maréchal Blucher

Le rêve du maréchal

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Gebhard-Leberecht-von-Blücher

Le maréchal Blucher, prince de Wahlstadt, général en chef des armées prussiennes pendant les campagnes de 1813, 1814 et de 1815, se retira, après la bataille de Waterloo, dans une magnifique maison de campagne qu’il affectionnait beaucoup, à Kreblowitz en Silésie ; il y menait une vie tranquille et retirée.

Malgré plusieurs lettres d’invitation de Frédéric Guillaume III, le maréchal Blucher refusait obstinément de se présenter au palais du roi. Après de longs pourparlers, et de vains efforts du souverain pour l’attirer à la cour, Frédéric Guillaume alla faire une visite à son général favori à Kreblowitz ; il le trouva bien portant mais plongé dans une profonde tristesse. Le roi le questionna, sur les causes de cette tristesse ; Blucher lui raconta ce qui suit :

Lorsque jeune encore il servait dans un régiment de hussards, en Suède, il fut fait prisonnier par les Prussiens, à la bataille de Suckow, le 29 août 1760. Ayant demandé l’autorisation d’aller visiter sa famille, elle lui fut accordée, à la condition d’accepter un emploi dans l’armée prussienne, dans le régiment de Belling. Blucher consentit, obtint la permission et partit en Silésie. Arrivé devant la maison paternelle, il appela à plusieurs reprises et, ne recevant pas de réponse, il se décida à enfoncer les portes. Il courut à la chambre de son père et le trouva, ainsi que sa mère et ses frères, profondément affligés. Tous refusèrent ses caresses avec indignation.

Blucher se jeta alors aux genoux de sa mère et voulut l’embrasser; mais à peine avait-il touché sa main que les vêtements qu’elle portait tombèrent, et Blucher ne trouva dans ses bras qu’un squelette. Il entendit alors des rires moqueurs et sa famille disparut dans l’espace.

— Sire, ajouta le maréchal, voilà juste trois mois, j’ai vu en rêve cette scène se reproduire, exactement… Mes parents et mes frères m’ont dit alors : « Nous nous rencontrerons une autre fois, le 11 août… mais nous sommes aujourd’hui au… » 

A ces mot le maréchal pâlit, se renversa sur le dos du siège sur lequel il était assis, et lorsque Frédérice Guillaume s’approcha de lui, il ne trouva qu’un cadavre.

Récit extrait de la Revue Spirite.
« L’Écho du merveilleux : revue bimensuelle. »  Paris, 1901.

 

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