magistrature

Le tramway de Monsieur le Président

Publié le

 

tramway

M. le conseiller Thomas, qui préside la Cour d’assises de la Seine, habite 19 avenue Bosquet.C’est par le tramway Champ de Mars-Bastille que d’ordinaire, économiquement, il se rend au Palais.

Pour ce Cincinnatus de la magistrature, l’idéal de la vie luxueuse consiste à avoir une auto. Lorsqu’un accusé, coupable d’avoir dérobé à son patron d’importantes sommes d’argent, comparaît devant les jurés, M. Thomas se préoccupe immédiatement de la question de savoir si, au temps de sa splendeur éphémère, cet accusé n’avait pas une automobile. Il ne manqué jamais de « tiquer » sur ce détail-pierre de touche.

Au cours d’un récent interrogatoire, il disait à l’accusé : 

Vous avez dépensé 60.000 francs en six mois… Vous meniez une vie luxueuse… vous aviez une automobile ! Moi, je n’ai pas d’auto et je ne me sens pas dans la nécessité, pour obtenir l’estime de mon entourage, d’en avoir une.

Il y avait, dans l’expression de cette satisfaction de l’honorable président, quelque chose de hautainement méprisant à rencontre des malheureux réduits à avoir une auto tout à la fois pour ne pas voyager en tramway et pour obtenir l’estime de leur entourage.

C’était la revanche, depuis longtemps attendue, du tramway contre l’auto.

« Le Strapontin. » Paris, 1917.

 

Barreau et moustaches

Publié le

avocat

Les journaux de ce matin racontent que M. le président Delangle n’a pas permis à un licencié en droit de prêter serment, comme avocat… parce qu’il avait des moustaches.

J’aimerais mieux qu’on sacrifiât le serment que les moustaches. Le premier expose à des parjures, le second expose tout au plus l’harmonie du visage, et encore ! Combien de gens n’auraient pas véritablement de figure, s’ils n’avaient pas de moustaches ?

Je sais bien que les habitudes de la magistrature excluent formellement les moustaches. Il me semble que si j’étais maître de trancher la question, j’ordonnerais, au contraire, par pudeur, que les moustaches fussent maintenues très longues et très épaisses, de manière à bien cacher la bouche.

La bouche de certains avocats, n’est-ce pas là l’indécence à dissimuler ?

« Le Chroniqueur de la semaine : critique, salons, théâtres, coulisses… »   Paris, 1856.

Ps :Particulièrement  ravi d’être de retour parmi vous. Bonne journée à toutes et à tous !   3

Tabellion et locomotion

Publié le

station-omnibus

Saviez-vous qu’à Paris on ne voit jamais un notaire en omnibus ? Les avoués et les avocats prennent fréquemment ce véhicule démocratique, mais jamais, au grand jamais, un notaire n’en franchit le seuil.

Ce n’est pas, croyez-le bien, que pris individuellement nos tabellions soient gens à dédaigner l’économie résultant de l’emploi de ce moyen de locomotion populaire mais cette abstention leur est imposée par un article du règlement édicté par la Chambre de discipline et qui comporte la défense expresse à tous les notaires de Paris monter dans les voitures publiques.

Cela ressemble à une facétie et cependant rien n’est plus vrai. C’est là un des mille petits ridicules généralement ignorés auxquels entraîne, pour tout ce qui touche de près ou de loin au monde de la magistrature, le culte de la fôôôrme.

« La Joie de la maison : journal hebdomadaire. »  Paris, 1892.
Illustration :  « A travers Paris. »texte et dessins de Crafty. Paris, 1894.