Majesté

Un juron de Henri IV

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henri-4Henri IV, devenu roi de France, n’avait pu se défaire de certaines habitudes contractées dans la vie des camps. 

Il jurait fort souvent et son juron favori Jarniadieu ! (je renie Dieu) sonnait assez mal dans la bouche d’un roi très chrétien. 

Son confesseur, le prêtre Cotton, lui dit un jour : 

— Sire, puisqu’il est si difficile à Votre Majesté de s’abstenir de tout juron, je la supplie de renier le nom d’un humble prêtre comme moi, plutôt que celui du Créateur.

Le roi le promit, trouvant l’idée plaisante, et dès lors ne jura plus que par Jarnicoton ! 

Illustration : Marcel Gotlib.

Le père la violette

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bonaparteVoici quelques particularités peut-être encore inconnues de la plupart  sur les causes qui firent de la violette un signe de ralliement au parti bonapartiste.

On a forgé, sur le nom de cette fleur, une conspiration dont tous les éléments sont faux, écrivait là-dessus en août dix-huit cent quinze les Annales lyonnaises : Le hasard seul fit de la violette un signe de reconnaissance : voici le fait tel qu’il s’est passé, nous le tenons des intéressés directs.

Trois jours avant son départ pour l’île d’Elbe, Buonaparte, accompagné du duc de Bassano et du général Bertrand, se promenait dans le jardin de Fontainebleau : le prince était encore incertain s’il devait paisiblement se rendre dans son exil. Le duc de Bassano lui prouvait qu’il n’était plus temps de reculer. Vivement affecté des objections de son secrétaire, Napoléon marchait toujours, et ne sonnait mot. Il n’avait rien à répondre. Il cherchait au contraire quelque distraction à l’embarras qu’il éprouvait.

Il avait à côté de lui un joli enfant de trois à quatre ans qui cueillait des violettes dont il avait déjà fait un bouquet.

Mon ami, lui dit le prince, veux-tu me donner ton bouquet ?
Sire, je veux bien, répondit le jeune garçon, en le lui présentant avec une grâce infinie.

Buonaparte reçut le bouquet, embrassa l’enfant qu’il reconnut pour être celui d’un des employés du château et continua sa promenade. Après quelques minutes de silence : 

Eh bien ! messieurs, dit-il à ses courtisans, que pensez-vous de cet enfant ? Le hasard de cette rencontre est selon moi un avis secret d’imiter cette fleur de modeste apparence. Oui, messieurs, désormais des violettes seront l’emblème de mes désirs.
Sire, lui répondit Bertrand, j’aime à croire pour la gloire de Votre Majesté que ce sentiment ne durera pas plus que la fleur qui l’a fait naître.

Le prince n’ajouta rien et rentra chez lui. Le lendemain on le vit se promener dans le jardin avec un petit bouquet de violettes à la bouche, quelquefois à la main. Arrivé près d’une plate-bande, il se mit à cueillir de ces fleurs. elles étaient assez rares en cet endroit. Le nommé Choudieu, grenadier de sa garde, alors en sentinelle, lui dit :

Sire, dans un an vous en cueillerez plus à votre aise, elles seront plus touffues.

Buonaparte, extrêmement étonné, le regarde :

Tu crois donc que dans un an je serai ici ?
Peut-être plus tôt. Au moins nous l’espérons.
Soldat, tu ne sais donc pas que je pars après-demain pour l’ile d’Elbe ?
Votre Majesté va laisser passer l’orage.
Tes camarades pensent-ils comme toi ?
Presque tous !
Qu’ils le pensent et ne le disent pas. Après ta faction, va trouver Bertrand, il te remettra vingt napoléons, mais garde le secret.

Choudieu, rentré au corps de garde, fit observer à ses camarades que depuis deux jours l’empereur se promenait avec un bouquet de violettes à la main :

Eh bien ! maintenant, il faudra le nommer entre nous « le père la violette ».

En effet, depuis ce jour, toutes les troupes, dans l’intimité des chambrées, ne désignèrent plus Napoléon que sous le nom du père la violette. Ce secret perça insensiblement dans le public et, dans la saison des violettes, les partisans de l’ex-monarque portèrent tous cette fleur qui à la boutonnière, qui à la bouche. Ce fut à cette marque qu’ils se reconnurent.

« Hier, aujourd’hui, demain. Gazette historique. »  Paris, 1923. 

Le poids de la fumée

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Walter-Raleigh

Voici une anecdote  qui attribue à sir Walter Raleigh l’honneur d’avoir, à propos du tabac, inauguré l’emploi de la balance pour les pesées par différence, auxquelles les chimistes ont journellement recours, depuis Lavoisier, dans leurs analyses.

