Lyon

La rouge est mis

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valadon-utillo-utterSuzanne Valadon est la mère d’Utrillo. Il a hérité d’elle le sens aigu de la peinture qui l’anime. 

A présent, après toutes les aventures, tous les malheurs, toutes les souffrances qui marquèrent la vie de Maurice Utrillo, il vit sagement près de sa mère, dans un vieux château, entre Lyon et Mâcon. C’est un pays de vignoble. Hélas ! le vin qu’a tant aimé Utrillo ne peut plus être un breuvage pour lui, ou du moins il n’en peut boire que très peu et il a toujours soif. 

Alors sa mère a eu une idée charmante. A table on ne refuse jamais à boire à Utrillo, son verre est toujours plein du rouge breuvage. C’est du vin, si l’on veut, un peu, très peu. C’est de l’eau rougie, mais d’une assez belle couleur pour enchanter Utrillo.

« Bec et ongles. » Paris, 1932.
Photo : Suzanne Valadon, Maurice Utrillo, André Utter.

Le père du débutant

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amoureux

La scène suivante s’est passée dans un théâtre de la banlieue lyonnaise. Au premier rang du parterre s’était installé un honnête bourgeois qui semblait prendre le plus grand intérêt aux péripéties du drame.

Tout a coup apparaît le jeune premier, alors le brave bourgeois s’élança sur la scène et administra au jeune amoureux une vigoureuse correction de coups de poing, que le jeune premier reçut avec une résignation héroïque. On eut bientôt l’explication de cette scène, qui n’était pas sur le programme. Elle fut fournie aux spectateurs par le brave bourgeois. Il raconta que le jeune amoureux était son fils, qu’il croyait à Paris, à une école dont il payait très régulièrement le prix, et il s’excusa de s’être laissé aller à un mouvement de colère bien naturel en retrouvant son fils dans une troupe de cabotins. 

Ces explications désormais fournies, l’honnête bourgeois consentit à ce que le spectacle continuât, et il reprit sa place; mais les incidents qui survinrent portèrent au comble l’hilarité de l’auditoire. En effet, tandis que le jeune premier dépeignait sa flamme à la jeune première, l’honnête bourgeois lui montrait le poing, l’interrompait à chaque instant, en accompagnant son geste des épithètes familières de gredin, polisson, canaille, etc. Et le public de rire et d’applaudir, car il avait ainsi le vaudeville à côté du drame et la comédie sur la scène et dans la salle. 

Quant au dénouement final, nous l’ignorons. Espérons que le jeune premier, renonçant à sa vocation dramatique, sera retourné prendre à Paris la suite de ses études interrompues. 

Jules Janin. « Almanach de la littérature, du théâtre et des beaux-arts. » Paris, 1865. 
Photo : http://www.lapresse.ca/

Le voyageur ne se détaille pas 

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luigi-lablache

C’est une vieille histoire. Elle date de l’époque heureuse où l’on ne se déplaçait qu’en diligence. 

Un grand baryton de l’Opéra, le nommé  Luigi Lablache, allait fort souvent donner des représentations en province. Comme il possédait un ventre énorme et une assiette imposante, il prenait toujours deux places pour lui seul. Un jour, il prit une nouvelle bonne à son service, une petite paysanne d’une naïveté désespérante si elle était pleine  de bonnes intentions. 

Un matin, il la dépêcha, pour aller lui retenir les deux places habituelles dans la diligence se dirigeant sur Lyon. A l’heure du départ, Lablache s’installe, mais voici qu’un autre gros homme vient s’asseoir à côté de lui. 

Oh ! pardon, monsieur, fait le baryton, cette autre place m’appartient. 

Contestation, dispute. Enfin, le postillon de la diligence approche et examine le plan de sa voiture. 

Monsieur Lablache, dit-il, vous êtes dans l’erreur. Votre domestique a en effet retenu deux places pour vous, mais si l’une est dans le coupé, l’autre se trouve dans la rotonde ! 

Procès-verbal

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joséphin-soulary

Un jour, le poète lyonnais Joséphin Soulary chassait dans la campagne Bressoise. En fait, il faisait semblant de chasser, car il avait oublié ses cartouches et son permis, lorsqu’il rencontra, non pas un lièvre, mais  deux gendarmes.  

