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Maison hantée 

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M. J. Denterlander possède à Chicago, 3375 South Oakley Avenue, une maison de rapport. La Commission chargée de répartir l’impôt avait cru devoir taxer cet important immeuble sur le pied d’un loyer de douze mille dollars.

M. Denterlauder a protesté. Loin de lui fournir des bénéfices, sa maison ne lui donne que de l’ennui : il a toutes les peines du monde à la louer parce qu’elle est hantée. Une jeune femme y est morte dans des conditions mystérieuses, probablement assassinée, et depuis lors, les autres locataires sont réveillés sans cesse par des gémissements et des cris. C’est la défunte qui réclame vengeance et veut qu’on livre ses meurtriers à la justice. 

Et cela dure depuis quatre ans ! 

La Commission de répartition a estimé qu’un tel immeuble devait être détaxé. « N’est-ce pas la reconnaissance officielle des revenants ? » demande un journal. 

Pourquoi refuser d’habiter une maison si intéressante ? Bien des gens feraient le voyage même de Chicago pour voir un revenant. Mais les revenants yankees ne se laissent pas voir par des yeux d’Européens. 

« L’Écho du merveilleux. » Paris, 1914.

Maison à vendre

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Athenodorus_-_The_Greek_Stoic_Philosopher_Athenodorus_Rents_a_Haunted_HouseIl y avait à Athènes une fort belle maison, mais abandonnée, parce que personne n’osait y demeurer, à cause d’un spectre qui la nuit y apparaissait. Le philosophe Athénodore étant arrivé dans cette ville, et ayant vu un écriteau, qui marquait que cette maison était à vendre et à vil prix, il l’acheta, et y alla coucher avec ses gens.

Comme il était occupé à lire et à écrire pendant la nuit, il entendit tout d’un coup un bruit épouvantable et formé de chaînes qu’on traînait. Il aperçut en même temps un vieillard hideux, chargé de fer, qui s’approchait de lui. Il continua d’écrire. Le spectre lui fait signe de le suivre; le philosophe sans lui répondre lui dit d’attendre, et se remet à son travail. Le spectre s’approche et fait retentir ses chaînes à ses oreilles. Alors le philosophe, fatigué de son importunité, prend la lumière et le suit. Ils arrivent ensemble dans la cour de la maison, et aussitôt le fantôme disparaît et rentre sous la terre. Athénodore, sans s’effrayer, arrache sur le lieu des feuilles et de l’herbe, pour marquer la place, et retourne se reposer dans la maison.

Le lendemain il fait part de ce qui lui était arrivé. Les magistrats accourent, et font faire une fouille à l’endroit indiqué. On y trouve les os d’un cadavre chargé de chaînes; on les lui enlève, et l’on rend publiquement à ses os les honneurs de la sépulture. Depuis ce temps, la maison retrouva sa  tranquillité, et le philosophe profita du bon marché.

« Spectriana. » 1817.

Hymne de mai

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Pieter Brueghel le Jeune
Pieter Brueghel le Jeune

Rien de plus intéressant que le spectacle du réveil de la nature. Les ruisseaux s’échappent, en courant, des fentes du rocher; les grands arbres se couronnent de verdure; les haies se parent d’aigrettes blanches; mille voix éclatent dans les nids et dans les herbes; une lumière joyeuse, la lumière du printemps, filtre à travers les branches, se répand sur les collines, glisse au fond des vallées. Et partout, sur les plaines, dans les bois, au rude flanc des montagnes, dans les landes désertes, partout s’éveille et s’agite, murmure et gronde, fleurit et chante, la vie universelle.

Cette renaissance des êtres et des choses, cette gracieuse résurrection qui s’épanouit autour de nous, sous mille formes diverses, à le don d’émouvoir les coeurs les plus durs. Le dernier des paysans limousins y est sensible comme un Théocrite ou un Virgile.

Pour moi, il me semble que tous les éléments de vie, épars dans la nature, et qui concourent à son admirable réveil, se donnent rendez-vous dans mon coeur, et l’emplissent d’une sève nouvelle et débordante.

