Manche

La légende du château de Pirou

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Pirou, comme son nom l’indique, est une des plus vieilles bourgades de la Basse-Normandie. Pirou s’écrivait primitivement Pir-hou. Ces terminaisons en hou, fait observer Victor Hugo dans l’Archipel de la Manche, sont propres à ce pays. On les retrouve dans les îles normandes, comme sur la presqu’île du Cotentin. C’est ainsi que l’on a Jet-hou, Bur-hou, Li-hou, Ecre-hou, Ne-hou, Bercq-hou, Quette-hou, etc.

Le château de Pirou a une légende. A cela rien d’étonnant, étant si vieux. Situé sur la côte, entre Coutances et Lessay, il fut longtemps habité par des fées qui avaient subi une singulière métamorphose.

Filles d’un grand seigneur de la contrée, lequel était par-dessus le marché un puissant magicien, c’étaient elles qui avaient bâti le château de Pirou bien des années avant l’invasion des Normands. Elles y passaient leur jours ensemble dans la plus édifiante union, lorsqu’un jour, des pirates  norwégiens opérèrent une descente dans les environs.

Troublées dans leur quiétude et redoutant quelque violence de ces « rois de la mer », elles imaginèrent, pour s’y soustraire, de se changer en oies Sauvages.

Malgré leur métamorphose, les fées de Pirou n’abandonnèrent pas leur demeure. Les anciens du pays vous diront que tous les ans, le 1er mars, une troupe d’oies sauvages y venaient retrouver les nids qu’elles s’étaient creusés dans les murs du château.

Dom Bonaventure d’Argonne assure que, lorsqu’il naissait un garçon dans l’illustre maison de Pirou, les mâles de ces oies, étalant leurs plus belles plumes grises, prenaient le haut du pavé dans les cours du château; mais que, lorsqu’il naissait une fille, les femelles, en plumes plus blanches que neige, prenaient la droite sur les mâles. Que si cette fille devait être religieuse, on remarquait une de ces oies, entre les autres, qui ne nichait point, mais demeurait solitaire, mangeant peu et soupirant, dans son coeur.

Et voilà la légende du château de Pirou.

« Le Rappel. »  Paris, 1889.
Illustration : jardinbernard.canalblog.com
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Le tunnel sous la Manche

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Il paraît que nous ne verrons pas de sitôt le métro prolongé jusqu’à Londres, le Gouvernement britannique s’opposant, une fois, de plus, au percement du tunnel sous la Manche. L’Angleterre, elle aussi, est classée, rien ne doit compromettre son insularité !

Quand on veut taquiner un Anglais, il suffit de lui parler du projet de tunnel sous la Manche. Immédiatement, notre homme fronce le sourcil, rougit encore un peu plus et proteste d’une voix indignée que jamais ses compatriotes ne permettront une telle abomination. Jadis, nos amis d’outre-canal prenaient encore la peine de donner à leur refus un semblant de raison inspirée des prétendues nécessités de la défense nationale. A présent qu’il existe des canons capables d’envoyer des projectiles à 150 kilomètres et que la moindre escadrille d’avions peut incendier la cité en quelques heures, ces motifs ne sont vraiment plus valables. Aussi les adversaires du souterrain ne cherchent-ils même plus un prétexte. Ils se contentent de dire :

Le tunnel sous la Manche se fera sans doute un jour, mais plus tard, beaucoup plus tard ! Nous ne croyons pas que le moment soit encore venu d’entreprendre ce travail.

Après quoi le malheureux projet est replacé bien soigneusement dans son tiroir avec défense d’en sortir.

Il est d’ailleurs assez difficile d’expliquer la répugnance des Britanniques à l’idée qu’on pourrait creuser un trou dans le sous-sol du Pas-de-Calais. Peut-être craignent-ils de voir arriver par là de mauvais courants d’air ou quelque invasion de ces vers à cerises qu’ils redoutent par-dessus tout, comme on sait !

« Le Quotidien de Montmartre. »  Paris, 1930.
Illustration : Tunneling the English Channel, 1907, Georges Méliès.