Le favori assurant un jour galamment sa royale maîtresse qu’il n’était pas de difficulté qu’un désir exprimé par elle ne le rendît capable de surmonter :

En vérité ! s’écria la reine Élisabeth, je gage pourtant que vous ne pèseriez pas la fumée de votre pipe.
Je tiens le pari de Votre Majesté, répondit Raleigh après un instant d’hésitation.
— Oh ! voyons comment vous le gagnerez.

Un page reçut aussitôt l’ordre d’apporter au baronnet sa pipe, du tabac et les balances les plus justes qu’il pourrait trouver. La pipe étant chargée, Raleigh en pesa le fourneau. Puis il l’alluma, la fuma jusqu’au bout, en ayant soin de ne pas laisser tomber la moindre parcelle de cendre. Enfin, lorsque le tabac fut entièrement consumé, il mit de nouveau la pipe dans la balance. Il était évident que la différence entre le poids primitif et le poids trouvé dans la seconde pesée représentait exactement celui des produits volatils de la combustion, c’est-à-dire de la fumée.

Raleigh avait gagné son pari…

« Voyage scientifique autour de ma chambre. »  Arthur Mangin, Paris, 1886.

Comment se mouchaient nos ancêtres

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mouchoirs

Telle est la question, mes chers lecteurs, et vous aussi, mes chères lectrices, que vous avez dû souvent vous poser, lorsque vous approchez de vos narines ces morceaux d’étoffes, plus ou moins luxueux, fins, et brodés, destinés à débarrasser votre cerveau des humeurs indiscrètes qui l’encombrent.

Il est plus que probable que nos pères, à commencer par Adam et Eve, se mouchaient avec leurs doigts, et cet usage devait, après eux, se généraliser, au point que l’historien grec Xénophon nous apprend que Cyrus, roi des Perses, fut obligé d’interdire à ses sujets  de se moucher, et le reniflement devint pour eux obligation. On reniflait aussi chez les Grecs et les Romains. Cependant, les gens aisés se servaient d’une sorte de serviette-mouchoir qu’ils appelaient sudarium, c’est-à-dire suaire. Les élégants en possédaient même deux qui leur servaient successivement à s’essuyer les mains et le visage. Le premier était en lin, et se portait à la ceinture, l’autre était en soie et se tenait à la main. Les Romains y ajoutèrent même l’orarium, qu’ils employaient pour s’essuyer la bouche. Quant aux peuples Asiatiques, ils n’ont jamais cessé de se moucher avec leurs doigts, qu’ils essuient à de riches étoffes brodées.

En Europe, l’usage constant du mouchoir coïncide avec l’apparition de la tabatière qui devait être en grand honneur au XVIIIe siècle. C’était un luxe comme la canne et l’éventail. Non seulement, les grands seigneurs se fourraient dans le nez des prises copieuses, mais il était de bon ton de faire priser également son jabot et ses dentelles.

A ce sujet, voici une curieuse anecdote rétrospective :

Un jour, le roi Louis XV se promenait sur la terrasse de Saint-Germain. Un coup de vent souleva quelques grains de tabac de dessus le jabot d’un courtisan et les lança très irrespectueusement dans l’œil du Roi.

Aussitôt sa Majesté se livra à une pantomime des plus comiques. Puis, se tournant brusquement vers le marquis d’Hauteville, elle lui dit :

Marquis, soufflez-moi dans l’œil.

Celui-ci, quoique un peu troublé, obéit avec une grâce et une habileté qui lui valurent les félicitations de toute la cour. Il fut le héros de la journée et peut être de la semaine. Longtemps après, un de ses descendants, après avoir énuméré les hauts faits de ses aïeux, ne manquait jamais d’ajouter :

Et mon grand oncle, Jean Ladislas, Maxence d’Hauteville eut l’honneur, le 3 mai 17… de souffler dans l’œil du Roi…

L’habitude de priser devait donc généraliser l’usage du mouchoir.

Tout d’abord, répondant à son but, il consiste en un foulard de couleur sombre. Mais bientôt, les personnes qui ne prisaient pas, les dames surtout, voulurent avoir leur mouchoir, qui devint blanc, et que la coquetterie féminine ne tarde pas d’embellir de jolies broderies et de rares dentelles.

Mais, le mouchoir ne servait pas qu’à… se moucher. Le compositeur Étienne Nicolas Méhul s’en entourait le poignet pour battre la mesure, et déjà, les musiciens de l’orchestre, s’en servaient pour appuyer leurs violons contre leur épaule, et éviter ainsi l’usure trop rapide de leurs habits. Les campagnardes s’en servaient en guise de coiffure, et lorsque la diligence partait, emportant au loin des êtres chers, c’était à qui s’enverrait le suprême adieu, en agitant son mouchoir.

Et quand on songe que de nos jours certains médecins prétendant que le mouchoir est un nid à microbes et veulent le remplacer par un papier spécial, on en arrive très sérieusement à se demander si le roi Cyrus ne fut pas un grand hygiéniste.

« L’Universel : magazine hebdomadaire. » Paris, 1903.