Des mélodies étranges résonnent à mon oreille; je ne sais quels frissons parcourent mon corps.

Comme la terre émue se soulève vers le soleil, ainsi je sens mon coeur se soulever vers un astre mystérieux, tout-puissant et bien-aimé. Un fol essaim de désirs bourdonne dans ma tête. Les brises de mai sont troublantes; le printemps trébuche dans les fleurs, comme l’automne dans les pampres; toutes sortes d’ivresses flottent dans l’air; je ris et j’ai envie de pleurer; je souffre et je jouis de ma souffrance. O la douce misère et la peine aimable !

Dieu des beaux jours renaissants et de la vie en fleur, je vous adore !

Emile Fage. 1880.

Athénodore et le spectre

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On croit assez communément que les histoires de maisons hantées de revenants, qui avaient si largement cours chez nos pères et qui résultaient de la triste condition des âmes dites en peine, ou en état de péché ont leur principe dans les idées religieuses du moyen âge.

*Mais en cela, comme en beaucoup d’autres cas, le moyen âge n’a fait que transformer des idées antiques. L’âme en peine qui, sous l’empire des nouvelles croyances, est censée revenir sur terre pour demander aux vivants les prières qui doivent racheter ses fautes, était chez les anciens l’âme d’une personne dont le corps avait été privé des honneurs funèbres. C’est ce que nous apprend l’aventure suivante, très sérieusement rapportée par Pline le Jeune, dans une de ses lettres.

Il y avait à Athènes une maison fort grande, fort logeable, mais décriée et déserte. Chaque nuit, au milieu du profond silence, s’élevait tout à coup un bruit de chaînes, qui semblait venir de loin et s’approcher. On voyait, disait-on, un spectre, fait comme un vieillard, très maigre, aux cheveux hérissés, portant aux pieds et aux mains des fers, qu’il secouait avec un bruit horrible. De la, des nuits affreuses pour ceux qui habitaient la maison.

Le philosophe Athénodore était venu à Athènes, et, ayant appris tout ce qu’on racontait de la maison abandonnée, il la loua et résolut d’y loger dès le jour même. Le soir venu, il ordonne qu’on lui dresse un lit dans une des salles de la maison, qu’on lui apporte ses tablettes, de la lumière, et qu’on le laisse seul. Craignant que son imagination ne lui créât des fantômes, il applique son esprit, ses yeux et sa main à l’écriture.

Au commencement de la nuit, un profond silence règne dans la maison, comme partout ailleurs; mais bientôt il entend des fers s’entrechoquer; il ne lève pas les yeux et, continuant à écrire, s’efforce de ne pas croire ses oreilles. Mais le bruit augmente, approche à ce point qu’il semble être dans la chambre même. Il regarde, il aperçoit le spectre tel qu’on le lui avait décrit. Ce spectre est debout et l’appelle du doigt. Athénodore lui fait signe d’attendre et se remet au travail. Mais le spectre secoue plus fortement ses chaînes et fait encore signe du doigt. Alors le philosophe se lève, prend la lumière et va vers le spectre. Celui-ci, qui marche comme accablé sous le poids de ses chaînes, emmène le philosophe dans la cour de la maison et tout à coup disparaît. Athénodore ramasse des herbes, des feuilles, pour marquer la place où le spectre a paru s’engloutir.

Le lendemain, il va trouver les magistrats et les prie d’ordonner que l’on fouille a cet endroit. On le fait, et on y trouve des os enlacés dans des chaînes; le temps avait rongé les chairs. Après qu’on eut soigneusement rassemblé ces restes, on les ensevelit publiquement, et depuis que l’on eut rendu au mort les derniers devoirs, il ne troubla plus le repos de cette maison.

« Curiosités historiques et littéraires. » Eugène Muller, C. Delagrave, Paris,1897.

Une maison hantée à Tolède

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Tolède

Ce qui suit est réel, on pourrait cependant croire à  un roman. Il s’agit d’un phénomène fantastique, de quelque chose qui rappelle, les contes des Mille et une Nuits, les narrations d’Hoffmann et d’Edgard Poe, les aventures spirites de Gautier ou les diableries moyenâgeuses. Dans une maison du centre des quartiers bas, portant le numéro 53 de la rue des Ambassadeurs, ont eu lieu les faits suivants.

