maréchal Canrobert

La « bouffarde »

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grande-arméePoilus qui fumez avec tant d’amour votre « bouffarde », envoyez donc en regardant s’envoler la fumée, un souvenir ému et reconnaissant au brave maréchal Canrobert. A propos de «bouffarde», sait-on quelle est l’origine de ce mot ? 

Dans un régiment de la Grande Armée, il y avait un vieux grognard qui s’appelait Bouffard et qui était un enragé fumeur de pipes. A la bataille de Friedland, il eut les deux bras emportés. Le lendemain, un de ses camarades trouva sur le champ de bataille un bras détaché du tronc et qui était affreusement raidi. 

Je le reconnais, s’écria-t-il, c’est le bras de Bouffard : la main tient encore sa pipe si bien culottée. 

La pipe de Bouffard fut recueillie par la compagnie du vieux soldat mort au champ d’honneur et garda son nom. On l’appela « Bouffarde ». Et voilà qui prouve que, pour les poilus d’autrefois comme pour ceux d’aujourd’hui, la pipe était la compagne inséparable, la compagne fidèle jusqu’à la mort. 

« Le Pêle-mêle. » Paris, 1918.
Dessin de Louis Frégier.

Les bons de tabac

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maréchal-Canrobert.

Il est des anniversaires qui semblent insignifiants et qu’il convient pourtant de rappeler. Voici soixante ans que fut institué le bon de tabac par l’illustre maréchal Canrobert.

L’affection et l’amour du maréchal pour les soldats sont connus. Sa préoccupation constante était d’assurer leur bien être matériel. C’est pourquoi il provoquait fréquemment leurs réclamations. En 1854, au cours d’une tournée d’inspection qu’il faisait à Lunéville, il avise dans les rangs un soldat à la physionomie franche et intelligente et lui pose les questions d’usage :

Es-tu content de l’ordinaire ? La soupe est-elle bonne ?
Enchanté, monsieur le maréchal. Mais ça manque de tabac !
Comment, ça manque de tabac ?
Mais oui, monsieur le maréchal, on nous interdit d’en acheter aux contrebandiers et celui de la régie coûte cher. Dame ! un sou par jour !
C’est bien, dit le maréchal : tu auras satisfaction.

De retour à Paris, le maréchal n’oublia pas sa promesse. Quinze jours après, une décision ministérielle instituait les bons de tabac. Et depuis lors, les bons ont été distribués régulièrement.

Le troupier français, qui en bénéficie tous les dix jours, a-t-il encore un souvenir pour le brave Canrobert ?

« Nouvelles de France : chronique hebdomadaire de la presse française. » Paris, 1914.