maréchal

Une moitié d’homme

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josias-rantzau

Ce qu’il y a de plus remarquable dans la vie toute pleine de batailles de Josias, comte de Rantzau, maréchal de France, c’est qu’il fut tué pour ainsi dire en détail.

Josias était plus d’à moitié mort depuis longtemps, lorsqu’il mourut tout-à-fait le 4 septembre 1650.

« A ce grand capitaine, dit Bautru, il ne restait plus qu’un de tout ce dont les autres hommes peuvent (ou plutôt doivent) avoir deux. »

Ainsi, il avait laissé un œil à Dôle, une jambe à Arras, un bras à Aire, une oreille à Dixmude. trollface

« Journal des faits anciens. »  Paris, 1833.

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La naissance d’Henri V

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Un érudit, M. Albert Malet, agrégé d’histoire, a découvert à la Bibliothèque nationale une copie des Mémoires inédits de la duchesse de Gontaut-Biron.

Née en 1773, elle mourut seulement en 1855. Sous la Restauration, elle devint gouvernante des Enfants de France, et comme telle elle dut assister officiellement à la naissance du duc de Bordeaux. Ici nous laissons la parole à M. Albert Malet, qui nous donne, d’après les Mémoires en question, la bien curieuse anecdote qui suit :

Mme de Gontaut, qui habitait aux Tuileries comme gouvernante de Mademoiselle, venait de se coucher, quand l’on frappa violemment à sa porte :

Venez vite, vite ! lui crie-t-on, Madame accouche ! Dépêchez-vous ! 

Prête à se lever au premier signal, elle prend à peine le temps de passer un peignoir et se précipite dans la chambre de la duchesse. Celle-ci la salue de ce cri :

C’est Henri !

Et les deux femmes s’embrassent éperdument.

Vite des témoins ! ajoute Madame…

Le duc d’Orléans arrivait. Avant d’aller présenter ses félicitations à l’accouchée, il entra dans le salon où l’on avait porté l’enfant. Il le regarda attentivement. Puis, marchant au duc d’Albuféra :

Monsieur le maréchal, lui dit-il, je vous somme de déclarer ce que vous avez vu. Cet enfant est-il réellement le fils de la duchesse de Berry ? 

Mme de Gontaut ne put réprimer un vif mouvement d’impatience.

Dites, Monsieur le maréchal, dites tout ce que vous avez vu. 

Le maréchal attesta énergiquement la légitimité de l’enfant.

Je le jure sur mon honneur ! ajouta-t-il. Je suis plus sûr que monseigneur le duc de Bordeaux, ici présent, est l’enfant de Mme la duchesse de Berry, que je ne le suis que mon fils soit l’enfant de sa mère.

Il y eut un long silence, puis le duc d’Orléans salua et sortit. 

« Gazette littéraire, artistique et bibliographique. »  Paris, 1891.

La légende du château de Vizille

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Lesdiguières.

Comme tout château qui se respecte, celui de Vizille a sa légende. On raconte, dans les veillées d’hiver du Dauphiné, que le mur d’enceinte du parc fut construit en une nuit par Satan et son armée de diables. Satan, dit-on,  aurait proposé à François de Bonne de Lesdiguières le pacte suivant :

Le maréchal partirait à cheval de son château à minuit sonnant, et s’en irait en droite ligne jusqu’au bout du parc. Si le mur était achevé avant son arrivée, le diable emporterait l’âme de Lesdiguières, et ce n’était pas grand bénéfice, car elle lui appartenait déjà pour les trois quarts et demi.

Le duc de Lesdiguières accepta, partit à minuit sonnant sur son fougueux cheval noir et piqua droit devant lui. 

Il arriva au bout du parc, comme les maçons de l’enfer allaient clore le mur, entassant rapidement moellon sur moellon.Le maréchal enfonça ses éperons dans le ventre de son cheval, et le mur fut franchi d’un bond. Mais les maçons allaient si vite que la queue du cheval resta prise.

Pincé ! s’écria le diable.

Mais le maréchal, tirant son épée, coupa au ras la queue de son cheval et s’en alla librement.

« La Revue des journaux et des livres. »  Paris, 1887.
Illustration : montage perso.