A deux heures du matin, il y a dix ou douze jours, se réveillèrent en sursaut les locataires de la maison en question, qui est certainement une des meilleures et des plus modernes de la dite ville.

Elle a trois portes sur la rue et quatre étages sur caves. Dans chaque étage il y a quatre appartements dont deux sur la rue et deux sur la cour.

C’est dans cette maison que, dernièrement, tandis que les locataires se livraient aux douceurs du sommeil, résonnèrent tout à coup trois, formidables coups semblables à ceux que frappe le commandeur Zorrillesco,. quand il appelle, ses gens d’armes.

Branle-bas général dans toutes les chambres ; murmures, conversations dans les couloirs. Grincement des serrures, des clefs, des verrous, des targettes. Va-et-vient des gens épouvantés et craintifs, et, finalement, une espèce de meeting ou d’assemblée des locataires sur le palier de l’escalier.

De nouveaux coups plus rapides mais de moindre intensité que les premiers ne tardent pas à augmenter la panique; et l’inquiétude des locataires les moins peureux.

La chose paraîtrait de l’autre monde si elle ne datait de jeudi.

Selon les témoins du phénomène, les coups, pareils à des coups-de masse ou de bélier, faisaient trembler les murs, les parquets, les toits; les portes gémissaient, ébranlées, et la vaisselle faisait un bruit d’enfer dans les buffets.

Il y avait lieu de faire un rapprochement avec la célèbre aventure de « Don Quijotte » : Les moulins à eau. On comprend la terreur du voisinage, le mystère de l’inconnu devenant une cause de peur chez les âmes même les mieux trempées.

Les locataires épouvantés se perdaient en conjectures, cherchant la cause et l’origine de ces terribles et épouvantables bruits.

Ils parcoururent toute la maison de la cave au grenier, examinant chambre par chambre, pièce par pièce, coin par coin et dans tous les étages ; la cour fut examinée pierre par pierre; marche par marche fut inspecté l’escalier. Toutefois la toiture ne fut étudiée que sommairement, à cause de la difficulté que présentait celte opération et aussi parce que les bruits paraissaient venir, non d’en haut, mais d’en bas.

Les locataires désolés retournèrent à leur appartement, les bruits ayant cessé avec l’aurore.

La nuit suivante, on entendit de nouveau les formidables et terribles coups qui commencèrent à deux heures du matin et ne se terminèrent qu’au point du jour.

Mais il y a à souligner un fait curieux, c’est que dans l’entresol et le premier étage on n’entendait pas les sinistres bruits. Dans les appartements du troisième, le vacarme se percevait faiblement et, par contre, dans celui du second il était comparable à celui de violentes décharges électriques.

Les lits dansaient une sarabande impossible, les meubles (es claro !) allaient et venaient; les pendules et les montres s’arrêtaient, les sonnettes, les timbres des tables et des murailles tintaient, tandis qu’au milieu d’un bruit infernal, les cloisons et les portes secouaient épouvantablement tout le second étage.

Enfin ce fut comme une danse macabre de tous les démons qui se répéta pendant dix nuits consécutives, et toujours, mathématiquement, à la même heure.

Les locataires se résolurent à faire une démarche auprès des autorités; des gardes, des inspecteurs et des agents furent envoyés pour reconnaître les lieux et le voisinage, mais le résultat fut nul.

Les locataires, comme on le suppose, ne se contentèrent pas de cette solution négative et portèrent leurs doléances à la municipalité; ils sollicitèrent de la « Alcaldia-présidencia » qu’elle envoyât quelques ouvriers des égouts.

Ceux-ci examinèrent les tubes des conduites de gaz aux environs du lieu du phénomène, parce qu’il n’y a pas d’autres genres de tuyautages, la maison étant privée du service des eaux. Ces ouvriers ne découvrirent rien d’anormal.

