Marie-Antoinette

Les œuvres du passé

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menuisiersLe ministre de la justice a fait transporter au Louvre ses plus beaux meubles historiques : d’abord son propre bureau, connu sous le nom de bureau de Choiseul, magnifique table en laque chinoise, ornée de ciselures; puis un grand cartonnier en laque qui figurait autrefois au palais de Versailles, dans les appartements de Louis XV; enfin, une petite table de Riesener qui fut placée dans la chambre de Marie-Antoinette. 

Un tableau, les Blés mûrs, par Daubigny, qui se trouvait dans les appartements particuliers du ministre, a été également envoyé au musée du Louvre. 

Tous les ministres n’ont pas donné l’exemple d’un pareil souci des œuvres du passé. Des ministres — ou un ministre — laissèrent jadis travailler en paix les iconoclastes ignorants, les saboteurs inconscients. Rappelons le triste sort des fameuses peintures sur bois du Cabinet des Singes à l’Hôtel de Rohan. Des ouvriers trop ingénieux en avaient pris les planches pour fabriquer… des caisses d’emballage.

L’histoire ne dit pas à quoi devaient servir les caisses : peut-être à emballer des œuvres d’art. 

« Ma revue. » Paris, 1907.

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Bonaparte et tonton Louis

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napoleon

On a beaucoup plaisanté le père Loriquet pour une phrase qu’il n’a vraisemblablement pas écrite, celle dans laquelle il aurait déclaré que Napoléon 1er avait été le lieutenant général de Louis XVIII. La plaisanterie était un peu forte, grossière même, et elle a persisté jusqu’à ces derniers temps.

Mais on aurait pu rire à plus juste raison d’un mot étrange de Napoléon 1er, mot vraiment extraordinaire. Quelque temps après son second mariage Napoléon Ier se promenait avec son beau-père l’empereur d’Autriche. Ils causaient de la Révolution Française.

Elle arrivait de bien loin, dit Napoléon 1er, toutefois il eût été facile d’en prévenir les grandes catastrophes, si la faiblesse n’avait pas été le fond du caractère de mon oncle.

L’empereur d’Autriche chercha un moment pour essayer de comprendre de qui Napoléon 1er voulait parler : c’était de Louis XVI, mari de Marie-Antoinette, tante de Marie-Louise. C’est l’empereur d’Autriche lui-même qui répéta ce mot au marquis de Castellentini qu’il avait invité à dîner.

Je fus tout étourdi, ajouta l’empereur François, et bien autrement interdit, lorsqu’après un moment de réflexion, je vis qu’il entendait parler de Louis XVI..

Napoléon Ier se réclamant, comme neveu, de Louis XVI, c’est absolument original.

« Gazette anecdotique, littéraire, artistique et bibliographique. »  Paris, 1892.

Pomme de terre

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Louis-XVI-Marie-Antoinette-Parmentier

C’était le temps des bergeries florianesques et des bols-seins de Trianon. C’était aussi l’époque où l’apothicaire Parmentier luttait contre la routine pour faire adopter l’usage alimentaire de la pomme de terre, qu’il a plus que personne contribué à acclimater chez nous. Parmentier trouva, on le sait, en la personne de Louis XVI un protecteur puissant, et, grâce à ce monarque, toute la cour mit à la mode le tubercule tant dédaigné.

La princesse de Lamballe, belle-fille du duc de Penthièvre, et la plus intime amie de Marie-Antoinette, ne dut pas être une des adeptes les moins enthousiastes, si l’on en juge par le livre trouvé en sa possession, dont nous rapportons seulement le titre : Traité d’Agriculture où l’on enseigne le moyen de conserver toute l’année la pomme de terre en nature, par M. le Chevalier de Saint-Blaise, de l’Académie des Arcades de Rome.

« Peut-être eût-il mieux valu étudier avec M. de Mirabeau l’art de conserver les trônes qu’avec M. de Saint-Blaise, l’art de conserver les pommes de terre, mais emportée par le tourbillon qui entraînait tout, cette société, éprise d’un sentimentalisme humanitaire hors de saison, dansait sur le volcan qui allait en engloutir les derniers débris (1). »

(1) L. Double, Le cabinet d’un curieux, p.67.

« La Chronique médicale. » Paris, 1897.

