maisons hantées

Hantise

En passant Publié le Mis à jour le

rue ducouedicDans les campagnes, les « Maisons hantées » se font rares. C’est pour Paris et ses immeubles que les Revenants montrent aujourd’hui une prédilection frappante.

Il me souvient de certaine maisonnette des bords de l’Aisne qu’on disait hantée, et où un ami et moi, nous eûmes la curiosité de passer la nuit sans recevoir, à notre grand regret, la visite du fantôme. Peut-être, cette nuit-là, ne lui plaisait-il pas d’apparaître, ou, peut-être encore, le bon état de notre santé, nos cervelles sans inquiétude, nos tempéraments équilibrés n’étaient-ils pas favorables à la communication d’un mort avec des vivants. Quoi qu’il en fût, nous nous gardâmes de nier la hantise possible de cette maison, et nous nous moquâmes d’autant moins de la crédulité des paysans que nous avions plus souvent constaté qu’au fin fond d’une croyance populaire se cache presque toujours un brin de vérité.

La moquerie devant ces choses n’est plus d’ailleurs à la mode. C’était, il n’y a pas longtemps, le seul argument des hommes forts. Ne pouvant expliquer un phénomène, on le niait. Hier, nos savants niaient le Magnétisme animal qu’ils révèrent aujourd’hui sous le nom d’Hypnotisme; il niaient le forme globulaire de la foudre; ils niaient la chute des aérolithes : des pierres qui tombaient du ciel ! On ne pouvait rien dire de plus sot ! Faut-il rappeler qu’en pleine Académie un membre a nié le Phonographe qu’il entendait, cherchant dans les coins le ventriloque qu’il supposait mystifier la docte compagnie ?

L’an dernier, au mois de mai, le n° 123 du boulevard Voltaire devint subitement une « maison hantée. » Là, presque tous les soirs, vers 11 heures,  des coups frappés avec violence faisaient trembler les murailles, osciller les planchers, vibrer les portes. Des savants — de vrais savants, ceux-là — contrôlèrent les phénomènes et n’en découvrirent pas la cause. La police ne fut pas plus heureuse, mais elle masqua par des explications banales l’insuccès de ses recherches, comme elle avait déjà fait pour les autres « maisons hantées » de la rue du Hanovre, de la rue de Boulogne et de la rue de Bretagne.

Cette année, c’est rue Ducouédic, au n° 38, que se trouve la « maison hantée » qui vient d’exciter la curiosité parisienne, et où nous allons voir des phénomènes d’un autre genre.

Comme chez tous les peuples et dans tous les âges, on a connu des « Maisons hantées ». Il semble que l’antiquité de ces phénomènes et leur concordance prouvent qu’il ne peut pas y avoir eu constamment hallucination chez les témoins, ou mystification de la part de mauvais plaisants. Tous toqués ou tous fumistes ? C’est trop invraisemblable; il faut chercher autre chose.chambreMais, au fait, ces maisons sont-elles réellement « hantées », c’est-à-dire visitées par les Esprits ? Et d’abord, y a t-il des Esprits ? Et ensuite, ces Esprits, ces âmes de trépassés, ont-ils le pouvoir, en certaines circonstances, de se communiquer à nous de façon quelconque ?

Depuis longtemps je m’occupe de ces questions, dont le mystère est attirant. Et je déclare que, dans les nombreux phénomènes spiritiques dont j’ai été témoin, je n’ai pas une fois trouvé la preuve irréfutable d’une opération extra-humaine. Cette déclaration prendra quelque valeur quand j’aurai avoué mon juvénile emballement de la vingtième année pour la théorie d’Allan Kardec, par les livres seulement et avant d’avoir vu un seul phénomène. Mais, à mesure que je les vis, ces phénomènes, que je pus les étudier, les contrôler, ma foi disparut, et j’en arrivai à cette conclusion : 

1° Les phénomènes sont réels.
2° Ils s’exécutent sans l’intervention des Esprits.

Non, les morts ne reviennent pas, et j’en suis désolé. Car cette preuve expérimentale de la perpétuité de l’âme, qui trouble et inquiète les générations nouvelles, nous échappe encore. Deux explications seules nous restent dans les cas de « maisons hantées » : la première, c’est la supercherie, et c’est sur cette piste qu’on doit se mettre d’abord. Il faut, en effet, dans tout problème, commencer par chercher la solution la plus simple.

Est-ce par la supercherie que nous pouvons expliquer les faits étranges du boulevard Voltaire ? Non, aucune trace de mystification n’y a été découverte. Et, pourtant, pendant un mois, tous les locataires apeurés et irrités (sans compter les agents de police) se tenaient aux aguets, prêts à administrer une jolie volée au farceur qu’ils auraient surpris.

