Lune

Eclipses  de Soleil et d’argent

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Ces dernières années, les fantaisies de la Bourse, palais des voleurs et des banquiers, ont montré aux pauvres épargnants une magnifique éclipse de… leurs économies. 

En juin 1936, on a vu une éclipse de soleil. Phœbus le Soleil s’est caché derrière Phœbé la Lune. Cela se passait- de même » en 1858. Il y avait aussi en ce temps-là des éclipses d’économies.

Ce qui prouve que rien n’a changé sous le Soleil… ni sous la Lune. 

Journal de Limoges, 1937.

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Voyage dans la lune

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Donc, c’est décidé, le professeur Robert Goddart, de l’Université de Worcester, va envoyer un obus dans la lune. Les résultats de cette entreprise hardie promettent d’être surprenants. Nous allons entrer en communication avec les habitants de la planète la plus voisine de la terre, et nul doute que ce soit à notre grand avantage, comme à celui de nos correspondants.

Ces braves gens, si nous en jugeons par tout ce qu’on nous a raconté à leur sujet, doivent être dans un état de civilisation tout à fait primitif et ils seront bien contents de recevoir nos enseignements. D’autant plus que le professeur Robert Goddart, de l’Université de Worcester, a l’intention de mettre dans son obus un certain nombre d’échantillons propres à donner aux gens de la lune la plus haute idée de notre avancement intellectuel et moral. A savoir : deux mitrailleuses, une dizaine de fusils, avec toutes les munitions nécessaires. Douze kilos de gaz asphyxiants. Un modèle réduit d’une guillotine, et d’un appareil à électrocuter, un collier de perles. Deux mercantis. Une demi-douzaine de bureaucrates. Un demi-litre d’eau-de-vie. Un exemplaire sur papier japon du traité de Versailles, avec la manière de s’en servir. Il n’y a aucun doute que la lune, au reçu de cet envoi, demande à cor et à cri à faire partie, dans le plus bref délai possible, de la Société des Nations.

La seule difficulté sera d’attacher le grelot, c’est-à-dire d’établir ces communications régulières entre la terre et la lune. Il faut espérer que ce ne sera qu’un jeu. Déjà des signes précurseurs nous indiquent le vif désir que la lune a de correspondre aux bonnes intentions de la terre. Un astronome de Calcutta aurait découvert, dit-on, il y a un mois ou deux, des signes nettement visibles sur la surface de la lune, et qui ne pouvaient s’adresser qu’à nous.

Il a pu déchiffrer trois ou quatre mots, écrits, dans une langue qui paraît se rapprocher de l’ancien araméen, et qui, traduits en français, semblent indiquer de façon précise les sentiments amicaux de la lune à l’égard de la terré, en même temps que l’idée générale qu’elle se fait de nous. Ces caractères, traduits le plus exactement possible, sont une sorte d’appel cordial de la lune à la terre, et l’interprétation la plus plausible en serait à peu près ces mots :

« Bien le bonjour, la grosse Bertha ! » 

Grabriel de Lautrec. « Le Journal amusant. » Paris, 1921.
Illustration : Le voyage dans la Lune © Georges Méliès

Le chant du Coq

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On raconte en pays Betsimisaraka, que dans des temps anciens, le Soleil, la Lune et Coq vivaient fraternellement auprès du Seigneur Parfumé, Principe et Créateur de toute chose.

Un jour le Soleil partit seul à la promenade, laissant à la maison le Coq et la Lune. Cette dernière en profita pour faire acte d’autorité, et ordonna au Coq d’aller chercher des
bœufs. Mais, indépendant et fier, le Coq refusa. Furieuse, la Lune saisit son frère Coq à la gorge et le précipita sur la Terre.

A son retour, le Soleil chercha le Coq. La Lune dut lui avouer pourquoi et comment elle avait puni le Coq de sa désobéissance. Le Soleil, indigné, s’écria :

« Puisque tu as perdu l’esprit de famille, tu ne partageras plus mes promenades, et je te condamne à errer la nuit qui sera désormais ton domaine. Moi, je resterai le seul maître du jour, et le Coq ne m’oubliera pas, car je l’aime. Tu n’entendras plus celui que tu as chassé, et à l’avenir il ne chantera que pour moi. »

Ainsi, chaque matin, dès que son frère se lève, le Coq, ravi de le voir paraître, et fidèle au rendez-vous, contemple le soleil et élève vers lui son hymne éclatant :

« Tonga zoky ô, Tonga zoky ô ! » ( Viens, ô mon cher aîné !)

