Malines

Les nez dupés

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fumeurs

Klein compte à peine dix-sept ans, et déjà il a osé se mettre en concurrence avec la Régie. C’est dans les tabacs qu’il exerce.

N’allez pas croire qu’il se donne la peine de cultiver la plante importée par Nicot, encore moins qu’il aille en Amérique l’acheter toute récoltée… méthodes vulgaires que Klein dédaigne. Il vend , mais il ne cultive ni n’achète. Avec un peu de sciure de bois mêlée d’un peu d’argile et de houille, il peut livrer aux amateurs, pour un modique prix, les premières qualités de Saint-Vincent et de Virginie.

Klein eut l’honneur de satisfaire ainsi des nez de maires , d’avocats , de juges de paix, voire même un nez de sous-préfet, et une foule d’autres nez , ma foi fort respectables : il n’est pas jusqu’à celui de M. de Pradt, l’ancien archevêque de Malines, qu’il n’ait, dit-on, pris pour dupe.

Certes, si tous les nez trompés par Klein eussent assisté au procès comme témoins ou seulement comme pièces à conviction, il y eut eu un concert d’éternuements à ne pas s’entendre. Klein, pour apprendre à respecter les nez d’autrui, restera quatre mois sans pouvoir mettre le sien dehors.

« Gazette des cours d’assises et des tribunaux correctionnels. »  Paris, 1833.
Illustration : « Congrès des fumeurs : groupe de fumeurs. » Agence Mondial.  Paris, 1932.
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