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Les pigeons du docteur Harrey

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john-constableNos médecins parisiens croient qu’ils ont tout fait quand ils ont chevaux et voitures, et qu’ils brûlent le pavé pour courir chez leurs malades. Nous le regrettons bien pour eux, mais les Anglais, ces éternels recordmen, ont encore trouvé mieux.

Il y a, là-bas,paraît-il, un docteur Harrey qui a découvert un bien ingénieux moyen de servir la clientèle. Courant le pays, soir et matin, dans son cab, et ne pouvant pas être partout en même temps, ni, surtout, revenir deux et trois fois par jour chez le même malade, il emporte, avec lui, dans ses courses, plusieurs pigeons voyageurs. Il en laisse un chez ceux de ses clients dont l’état peut s’aggraver d’un moment à l’autre. 

La suite est facile à comprendre : en cas d’urgence, et si le malade bat de l’aile, le pigeon en fait autant, et, immédiatement lâché, il retourne au pigeonnier. Le docteur saute alors en cab et accourt. Si, au contraire, dans la soirée, après quelques heures d’attente, le pigeon ne revient pas, le bon docteur se frotte les mains, et, la conscience tranquille, il se couche en pensant : 

« Ce pigeon n’est pas revenu ? C’est que le malade va mieux : il l’aura mangé !… » 

Mais ce procédé d’information peut finir par devenir coûteux si l’habileté du praticien remet souvent ses malades sur pied et si ceux-ci, comme il arrive souvent, n’ayant même pas la reconnaissance du médicament, négligent de payer les honoraires et les pigeons du docteur. 

Cette mauvaise volonté à solder la « douloureuse», de Messieurs les docteurs les avait amenés, il y a quelque temps, à établir un livre noir qui doit prochainement être imprimé, a-t-on affirmé. Ce livre, dû à la collaboration de tous ceux qui, parmi nos plus distingués praticiens, portent un joli brin de plume à leur scalpel, est appelé à devenir l’ouvrage le plus fréquemment consulté des bibliothèques médicales. 

Bien que son titre semblerait l’indiquer, ce livre n’est pas la statistique des décès obtenus pendant l’année, c’est, au contraire, une liste des malades encore vivants, mais qui n’ont pas soldé, selon l’usage, les honoraires de leur médecin au 1er semestre 1896. C’est, en somme, le Tout-Paris de la Purée. 

« La Joie de la maison. » Paris,1896.
Peinture : John Constable.

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Le club des dyspeptiques

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dyspeptic-club

La mauvaise humeur des personnes qui souffrent du foie ou de l’estomac est une chose bien connue. Tandis que les gens qui digèrent bien sont d’un commerce agréable, d’un tempérament jovial, l’infortuné dyspeptique est quinteux, grincheux, insociable.

Un riche Américain, affligé d’une maladie de foie incurable, et conscient de la situation difficile de ses compagnons d’infortune, s’est avisé d’essayer sur lui-même et sur eux, un traitement en quelque sorte homoeopathique. Il s’est dit que, puisque la mise en contact d’un dyspeptique et d’un homme sain produisait de fâcheux effets, une réunion de dyspeptiques dégagerait sans doute, à défaut d’une folle gaieté, une atmosphère tolérable. Afin d’expérimenter ses théories, il a installé un hôtel magnifique, siège social d’un cercle de nouveau genre : le Dyspeptic-Club.

Pour en faire partie, il faut posséder une lésion stomacale bien déterminée, certifiée par un médecin bien connu. Moyennant ce certificat, sont admis au Dyspeptic-Club, tous les malades, quel que soit leur sexe, leur âge, leur nationalité. Les distractions les plus variées sont à la disposition des membres souffrants du cercle : journaux, revues, romans, jeux divers. On y fait de la musique. Tous les instruments, sauf le fatal piano, ont droit d’entrée.

Jusqu’ici, il n’apparaît pas que la cure inaugurée par le philanthrope américain ait donné des résultats bien sensibles. Attendons…

Paris, 1903.

Illustration-montage : Gavroche.

Autrefois l’hôpital

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Au moyen âge, il existait près des palais des évêques un lieu destiné à la nourriture des pauvres inscrits sur la matricule de l’Église. Ces malheureux, appelés matriculaires, y logeaient pour la plupart et y étaient soignés lorsqu’ils étaient malades. Voilà l’origine des hôpitaux.

Bien entendu, l’hygiène était absolument ignorée dans ces établissements hospitaliers, et il suffira de donner un aperçu du plus important d’entre eux : l’Hôtel-Dieu de Paris, pour se rendre compte de ce que devaient être les autres.

Cet hôpital, dont la fondation, attribuée généralement à saint Landry, remonte au VIIème siècle, s’appela successivement hôpital Saint-Christophe, Maison-Dieu et enfin Hôtel-Dieu. Il jouit constamment de la sollicitude des rois de France et les chanoines de Notre-Dame subvinrent longtemps à ses besoins.

Il était composé de salles nauséabondes et privées d’air, dans lesquelles les soins de la propreté la plus élémentaire n’étaient même pas observés. Les malades atteints des maux les plus différents gisaient côte à côte, couchés par groupes de cinq ou six sur un grand lit de paille sordide où l’on plaçait également les enfants, car les hôpitaux pour ceux-ci n’existaient pas encore.

La maladie se transmettait par ce dangereux contact et faisait d’innombrables victimes, d’autant plus qu’on n’avait pas songé à attacher des médecins à l’établissement et que les personnes qui souffraient n’avaient d’autres soins que ceux dus à l’initiative des soeurs de charité qui l’administraient.

Aller à l’Hôtel-Dieu autrefois c’était presque aller à la mort. 

Au XVIIIème siècle, lors du terrible incendie qui détruisit cet hôpital, un semblable état de choses régnait encore. On allait même, dans des circonstances extraordinaires, jusqu’à placer des malades les uns sur les autres par le moyen de matelas mis sur l’espèce de baldaquin qui surmontait les lits à cette époque et auquel on ne montait que par une échelle.

Telle était la façon dont nos ancêtres, peu soucieux de l’hygiène, comprenaient l’hospitalité donnée aux malades.

« Le Petit Français illustré. »  Paris, 1902.