Passons à la rue Ducouédic. La masure habitée depuis dix ans par Mme Boll se trouve dans une petite cour, derrière la maison principale. Elle comprend un rez-de-chaussée et un premier étage; le rez-de-chaussée, qui est occupé par Mme Boll, contient deux petites pièces. La pièce d’entrée sert de cuisine et de salle à manger, l’autre est la chambre à coucher où Mme Boll, elle-même, me fait remarquer l’état du mur, humide et sillonné de crevasses sous une couche de peinture marron.

Que la maison soit vieille, qu’elle s’élève sur les catacombes, peu importe pour les phénomènes qui s’y sont montrés, car il ne s’agit plus de coups violents, ébranlant les murailles comme au boulevard Voltaire, mais de faits d’un autre ordre : c’est un saladier épais d’un demi-centimètre qui se casse net en deux moitiés; ce sont les verres, abritant quelques chromolithographies accrochées aux murs, qui se brisent. C’est — une voisine m’affirme l’avoir vu, de ses yeux vu, ce qui s’appelle vu, en plein jour — un verre à boire posé sur le marbre de la commode qui éclate en une poussière impalpable. C’est — un voisin m’apporte aussi son témoignage de visu — un second verre qui, de la commode, va se jeter sur le lit. Voilà des choses étranges, n’est-il pas vrai ?madame bollMme Boll et les enfants Peut-il, cette fois, y avoir eu supercherie ? Mme Boll est une brave femme, de cervelle bien nette, malgré son grand âge. Des voisins la connaissent depuis vingt ans et la déclarent incapable de toute mystification. Mais, avec elle, habitent un garçonnet et une fillette de 13 et 14 ans, le frère et la sœur, que Mme Boll a élevés et qu’elle garde encore. Tous deux ont une frimousse bien éveillée, bien maligne. Hum ! cet âge est espiègle. Et notre scepticisme a d’abord réservé ses soupçons.

Mais, d’autre part, en plus des affirmations d’apparence très sincère de Mme Boll, n’ai-je pas les déclarations, les témoignages de deux honorables commerçants du quartier ? Et de quel droit les récuserais-je ? Parce que les faits qu’ils exposent sont invraisemblables ? N’est-il pas invraisemblable qu’on ait pu peser la Lune ! Ou, parce que ces faits ne se rapportent pas à d’autres faits connus pouvant servir de base à une explication ? C’est que, précisément, ils s’y rapportent. Ce qu’on appelle un bon médium (un Home, un Slade) produit des phénomènes analogues, en les désirant, en les voulant. Il fait, sans contact, à distance, mouvoir des objets, frapper des coups violents, déplacer des meubles très lourds. W. Crookes a prouvé expérimentalement l’existence de cette force non encore définie, qu’il a dénommée la Force psychique.

Or, n’existerait-il pas des médiums tout à fait inconscients, produisant, sans le vouloir, sans le savoir, ces mêmes phénomènes ? Il en existe, et la preuve, c’est que la médiumnité se révèle presque toujours par un fait qui surprend le médium autant que les témoins. Et ce n’est que par la répétition de faits du même genre que le médium apprend sa médiumnité.

Nous voilà donc arrivés à la seconde explication, à celle que nous croyons être la meilleure : « Les phénomènes sont produits par des personnes douées, sans le savoir, de facultés médianimiques. » Et la nouvelle question est celle-ci : Chercher le médium !

Au boulevard Voltaire, nous n’avions obtenu que des indications vagues sur le médium, homme ou femme, à qui pouvaient être dus les phénomènes; mais, rue Ducouédic, notre petite enquête a fini par nous apprendre que le jeune garçon est somnambule. Nous ne prétendons pas que c’est en état de somnambulisme qu’il a cassé le saladier, brisé les vitres, transporté les verres, ce qui serait absurde; nous voulons dire qu’un somnambule est presque toujours un médium. D’après le savant docteur J. Héricourt, « l’aptitude au somnambulisme est une des conditions les plus favorables de la médiumnité ».

Ici, le médium est donc trouvé, médium inconscient, n’étant pas responsable — ne les sachant pas ne les voulant pas — des actes accomplis à l’aide de cette force encore mystérieuse qui s’extériorise, qui s’échappe de son organisme, de son système nerveux, comme l’Energie électrique se dégage d’une pile ou d’une dynamo.

En définitive, nous restons en présence d’individus rares, doués d’une faculté extraordinaire. Que la Science daigne les observer, les étudier; et elle trouvera, j’en suis convaincu, le problème des manifestations spirites et des « Maisons hantées ».

Emile Desbeaux. 1892.

Gravure : 1) La « Maison hantée » de la rue Ducouédic.
2) Intérieur de la chambre hantée.
3) Madame Boll.

