madame de Tencin

A propos d’asperges

Publié le

fontenelle.

Une anecdote pour montrer jusqu’à quel degré de passion peut être poussée la gourmandise pour ce légume extraordinaire.

Fontenelle adorait les asperges, mais seulement a l’huile, Le cardinal D…, lui, en raffolait, mais seulement à la sauce blanche.

Or, un jour, madame de Tencin avait invité les deux amis à manger chez elle les bienheureuses asperges. C’était au début de la saison, la première récolte de l’année, peut-être. Le cuisinier avait donc reçu l’ordre de traiter impartialement les deux gastronomies opposées et de préparer une moitié des asperges à la sauce blanche, l’autre moitié à l’huile.

Tout à coup, on vient annoncer à madame de Tencin une fâcheuse nouvelle.

Le cardinal D… est mort !
— Mort ! s’écrie l’amphitryonne atterrée.
— Mort! répète Fontenelle. En êtes-vous bien sûr ?
— Hélas ! monsieur, cela ne saurait faire de doute.
— Alors, il ne viendra pas dîner ce soir ?
— Certainement non, monsieur !

Fontenelle bondit jusqu’à la porte, l’ouvre toute grande et crie au cuisinier d’une vqix formidable :

Jean ! Toutes les asperges à l’huile !

Le cardinal D… n’eut d’autre oraison funèbre de la part de Fontenelle.

« La Revue des livres. »  Paris, 1887. 

Publicités