Madeleine Renaud

Ce sein que nous voudrions voir !

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Les habitués de la Comédie Française sont, » dit-on, en révolution depuis la générale de la pièce de M. André Lang, les Trois Henry. Ils ont adressé à M. Fabre une pétition pour avoir droit au spectacle complet dont se régalèrent les invités à la répétition générale. 

Ce jour-là, en effet, l’un des seins exquis de la Maison, le sein gauche de Mlle Renaud, se révolta contre le corset Renaissance et mit à l’air un petit museau rose, le plus affriolant du monde… Mlle Renaud (Marguerite de Navarre), tenait des propos égrillards. On ne les écoutait point.Comment les feux convergents de 2.500 yeux n’ont-ils pas incendié cette tendre merveille ? Mlle Renaud est-elle ignifugée ?

Mlles Romée et Sully n’avertirent point leur camarade. Et les mignons, et le roi de France se régalaient sans avoir l’air de rien. Le petit gamin a été mis en pénitence. On l’a bien attaché, maintenant. Les abonnés disent : on nous vole ! 

Et ils ont raison.

« Chantecler. » Tananarive, 1931.

Ceux qui ne comprennent pas

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Un curieux bal déguisé vient d’être donné dans un immeuble près du Bois. Les maîtres de maison étaient deux Russes. Le champagne fut généreusement servi et coula à flots. L’originalité de ce bal était l’invitation qui portait cette phrase :

« Pas de chiqué, pas d’enquiquineurs, on vient tous habillés comme pour le boulot ».

Et c’était signé : « Le Comité du Syndicat ouvrier des Bâtiments achevés ».

Cette mascarade grotesque eut donc lieu. On y put voir l’honorable Mrs Fellowes en femme des fortifs, Mme Vera Mazucchi en salopette, Mlle Ganderax et Mlle Arnaud en ramoneurs, Mme F. Hugo en ouvrier. Et d’autres.

Il y a, de par le monde, des millions de chômeurs qui ne mangent pas à leur faim. Faudra-t-il attendre le sursaut de colère trop légitime qui punira de telles inconvenances, pour que certains comprennent ? 

Si, à cette soirée, les mondains donnèrent libre cours à leur niaiserie, ils reçurent du moins une très bonne leçon. Parmi les invités figuraient plusieurs acteurs et actrices. Ceux-ci, tous, d’un commun accord, refusèrent de se déguiser en travailleurs et vinrent en tenue de soirée.

Mme Madeleine Renaud, Mmes Nadine et Gisèle Picard étaient de ces gens de théâtre qui eurent ce geste : on ne peut que les louer de leur tact et de leur cœur.

« Sept : l’hebdomadaire du temps présent. » Paris, 1934.
Illustration : Henri Gray.