Autre bizarrerie du phénomène bruyant, c’est que les coups cessent subitement devant une personne étrangère à la maison, ou d’un caractère autoritaire, visitant l’édifice — ni plus ni moins que si l’agitateur inconnu était une espèce d’homme-cyclone ou d’homme-tremblement de terre, lequel aurait intérêt à molester les locataires et en particulier ceux du second.

Nous restons donc en plein doute, et sans savoir si les bruits viennent du ciel ou de l’enfer, s’ils sont oeuvre de faux monnayeurs ou fantaisie des Mille et une Nuits.

*
Traduction d’un article paru dans El Liberal de Madrid
« L’Écho du merveilleux. »  Gaston Mery, Paris, 1906.

Les murs entendent et versent à boire

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Le Ciel de Leyenda

Le Corriere della Sera, de Milan, a reçu d’Ancône la narration de faits bien extraordinaires qui se déroulent dans la maison de M. Marracino, procureur du roi dans cette ville. Il s’agit, paraît-il, de phénomènes spirites absolument nouveaux et d’une réelle importance pour les amateurs de recherches psychiques. Voici, en résumé, comment les faits sont racontés par les deux fils de M. Marracino, qui sont tous les deux avocats.

D’abord, on commença par entendre frapper très fort sur les meubles d’une chambre. Lorsqu’on y entrait, on n’entendait plus rien qu’un léger flottement. Après, ce fut la sonnerie électrique qui se mit à sonner désespérément pendant quelques minutes. On s’avisa qu’il devait y avoir un dérangement ; on la fit visiter par un électricien, elle était en parfait état.

Mais ce qui fut bien plus ennuyeux, ce fut le jour où les murs de plusieurs chambres se mirent à lancer des petits jets d’eau, quelquefois assez abondants pour arroser copieusement une chambre. Ces jets d’eau ont été vus par d’autres personnes que les membres de la famille Marracino. Cependant, ceux-ci firent visiter les murs par des ingénieurs, qui y ont pratiqué de larges brèches et n’ont rien trouvé. Quelquefois c’est du lait que les murs ont envoyé, et même du café au lait, et comme notre père s’était exclamé : « J’aurais préféré du vin ! », voilà presque aussitôt une tasse que nous avions posée au-dessous de l’étrange source, qui se rempli petit à petit de vin.

Mais voici le fait qui nous a frappés le plus et qui nous a donné peut-être le moyen de nous acheminer vers la solution du problème. Nous avons une petite soeur qui, à dîner, ayant mangé déjà trop de fruits, se vit refuser une poire qu’elle convoitait. Mon père prit cette poire et l’enferma à clef dans le buffet. Lorsque, une heure plus tard, il voulut la reprendre, la poire avait disparu, tandis que l’unique clef du buffet n’était pas sortie de la poche de mon père. Ce fut pour nous comme un éclair de lumière. Nous pensâmes de suite que tous ces phénomènes, d’évidente nature spirite, étaient dus certainement à une force médiumnique dont, peut- être inconsciemment, était gratifiée notre petite soeur. Nous la suivîmes, eu effet, lorsqu’elle sortit de la salle à manger, et nous vîmes, au moment où elle passait près d’une console, sur laquelle étaient posés deux livres de spiritisme, l’un de ces livres sauter sur l’épaule de la fillette, puis osciller çà et là par la chambre et enfin tomber à terre près du mur, à l’endroit même où du lait en était sorti.

La narration de ces faits a produit une impression énorme à Ancône.

« L’Écho du merveilleux. »  Gaston Mery, Paris, 1908

Une ombre au balcon

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Michèle est comptable et habite au dernier étage d’un immeuble situé dans le quartier Pelleport, dont l’artère principale est l’avenue Gambetta. Un quartier bourgeois s’il en est et qui l’a toujours été avec ses brasseries chics et ses nombreuses boulangeries. Un endroit qui respire la tranquillité, avec sa caserne de pompiers et la DGSE tout près. Un service qui protège de beaucoup de choses mais pas des entités surnaturelles. Un endroit tranquille où s’est déroulée une histoire des plus étranges, sinon des plus incroyables.