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Perles hantées

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accard-eugene

Tout étudiant des sciences psychiques sait bien qu’il y a des maisons hantées, et des personnes hantées, et cette dernière catégorie se rapporte aux cas qu’on appelle « le poltergeist ». C’est à dire les personnes autour desquelles les objets sont violemment projetés sans aucune action physique. Des cas du caractère le plus étonnant se présentent souvent, mais la question n’est pas encore déterminée si cette « infestation physique » (pour employer le terme du Professeur Bozzano) ne se trouve pas dans de plus petites choses, inanimées par exemple les vêtements ou les bijoux.

L’idée est peut-être un peu inquiétante, car cela nous conduit sur le terrain douteux et glissant des malédictions et des influences malignes, qui, à ce qu’affirme la tradition, sont attachées à bien des joyaux historiques. Toutefois, il est parfaitement certain qu’on ne peut pas toujours négliger ce sujet, et qu’il faudra l’étudier sérieusement un de ces jours. Il faut noter que des cas de ce genre arrivent quelquefois, et tout récemment un cas très frappant vient d’être rapporté dans un numéro du Zeitschrift fur Parapsychologie par la Baronne Von Dalwigk.

C’est l’histoire d’un collier de perles qui, originaire des Indes, était en possession de la famille depuis 1701 et dont les perles sont « vivantes ». En ce moment, il appartient à la Comtesse Ellinor, soeur de la Baronne. Dernièrement, elle fit une visite à sa soeur et cette dernière s’aperçut que le fameux collier de perles était sans éclat, « malade », comme disent les experts, et on persuada la Comtesse de le porter constamment : les perles ainsi guérirent et reprirent leur éclat.

Deux semaines plus tard, la Comtesse reçut un choc nerveux, elle sentit les perles remuer sur son cou, La Baronne Dalwigk se moquait un peu et disait, à sa soeur que c’était seulement de l’imagination, mais la Comtesse pâlit et un étrange silence s’établit entre elles. Quelques nuits après, la Comtesse rêva avoir vu deux Hindoux masqués qui la menaçaient d’une revanche. Le matin suivant, un noeud très compliqué (qu’on appelle un noeud de pêcheur) était fait dans le collier. Noeud impossible à faire sans couper le cordon, car le fermoir était fermé. La Comtesse Ellinor, effrayée, refusa de le porter.

La Baronne la persuada de mettre le collier le jour suivant. Elle faisait une promenade dans le jardin, quand subitement, la Comtesse cria d’une voix rauque en essayant de retirer les perles de son cou. sa soeur la conduisit vers un banc, et vit que le collier avait encore un double noeud, quoique le fermoir n’ait pas été touché.

A ce moment, le mari de la Comtesse commença de se troubler, il prit les perles, défit le noeud, mit le collier dans un écrin, enferma celui-ci dans une boîte dont il garda la clé dans sa poche. A son grand étonnement, le matin suivant, le cordon était noué de nouveau. A dater de ce jour, le phénomène eut lieu tous les jours, quelquefois trois fois dans la même journée.

Quelques semaines plus tard, à une réception donnée chez elle, la Comtesse accepta de porter les perles mystérieuses. Pendant que le collier de perles était sur la table, elle remarqua une chose étrange : son collier remua, se tordit, et après un effort, se dressa perpendiculairement droit comme une bougie.

Effrayée, et le front couvert d’une sueur froide, elle trouva assez de courage pour mettre sa main sur le collier et sentit une résistance qui dura quelques secondes avant qu’il ne retomba. Tout de même, elle trouva le courage d’attacher les perles autour de son cou. Aucun autre fait extraordinaire ne se produisit jusqu’au milieu du dîner, et subitement, la Comtesse cria, sa figure devint livide, ses cheveux se crispèrent et elle tomba inconsciente sur sa chaise.

Autour de son cou était une marque rouge comme du sang, large de deux doigts, et qui encerclait le cou entièrement : le cordon qui retenait les perles était brisé en plusieurs endroits. Pendant deux jours, la Comtesse ne recouvra pas l’ouïe et la marque autour de son cou dura quelques semaines.

Quand les perles furent présentées à un vieux bijoutier avec les morceaux de cordon, il secoua la tête et affirma que le cordon avait une grande force de résistance et ne pouvait être brisé que par un effort violent. Mais il regarda la Comtesse et lui dit :

« Il y a, Madame, de drôles de cas dans les vieilles chroniques de bijoux. N’est-il pas possible que vous soyez une de ces personnes naissant tous les mille ans et sur lesquelles les colliers de perles se nouent toujours ? Il y a beaucoup de tels cas dans l’histoire. »

Voici le sommaire de cette étrange histoire. Devons-nous supposer qu’une influence psychométrique existe dans le collier de perles lui-même, dont la puissance était rehaussée par des pouvoirs psychiques inconnus de la Comtesse, à un tel degré que cela ait produit des mouvements télékinétiques et même l’étrange fait de ce noeud compliqué qu’est le noeud de pêcheur.

C’est une question qui reste encore à étudier.

Dr. Nandor Fodor. « L’Astrosophie. » Carthage/Nice, 1931.
Peinture : Accard Eugène.