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La sieste des hommes-affiches

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Il est midi. C’est l’heure des déjeuners, et, comme la Réclame sait que ventre affamé n’a plus d’yeux que d’oreilles, elle se repose.

Les véhicules enluminés stationnent alignés au bas des trottoirs, pendant que leurs attelages étirent leurs membres fatigués et allument la réconfortante cigarette.

Pour être immobiles, ces véhicules n’en conservent pas moins leur aspect hétéroclite pour tous, terrifiant pour les quadrupèdes, et comme leur station immobile coïncide avec la rentrée des manèges, elle met au désespoir les écuyers chargés de veiller sur les premiers pas des jeunes amazones, dont les montures consternées manifestent de diverses manières leur invincible répugnance.

« À travers Paris. » Texte et dessin de Crafty. Paris, 1894.
Illustration : La sieste des hommes-affiches, place de la Concorde. Crafty  (1840-1906).

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Un curé ennemi des chevaux de bois

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"Le manège enchanté" Photo : Presse-Océan
« Le manège enchanté »
Photo : Presse-Océan

Il nous faudrait la plume de Paul-Louis Courier pour raconter l’histoire de ce curé, qui, à l’occasion de la fête patronale du village de Boulay (Lorraine), a défendu aux enfants du village de monter sur les chevaux de bois, cette distraction étant immorale. Le propriétaire du carrousel, qui avait subi de ce fait une perte assez sensible, porta plainte contre le curé, lequel fut condamné par le tribunal cantonal à payer une indemnité au plaignant.

Mais le curé porta l’affaire au tribunal d’appel à Metz, et celui-ci vient d’infirmer le jugement de première instance en déboutant le propriétaire du carrousel de sa plainte.

Dans ses considérants le tribunal dit qu’un curé, comme directeur des âmes, a déjà le droit et le devoir de donner des conseils et des avertissements à ses ouailles dans des questions de morale, sans qu’un tiers qui voitpar là souffrir ses intérêts matériels puisse lui en demander compte. Un curé qui combat le luxe des vêtements, l’ivrognerie, etc., ne pourra pas être traduit en justice par des tailleurs, des débitants, etc.

Mais des droits plus étendus encore appartiennent au curé vis-à-vis d’enfants fréquentant l’école, lorsqu’il agit en sa qualité de professeur de religion. En ce cas, il exerce, comme tout instituteur, une partie des prérogatives des parents, de sorte qu’il faut lui reconnaître non seulement le droit d’ordonner et de défendre certains actes, mais encore d’employer des moyens de coercition.

Le curé de Boulay n’a donc fait qu’user d’un droit qui lui appartient, quand bien même il aurait défendu à la jeunesse des écoles de monter sur les chevaux de bois,en menaçant les contrevenants d’une punition, quoi qu’on puisse d’ailleurs penser de la convenance du procédé.

« Gazette littéraire, artistique et bibliographique. »  Paris, 1890.