Madagascar

Coutumes

Publié le

madagascar-nomades

Empruntons au Bulletin économique de Madagascar la curieuse monographie d’une des régions les moins connues du sud de Madagascar, celle de l’Androy, située dans l’hinterland de Fort-Dauphin.

Cette région est habitée par une population à demi nomade qui se livre presque exclusivement à l’élevage et qui possède dès maintenant environ 300 000 bœufs. Ces hommes et femmes ont d’ailleurs une organisation sociale complète et des coutumes originales. Voici par exemple la réglementation précise relative à l’adultère.

Le complice de la femme adultère doit une amende de 30 bœufs, si le mari trompé est le roi; une indemnité de 5 bœufs, si c’est un membre de la famille royale; une indemnité d’un boeuf, si c’est un de ses pareils. Si c’est le roi qui trompe un de ses sujets, il lui doit une indemnité de 5 bœufs. Le gendre trompe-t-il son beau-père ? Il lui doit un bœuf d’indemnité et le beau-père a le droit de reprendre sa fille. Quand c’est le prêtre de la tribu qui est trompé, il a droit à 3 bœufs et le coupable doit sacrifier un bœuf supplémentaire pour la purification de la femme complice.

Il y a aggravation quand l’adultère a été accompli pendant que la femme allait à l’eau ou aux provisions. En ce cas, pour un mari ordinaire, le complice doit une indemnité de 5 bœufs, et le sacrifice d’un sixième.

Celui qui a abusé d’une femme mariée endormie doit aussi, outre l’indemnité ordinaire, le sacrifice purificateur d’un bœuf. Mais celui qui a abusé d’une femme célibataire endormie n’encourt aucune peine et ne passe pas pour avoir commis un délit. Enfin celui qui prend la femme du prêtre avant que leur divorce ait été prononcé, alors même que la femme aurait quitté le domicile conjugal, doit au prêtre une indemnité de 3 bœufs et le sacrifice d’un quatrième.

Mais ce même délit n’a pas de sanction prévue, quand le complice est l’un des gendres du prêtre.

« L’Année mondiale. »  Paris, 1914.

Publicités

Le chant du Coq

Publié le

prosper-alphonse-isaac

On raconte en pays Betsimisaraka, que dans des temps anciens, le Soleil, la Lune et Coq vivaient fraternellement auprès du Seigneur Parfumé, Principe et Créateur de toute chose.

Un jour le Soleil partit seul à la promenade, laissant à la maison le Coq et la Lune. Cette dernière en profita pour faire acte d’autorité, et ordonna au Coq d’aller chercher des
bœufs. Mais, indépendant et fier, le Coq refusa. Furieuse, la Lune saisit son frère Coq à la gorge et le précipita sur la Terre.

A son retour, le Soleil chercha le Coq. La Lune dut lui avouer pourquoi et comment elle avait puni le Coq de sa désobéissance. Le Soleil, indigné, s’écria :

« Puisque tu as perdu l’esprit de famille, tu ne partageras plus mes promenades, et je te condamne à errer la nuit qui sera désormais ton domaine. Moi, je resterai le seul maître du jour, et le Coq ne m’oubliera pas, car je l’aime. Tu n’entendras plus celui que tu as chassé, et à l’avenir il ne chantera que pour moi. »

Ainsi, chaque matin, dès que son frère se lève, le Coq, ravi de le voir paraître, et fidèle au rendez-vous, contemple le soleil et élève vers lui son hymne éclatant :

« Tonga zoky ô, Tonga zoky ô ! » ( Viens, ô mon cher aîné !)

Mais au crépuscule, quand disparaissent les derniers rayons du soleil et que se montre la Lune, alors le Coq se hâte de rentrer dans sa maison, pour ne pas apercevoir sa détestable sœur.

« Air-France revue : revue trimestrielle. »  Paris, 1949.
Illustration : Prosper Alphonse Isaac.

La légende de Radzake

Publié le Mis à jour le

paul-Richet

Certains, lémuriens, espèce de singe propre à Madagascar, sont considérés comme des hommes qui seraient devenus singes il y a longtemps. Cependant, cette transformation n’a pas été définitive pour tous, et quelques-uns sont redevenus hommes après deux eu trois générations.

Entre ceux dont la métamorphose a persisté, il en est un nommé Radzake, célèbre par la rancune qu’il a gardée aux femmes, cause de son malheur. Du temps qu’il était homme, Radzake avait pour femme une créature d’un caractère acariâtre. Et voici l’étrange sorcellerie dont il fut victime.

Il ne devait, sous peine d’un grand malheur, toucher un ustensile de cuisine que touchait en même temps sa femme; et Radzake avait une peur atroce du sort qui lui était réservé. Aussi cet infortuné mari prenait-il des précautions inimaginables pour que ses mains ne se rencontrassent jamais avec celles de sa femme sur un objet de ménage.