Mais au crépuscule, quand disparaissent les derniers rayons du soleil et que se montre la Lune, alors le Coq se hâte de rentrer dans sa maison, pour ne pas apercevoir sa détestable sœur.

« Air-France revue : revue trimestrielle. »  Paris, 1949.
Illustration : Prosper Alphonse Isaac.

Influence de la lune sur le bégaiement

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Palaiseau-1819

Certain auteur romantique et fumiste à l’occasion, bien qu’affligé d’un léger défaut de langue, s’en fut une belle nuit, une nuit de noce… réveiller en plein sommeil un grave poète officiel et, lui montrant la lune toute ronde dans la fenêtre :

Monsieur, bégaya-t-il d’une langue épaissie par la boisson, pourriez-vous me dire à quoi sert cette boule ridicule ?…

Le cher maître fut quelque peu interloqué. Il aurait pu répondre que la lune avait peut-être une influence sur nos organes vocaux et qu’il était dangereux pour son visiteur d’errer ainsi à la clarté de l’astre nocturne. En effet, quelqu’un annonce après de nombreuses expériences qu’il y a une corrélation incontestable entre le cours de la lune et le bégaiement.

L’observateur, qui d’ailleurs renonce à nous expliquer ce bizarre phénomène, a constaté des milliers de fois que par les nuits claires, et en temps de pleine lune, les bègues avaient la parole beaucoup plus embarrassée qu’à l’ordinaire.

On se perd en conjectures… ajoute le grave journal  anglo-indien qui relate cette observation.

Avis aux noctambules intéressés !

« L’Universel : magazine hebdomadaire. »  Paris, 1903.

Fruit défendu

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folie

Erasme, le célèbre écrivain philosophe du XVIe siècle, dont on ne lit plus guère aujourd’hui que L’Eloge de la Folie, tout en restant fortement attaché aux croyances chrétiennes, fit maintes fois la critique des abus qui s’étaient introduits dans le monde religieux.

Quand il écrivit ses Colloques, où il malmenait notamment certains ordres monastiques, et certains ecclésiastiques, dont les façons de vivre étaient loin de répondre à la formule et à l’esprit de leur voeu, cet ouvrage causa une grande émotion. Simon de Colline, l’imprimeur, qui s’attendait naturellement au bruit que le livre devait faire, n’en tira pas moins de vingt et un mille exemplaires; nombre que n’avait jamais atteint jusqu’alors aucune publication : mais pour en assurer la vente, il fit aussitôt répandre le bruit que le débit venait d’en être interdit. Il n’y avait rien de vrai dans cette assertion, qui cependant était vraisemblable, et toujours est-il qu’elle eut pour effet de faire vendre la totalité de l’édition, en fort peu de temps.

Cet imprimeur était homme d’esprit, qui savait l’attrait du fruit défendu.

« Ah ! le beau spectacle, écrivait Erasme, comme conclusion de son Eloge de la folie, si placé sur la Lune ou pouvait découvrir les agitations infinies des hommes ! On verrait une grosse nuée de mouches et de moucherons, qui se querellent, se battent, se tendent des pièges, s’entrepillent, jouent, folâtrent, s’élèvent, tombent et meurent. On ne pourrait jamais imaginer les mouvements, le vacarme, le tintamarre que l’homme, ce petit animal, qui par rapport à une durée infinie, n’a qu’une minute à vivre, excite à la surface de la terre. »

« Musée des familles. »  Charles Delagrave, Paris, 1897.

La jeune fille de la lune

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yacoutes

Contrairement à la croyance généralement répandue, il arrive parfois que l’être humain qu’on croit reconnaître dans les taches de la lune n’y a pas été transporté en punition d’une faute.

Ainsi chez les Yakoutes « La lune a enlevé une jeune fille que martyrisait sa belle-mère; en plein hiver, elle l’envoyait pieds nus chercher de l’eau. La lune l’a enlevée avec un buisson pendant qu’elle suivait la route les seaux à la main. On la voit très bien pendant la pleine lune et à mesure que l’orpheline grandit (Toulouïah-yë-itch-tchi), la lune grandit aussi. Quand la lune décroît, c’est signe qu’elle entre dans la maison où elle demeure avec l’orpheline; quand il y a pleine lune, elle va chercher de l’eau avec la jeune fille. Des loups et des ours dévorent la lune pour avoir enlevé la jeune orpheline. Tous les vingt-huit jours elle repousse, mais les bêtes se remettent à la ronger. »

René Basset.  » Revue des traditions populaires  » Musée de l’homme, Paris, 1903.