— Votre permis ? 
— Je l’ai oublié chez moi. D’ailleurs, je ne chasse pas. 
— Que faites-vous alors avec ce fusil ? 
— Je fais des vers.  
— Ah !… Des vers !… Vous vous moquez de nous… Attendez un peu… Procès-verbal. Vos nom, prénoms ?…

Soulary leur donna tous les renseignements  qu’ils demandèrent, puis il détacha une feuille de son calepin et, spécialement pour la maréchaussée rédigea de la sorte son signalement, en vers :

Taille haute. Age : quarante ans. 
Né dans Lyon. Visage ovale. 
Cheveux et barbe grisonnants.
Front élevé. Teint un peu pâle.
Yeux gris bien. Bouche au coin moqueur.
Nez original. Menton bête.
Signe particulier : du coeur…
Nature du crime : Poète !

« Ma revue. » Paris, 1907.

 

La Maison des Mères

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maison-des-meres-herriotIl semble tout de même qu’on se décide à respecter la maternité, en toutes circonstances. Récemment, Edouard Herriot, maire de Lyon, ministre de l’instruction publique, a inauguré une annexe de la Maison des Mères, de Gerland.

On sait que cette maison accueille toute femme enceinte d’où qu’elle vienne, sans lui demander le moindre renseignement d’identité, et l’héberge jusqu’ à son accouchement, qui a lieu en principe à la Charité.

M. Herriot a voulu compléter cette œuvre en créant une nourricerie de vingt-cinq lits et vingt-cinq berceaux. Lorsque le bébé viendra au monde, les mamans pourront maintenant revenir à leur maison pour allaiter l’enfant les premiers mois de son existence. La Maison des Mères a eu pour résultat de réduire l’avortement et l’infanticide et de donner la vie à des bébés pleins de santé.

En supposant même, dit M. Herriot, que la mère n’ait pas eu une conduite irréprochable, il existe un être sacré pour nous, c’est l’enfant. On a accusé récemment encore les démocrates de ne pas s’intéresser à la natalité. Voilà notre réponse. 

Rappelons que M. Herriot a déposé un projet de loi pour demander la création d’une maison des mères par département.

« La Revue limousine : revue régionale. »  Limoges, 1927.

Le gardien du sérail

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Julius-Nisle

Il y a une station thermale en France, et non des moindres, sans aucun doute la plus importante qui, la saison venue, se peuple de visiteurs, malades ou non, venus là pour y faire une cure d’eau ou de plaisir.

De Paris, de Marseille et de Lyon, ces dames plus ou moins « enregistrées » accourent en très grand nombre, et donnent à ce séjour bienfaiteur un caractère plus attrayant encore.

Il y a donc un service de mœurs important, et à la tête de ce service, l’Administration a placé un grand blessé, mais celui-ci l’est d’une manière toute spéciale. C’est un gaillard solide et « costaud » que le guerre a porté, bien malgré lui, au-dessus des contingences humaines qu’il a pour mission de régenter.

Mais gageons que c’est par pure coïncidence, car l’Administration n’aurait jamais songé à utiliser, à dessein, pareille « inaptitude » !

« Comoedia. »  Paris, 1928.

La redingote

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diligence

Un gascon qui voulait faire le voyage de Paris à Lyon à bon compte, entendit dire dans une société, que le marquis de B…, qu’il ne connaissait pas, comptait faire ce voyage. Il demande son adresse et se rend chez lui. Il aborde le marquis avec cette haute courtoisie qui n’appartient qu’aux gens des bords de la Garonne.

—  Monsieur le marquis , lui dit-il, je viens d’apprendre que vous partez a l’instant pour Lyon, sans doute dans votre voiture ?

Oui, monsieur; pourrais-je vous être bon à quelque chose ?

Vous me feriez bien plaisir si vous vouliez y mettre ma redingote.

Très volontiers; où voulez-vous que je la dépose en arrivant ?

Oh ! ne vous inquiétez pas de cela, je serai dedans.

« Le Crime : almanach des cours d’assises pour l’année. » Paris, 1846.