Michèle partage un appartement avec une cousine étudiante. Elles n’ont pas les mêmes horaires, se croisent souvent et trouvent quelquefois le temps de boire un café ou d’organiser un dîner pour des amis communs. Elles rentrent parfois chez leurs parents respectifs en fin de semaine. L’appartement leur plaît et comprend trois pièces: deux chambres à coucher et une salle de séjour. Elles disposent en plus d’un grand balcon qu’elles ont d’un commun accord décoré avec d’immenses pots de fleurs et des plantes vertes.

Un vendredi soir de juin, Michèle rentre donc chez ses parents, en banlieue.  Anaïs, sa cousine, ne sait pas encore ce qu’elle va faire. Dimanche, vers 20 heures, Michèle revient à Paris, sort de la station de métro Pelleport et, avant de remonter chez elle, décide de prendre un verre à une terrasse de café avoisinante, d’autant qu’elle y a vu attablés quelques-uns de ses amis ou voisins très proches. A peine assise au milieu d’eux, un jeune homme lui lance, mi-goguenard:

C’est gentil de daigner t’asseoir avec nous, on croyait que tu nous snobais depuis hier et que tu ferais semblant de ne pas nous connaître.

Michèle affiche son incompréhension, ce qui redouble la bonne humeur retrouvée de ses compagnons.

Mais expliquez-moi, je ne comprends rien à ce que vous dites.

Une jeune femme, assise à côté d’elle, raconte alors:

Hier soir, nous étions assis ici et on t’a vue sur ton balcon juste derrière une de tes plantes vertes. On t’a fait de grands gestes et on t’a appelée à plusieurs reprises. Rien n’y a fait, tu es restée là quelques instants et puis tu es rentrée.
Mais ce n’était pas moi; j’étais chez mes parents. Je viens juste de rentrer. Ce devait être  Anaïs.

Mais non, tu plaisantes, Anaïs a les cheveux courts et de plus je l’ai vue hier après-midi. Elle m’a dit qu’elle rentrait tôt demain matin.

Devant son air ahuri, ses amis éclatent de rire, croyant qu’elle plaisante.

Une fois rentrée chez elle, Michèle fouille tout l’appartement, craignant qu’il y ait eu un cambriolage en son absence. Mais non, tout est en place et rien ne manque. Et la porte d’accès à la fenêtre est verrouillée de l’intérieur. Rassurée, Michèle se couche et s’endort tranquillement.

Le lendemain matin, en se levant, elle se rend compte qu’Anaïs l’a précédée dans la salle de bain. Se rappelant ce que lui ont raconté ses amis la veille, Michèle demande à sa cousine, à travers la porte, si elle vient de rentrer. La réponse affirmative de celle-ci ne manque pas de l’inquiéter mais elle décide de ne rien dire. Elle oublie l’incident et rien durant la semaine ne vient troubler la quiétude des deux jeunes femmes ni l’ordre établi dans l’appartement.

La semaine suivante, le temps étant au beau fixe, les cousines décident de partir toutes deux chez leurs parents dès le vendredi soir et, d’un commun accord, elles conviennent de rentrer le dimanche à peu près vers la même heure.

En sortant du métro, Michèle aperçoit ses amis toujours attablés à la même terrasse. Soudain, inquiète, elle s’approche d’eux lentement, craignant que ne se reproduise la scène de la semaine précédente. Ce qui ne manque pas d’arriver. Ses amis, de fort méchante humeur, lui reprochent encore une fois d’avoir ignoré leurs appels lancés vers elle la veille, à la même heure. Ils l’ont encore une fois aperçue sur le balcon, tapie derrière une des plantes vertes.

Michèle répète qu’elle ne comprend rien à cette situation et Anaïs peut témoigner qu’elles étaient absentes de l’appartement jusqu’à aujourd’hui. Cela calme soudainement l’assistance et la soirée se termine dans une gaieté relative mais sans que personne ne puisse expliquer ce qui s’est vraiment passé.

