se résigna à attendre patiemment le jour. Mais à peine avait-il pris cette détermination, qu’il sent comme un lourd fardeau lui tomber sur les épaules. C’était un loup attiré par l’appât, et qui venait de se prendre au piège. On peut se faire une idée de la frayeur du malheureux. Celle de l’animal ne fut, paraît-il, pas moindre, car il alla tout d’abord se blottir dans un coin de la fosse et n’en bougea pas de toute la nuit.

Enfin le jour parut, et avec lui le maître du piège, qui vint voir si le succès avait couronné son entreprise. Au lieu d’une victime, il en trouva deux. Généreux envers la première, qu’il tira du trou saine et sauve, il oublia la belle conduite du loup, qui, par sa discrétion, lui avait ménagé l’honneur de ce sauvetage, et eut l’ingratitude de le tuer sur place.

« La Féérie illustrée. »Paris, 1859.

Diffusez le livret CAP Loup, pour en finir avec les contre-vérités !

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Le livret 16 pages réalisé en 2013 par les associations fondatrices de CAP Loup vient d’être actualisé. Il est disponible en format pdf. A diffuser sans modération ! Le défaut d’information et un certain acharnement médiatique contre le loup n’aident pas à la compréhension de ce dossier complexe… et c’est le loup qui en pâtit. Vous pouvez nous aider à faire connaître les vrais enjeux du dossier, en diffusant le plus largement possible ce livret.

Merci à tous !

mini-logo_pdfTéléchargez le livret complet Loup : pour en finir avec les contre-vérités (3 Mo)

Le loup, un animal discret et harcelé

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Aujourd’hui nous parlons du retour du loup dans nos contrées. Le loup a été complètement éliminé d’Europe de l’Ouest au cours du 20e siècle, mais il est effectivement de retour dans certains pays dont la France.

Sa mauvaise image a plus ou moins disparu car le loup est actuellement une espèce protégée, mais les hostilités avec les populations rurales subsistent toujours. En France, alors que cela se passe très bien en Espagne ou en Italie, tout est une question de culture, nous sommes imprégnés d’angoisses à la « Petit chaperon rouge ».

Pourtant c’est un animal plutôt discret qui vit dans des endroits peu habités par l’homme

Il vit surtout dans les zones montagneuses en Italie, France, Espagne mais aussi dans des forêts en Suède, Finlande, et Allemagne, par exemple. Mais la destruction de ses habitats forestiers et montagneux le force à se rapprocher des zones rurales : il est classé « vulnérable » sur la liste rouge des espèces menacées en France de l’IUCN (Union internationale pour la conservation de la nature), en dehors des massifs montagneux. Le programme Pastoraloup, organisé par l’association Ferus, met en place une assistance aux éleveurs en zones de loups. Ils recrutent, forment et encadrent des bénévoles pour renforcer la présence humaine auprès des troupeaux et réduire les attaques des loups sur les ovins.

Jeudi dernier encore, en Savoie, la préfecture annonçait qu’un loup mâle adulte avait été abattu dans le cadre d’un tir de défense.

Malheureusement, des loups meurent toujours par balles dans ces régions… Ce loup a été décompté du plan loup instauré par l’État qui autorise l’abattage de 24 loups en une année, soit 10% de la population. Pourtant depuis quelques années, au moins 100 loups ont été abattus illégalement. Résultat : aujourd’hui, la population des loups en France est réduite à 150 individus. Pourtant, un sondage IFOP dévoile que 80% des Français sont favorables à l’intégration des loups dans l’Hexagone ! Cohabitation éleveurs/ loups… la solution viendra des hommes !

Version écrite de la chronique, collaboration Nathalie Cayzac

Yolaine De La Bigne

http://www.neo-planete.com/2014/05/26/retour-du-loup-chronique-yolainedelabigne

Un loup marche des milliers de kilomètres pour trouver l’amour

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Le loup OR-7, photographié le 3 mai 2014 dans les Cascade Mountains (Etats-Unis). (AP / SIPA)

L’animal et sa compagne ont été repérés dans la forêt nationale de Rogue River-Siskiyou, aux Etats-Unis.

C’est la fin d’une longue quête. Le loup OR-7, célèbre pour ses déambulations dans l’Oregon (Etats-Unis), a peut-être trouvé une compagne, a annoncé lundi 12 mai le U.S Fish and Wildlife Service cité par l’agence Associated Press (en anglais). Si cette union se confirme, le couple serait le premier des Cascade Mountains depuis le début du XXe siècle.

Une femelle a été filmée par les caméras de surveillance dans la forêt nationale de Rogue River-Siskiyou, là où vit désormais OR-7, selon le traqueur GPS qu’il porte au cou. Selon le biologiste John Stephenson, il est probable que les deux animaux soient en ce moment en train d’élever des louveteaux.

L’animal voyage depuis septembre 2011

« C’est incroyable qu’il ait apparemment trouvé une compagne, a commenté le biologiste. Je ne pensais pas que cela arriverait. Je suis encore plus impressionné par la capacité des loups à survivre et à se trouver les uns les autres. »

Les jeunes loups quittent généralement la meute pour trouver un nouveau territoire et une louve afin de former leur propre meute. OR-7 a quitté la meute d’Imnaha, dans le nord-est de l’Oregon, en septembre 2011. Il a franchi des autoroutes et des déserts jusqu’en Californie pour finalement gagner les Cascade Mountains.

http://www.francetvinfo.fr