Un jour à table, une querelle éclata entre eux. Mme Radzake, à bout d’arguments, saisit la cuillère à prendre le riz et en frappa son époux au visage. Le sortilège s’accomplit instantanément… Kadzake transformé en singe ne fit qu’un saut jusqu’à la porte, grimpa sur le toit de la case; s’élança sur un palmier; et l’heureux animal, libre désormais, disparut dans les profondeurs de la forêt voisine.

Sa veuve ne le regretta pas beaucoup, et lui-même dut se trouver bien dans son nouvel état, si l’on en juge par l’obstination qu’il mit à rester singe. En revanche, les singes issus de lui ont hérité de sa haine contre les femmes; et chaque fois qu’ils en rencontrent une dans la forêt, ils se font un malin plaisir de lui labourer le visage avec leurs ongles.

L’Epreuve du poison

Publié le Mis à jour le

 Elisabeth Faure

Elisabeth Faure
Dans l’appareil judiciaire des indigènes de Madagascar, les épreuves physiques jouaient un grand rôle. Arrangés d’avance par l’arbitraire et la vénalité des juges, elles achevaient de fausser et d’anéantir toute notion du droit et de l’équité. La principale de ces épreuves était l’appel au poison. On ne se contentait pas d’y recourir en matière pénale, on l’étendait à toutes espèces de contestations. Sa pratique était d’une simplicité étonnante. Qu’on en juge:

Un Malgache était-il poursuivi pour un vol, par exemple, on l’obligeait à absorber la coupe préparée pour expérimenter sa sincérité. S’il en mourait, ce qui arrivait le plus souvent, c’est qu’il était coupable. S’il réchappait, on en concluait qu’il était innocent. Dans le cas d’un procès entre deux parties, on agissait autrement. On ne s’attardait pas à déférer le serment aux plaideurs, manifestation purement morale et dont la duplicité malgache se serait amusée. On ne les confrontait pas avec les témoins qu’ils auraient pu invoquer. On n’examinait pas les preuves produites. Mais on faisait apporter deux coupes pleines, et les deux plaideurs en avalaient le contenu inégalement composé. Tant pis pour celui qui avait omis ou refusé de se ménager en espèces sonnantes la complaisance du juge. Il perdait à la fois son procès et la vie.

Ce qu’il y a d’extraordinaire, c’est que les malheureux Malgaches se soumettaient le plus passivement du monde à cette redoutable consultation. Souvent il se rencontrait de pauvres gens qui, croyant posséder un fétiche capable de neutraliser l’action nocive du breuvage, bravaient l’épreuve et y succombaient. Il y avait des catégories d’individus plus particulièrement menacées par ce mode de vérification, c’étaient les sorciers, les « jeteurs de sorts », les artisans en maléfices, ils étaient et ils sont encore nombreux dans les villages. Comme on leur imputait tous les malheurs publics ou particuliers, on visait à les exterminer, eux et leur famille. C’est ainsi que, devant une population assemblée, des centaines d’individus étaient contraints d’ingurgiter l’un après l’autre le poison meurtrier, et à peine l’avaient-il absorbé que la foule se précipitait sur eux pour les lapider. Ces sacrifices humains prenaient le nom d’ordalies. Un naturaliste anglais, sir William Jackson Hooker, fut le témoin de ces hécatombes, et il fit retentir de ses protestations toute la presse britannique. Mais rien n’y fit.

Le poison usité par les Malgaches était un végétal bien connu le tanguin. On l’appelait à Madagascar le Manrecbetsé. De la famille des Apocynées, cette plante pousse en abondance dans les forêts épaisses qui se développent le long de la baie d’Antongil, Tamatave et Ambohimanga. Il en est plusieurs variétés, mais la plus répandue est le Tangbinia venenifera. Elle s’élève en arbre jusqu’à 10 et12 mètres de hauteur; les feuilles en sont d’un beau vert, plus longues que larges, et les fleurs en sont roses, tachées de pourpre près de la tige. Le fruit du tanguin, de la grosseur d’un abricot, cache un noyau dur. On le broie, et il en coule une huile extrêmement amère qui constitue un poison mortel. On aura une idée de sa violence, en sachant qu’il suffit d’une amande pour empoisonner vingt individus. D’ailleurs, les fruits eux-mêmes arrivés à maturité sont considérés comme pouvant donner la mort à qui les mange.

Déjà, vers 1865, certains tribunaux malgaches parurent vouloir renoncer à ces errements barbares; mais ces usages étaient si fortement enracinés dans les mœurs que les habitants les faisaient revivre dans la vie privée, pour les règlements de leurs difficultés ou de leurs querelles. Il aura été de l’honneur de la France de les abolir définitivement.

 » A travers le monde  » Paris, 1899.