Rentrée chez elles, les deux cousines fouillent l’appartement de fond en comble, sans rien trouver d’anormal. Tout est à sa place et il n’y a aucun indice qu’un intrus ait pu s’y introduire à leur insu. Il est impossible d’accéder au balcon par l’extérieur. Les deux jeunes femmes n’ont jusqu’à présent cherché qu’une explication rationnelle. Elles n’en étaient pas encore arrivées à vouloir appliquer la proposition formulée par Arthur Conan Doyle, le créateur, entre autres, du détective Sherlock Holmes:

« Lorsque vous avez éliminé l’impossible, ce qui reste, si improbable soit-il, est nécessairement la vérité. »

Elles se couchent fort tard ce soir-là. Michèle a du mal à s’endormir, se retournant sans cesse dans son lit.

Elle finit néanmoins par trouver le sommeil mais elle est réveillée au cours de la nuit par elle ne sait quoi: pas une lumière, pas un bruit et encore moins une présence étrangère … Elle reste longtemps allongée, sur le dos, à guetter le moindre bruit dans l’obscurité. Elle ne songe même pas à allumer sa lampe de chevet.

Soudain, elle sent une présence sur sa droite, entre le lit et le mur de sa chambre, un espace assez étroit mais suffisant pour que quelqu’un puisse s’y faufiler. Elle regarde fixement le mur, sans rien voir, quand soudain elle aperçoit ou croit entrevoir une forme humaine, grandeur nature, une jeune femme dont les longs cheveux atteignent la taille et qui semble la regarder, elle, intensément. C’est plus une sensation qu’une certitude … Elles restent ainsi, toutes deux, un long moment.

L’angoisse de Michèle se calme progressivement du fait qu’aucune hostilité ne semble émaner de cette présence qui, Michèle le sait, n’est pas d’ordre physique. Cela dure plusieurs minutes, peut-être plus, mais au bout d’un certain temps, la forme se recule lentement, sans se retourner et, parvenue devant la porte, disparaît soudainement.

Michèle allume sa lampe et se lève d’un bond. Il n’y a plus rien dans la chambre, ni personne, et aucun bruit, sauf celui de sa respiration haletante. Elle ouvre doucement la porte de sa chambre. Celle d’Anaïs est fermée. Michèle ne croit pas devoir la réveiller bien qu’elle sache que ce qu’elle vient de vivre n’est pas du domaine du cauchemar ou du fantasme.

Le lendemain matin, les deux cousines prennent le temps de parler de la nuit autour d’un petit-déjeuner. Elles décident de chercher à connaître l’identité d’au moins l’un des précédents locataires en commençant, pour plus de facilité, par le dernier en date. C’est Anaïs qui s’en charge dans l’après-midi. Elle passe à l’agence immobilière qui leur a trouvé l’appartement. Si besoin est, elle se rendra ensuite au commissariat du XXème arrondissement, qui se trouvait encore à l’époque, à l’arrière du bâtiment de la mairie, place Gambetta.

Toutes deux finissent par penser instinctivement que s’il y a vraiment une présence étrangère dans la maison, il ne peut s’agir que de l’esprit d’une personne décédée de mort violente.

Les deux cousines se donnent rendez-vous en début de soirée dans une brasserie non loin de là. Elles ne veulent pas se retrouver toutes seules à discuter d’une éventuelle revenante. Le soir venu, elles se retrouvent au restaurant, au milieu d’une foule de clients qui les rassure quelque peu.

Anaïs raconte qu’elle s’est bien rendue à l’agence immobilière et qu’à force d’insister, on lui a dit que la locataire précédente était décédée d’une overdose de médicaments, dans l’actuelle chambre de Michèle. L’appartement est entre-temps resté vide près d’une année. Elles gardent toutes deux le silence pendant le repas … Michèle finit par prendre la parole, au moment du café:

A aucun moment je n’ai eu peur. J’ai même eu un court instant l’impression qu’elle cherchait à me rassurer.

Depuis, d’après les dires de Michèle, la jeune femme ne s’est plus jamais manifestée. Ce qui reste, à ce jour, l’élément le plus inexplicable de toute l’histoire.

« Les lieux étranges et maisons hantées à Paris. »   J. Sirgent, Ouest-France, 2013.