Luigi Lablache

Le voyageur ne se détaille pas 

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C’est une vieille histoire. Elle date de l’époque heureuse où l’on ne se déplaçait qu’en diligence. 

Un grand baryton de l’Opéra, le nommé  Luigi Lablache, allait fort souvent donner des représentations en province. Comme il possédait un ventre énorme et une assiette imposante, il prenait toujours deux places pour lui seul. Un jour, il prit une nouvelle bonne à son service, une petite paysanne d’une naïveté désespérante si elle était pleine  de bonnes intentions. 

Un matin, il la dépêcha, pour aller lui retenir les deux places habituelles dans la diligence se dirigeant sur Lyon. A l’heure du départ, Lablache s’installe, mais voici qu’un autre gros homme vient s’asseoir à côté de lui. 

Oh ! pardon, monsieur, fait le baryton, cette autre place m’appartient. 

Contestation, dispute. Enfin, le postillon de la diligence approche et examine le plan de sa voiture. 

Monsieur Lablache, dit-il, vous êtes dans l’erreur. Votre domestique a en effet retenu deux places pour vous, mais si l’une est dans le coupé, l’autre se trouve dans la rotonde ! 

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Le maladroit

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Luigi Lablache ayant à demander une faveur à Mme la comtesse Duchâtel, dont le mari était ministre de l’intérieur sous Louis-Philippe, se rend chez elle, et lui explique le motif de sa visite.

Mme la comtesse lui présente une large bergère (car chacun sait de quel volume était ce chanteur célèbre), et il s’assied. Tout à coup, il sent une ondulation sous lui, et des soupirs étouffés. Subitement, il se doute qu’il est assis sur Mirza, la chienne king’s-Charles, la favorite bien-aimée de Mme la comtesse. Que faire ? S’il se lève, à la vue de sa chienne étouffée Mme Duchâtel peut retirer ou refuser la faveur qu’il sollicite… Il prend le parti de l’étouffer tout à fait, en s’appuyant sur les bras de son siège,et Mme la comtesse accorde la demande.

Mais il fallait faire disparaître le cadavre du délit. Profitant d’un moment d’absence de la comtesse, Lablache met la chienne dans l’une des poches de son large paletot, et après avoir salué gracieusement sa protectrice, il se retire, enchanté de la manière adroite avec laquelle il venait de sortir d’un si mauvais pas.

« Le Rasoir. »Versailles, 1863.