Lucrèce Borgia

Humilité

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C’était le 2 février 1833, soir de la répétition générale de Lucrèce Borgia. Un coup de sifflet strida dès la première scène.

M. Harel, le directeur de la Porte-Saint-Martin, courut vers Victor Hugo et lui dit :

— On siffle, qu’est-ce que cela signifie ?
— Cela signifie, répondit froidement Hugo, que la pièce est de moi.

Mais le succès s’étant affirmé, au baisser final du rideau le public réclama l’auteur.
Le directeur vint retrouver Hugo et le supplia de paraître en scène. Hugo, qui avait encore sur le cœur le premier coup de sifflet, s’y refusa.

— Je donne au public ma pensée mais non ma personne, déclara-t-il.

Les auteurs étaient modestes, en 1833.

Illustration : toile de Louis Boulanger.

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Un drame en prose

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Ah ! c’était le bon temps alors, en 1830 ! on avait des haines, parce qu’on avait des amours, et les émeutes des parterres étaient les guerres de religions littéraires. On y trouvait les âpres délices du fanatisme. Malheur aux chefs qui hésitaient dans la mêlée ! Il nous souvient de cette anecdote que l’un des plus vaillants héros de cette grande époque nous a racontée.

Victor Hugo convoque un jour tous ses amis, le cénacle renforcé de quelques disciples, pour leur faire entendre la lecture de Lucrèce Borgia. A la première ligne, on s’aperçoit que le drame est en prose ! C’était là une circonstance grave. Un auditeur se lève, et interpellant l’assistance, demande jusqu’à quel point il est convenable de tolérer la lecture d’un drame tout bourgeoisement écrit en prose !

Victor Hugo fut sommé de fournir des explications sur ce fait. Il allégua la difficulté de faire entrer certains noms de ses personnages dans des vers. Cette excuse, après examen, fut admise. On consentit à rester, à écouter la lecture du drame, mais à condition que l’auteur n’y reviendrait plus !

L’auteur d’Angelo et de Marie Tudor retomba depuis dans la même faute, pour les mêmes raisons, et fut absous de même.

 » Le Chroniqueur de la semaine. »  Paris, 1856.