La part de la Reine

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théâtre

La Reine Marie-Antoinette, alors dans tout l’éclat de sa beauté et de son bonheur, s’amusait beaucoup plus aux représentations du théâtre de la ville de Versailles, qu’aux représentations d’apparat du château.Elle avait fait retenir à l’année, une baignoire d’avant-scène et souvent elle s’échappait incognito de ses appartements, pour venir avec la princesse de Lamballe, entendre un petit opéra, ou une joyeuse comédie.

La reine affectionnait surtout l’opérette des Moissonneurs. Un soir, la soupe aux choux que mangeaient les acteurs, en scène, remplissait d’un fumet si franc et si agréable la petite baignoire d’avant-scène, que Marie-Antoinette fit demander si on pouvait lui permettre de prendre part au repas.

On devine que la réponse fut affirmative et enthousiaste.

Et depuis, chaque fois qu’on donnait la pièce, on réservait la part de la Reine. La part de la reine devint ensuite une tradition de proche en proche, dans plusieurs théâtres.

Sous Louis-Philippe encore, dans les sombres drames où l’on mangeait et buvait ferme, pour se donner du coeur, il y avait toujours quelque acteur, pour se lever galamment et s’écrier :

Messieurs, n’oublions pas la part de la Reine !…

« L’Universel. »  Paris, 1903.

Le Chien de la Reine.

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Marie_Antoinette

Marie-Antoinette, dernière reine de France, avait au Temple un chien qui l’avait constamment suivie.

Lorsqu’elle fut transférée à la Conciergerie, le chien y vint avec elle, mais on ne le laissa pas entrer dans cette nouvelle prison. Il attendit longtemps au guichet, où il fut maltraité par les gendarmes, qui lui donnaient des coups de bayonnettes. Ces mauvais traitements n’ébranlèrent point sa fidélité; il resta toujours près de l’endroit où était sa maîtresse; et lorsqu’il se sentait pressé par la faim, il allait dans quelques maisons voisines du Palais, où il trouvait à manger; il revenait ensuite se coucher à la porte de la Conciergerie.

Lorsque Marie-Antoinette eut perdu la vie sur l’échafaud, le chien veillait toujours à la porte de sa prison; il continuait d’aller chercher quelques débris de cuisine chez les traiteurs du voisinage, mais il ne se donnait à personne, et il revenait toujours au poste où sa fidélité l’avait placé: il y était encore en 1795, et tout le quartier le désignait sous le nom de Chien de la Reine.

Le 14 juillet ne célèbre pas la prise de la Bastille

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Fichier: Fête de la panorama.jpg de la fédération

À l’imitation des fédérations régionales de gardes nationales qui avaient commencé dans le Midi dès août 1789 et s’étaient étendues à toute la France, La Fayette, commandant de la Garde nationale de Paris, fait organiser à Paris pour l’anniversaire de la prise de la Bastille une fête nationale de la Fédération.

Le 14 juillet commémore, en fait, la fête de la Fédération qui a eu lieu le 14 juillet 1790. Depuis l’été 1789, devant l’affaiblissement du pouvoir central et pour faire face aux troubles, se sont constituées dans les provinces françaises des fédérations de gardes nationaux. Ces milices de citoyens sont formées sur le modèle de la garde nationale de Paris que commande le marquis de La Fayette. Ce dernier décide de créer une grande fédération nationale réunissant les représentants des fédérations locales. S’inspirant des fêtes civiques spontanées qui ont lieu un peu partout dans les départements, il organise le 14 juillet 1790 à Paris sur le Champ-de-Mars une grande fête de la Fédération qui, tout en commémorant la prise de la Bastille, marquera la réconciliation et l’unité du peuple français.

La fête de la Fédération, tableau de Charles Thévenin, musée Carnavalet
La fête de la Fédération, tableau de Charles Thévenin, musée Carnavalet

Dès le 1er juillet 1790 les travaux commencent pour transformer le Champ-de-Mars en un vaste cirque qui doit pouvoir accueillir 100 000 personnes et au centre duquel s’élève l’autel de la Patrie. Les travaux d’aménagement pour lesquels on fait appel à la bonne volonté des Parisiens se déroulent dans un climat de fraternité et d’enthousiasme. Les ouvriers du faubourg Saint-Antoine côtoient les bourgeois sur le chantier. On y voit même Louis XVI donnant un coup de pioche ou La Fayette en bras de chemise.

100 000 Parisiens au Champ-de-Mars pour la fête de la Fédération
100 000 Parisiens au Champ-de-Mars pour la fête de la Fédération

Le jour dit quelque 100 000 soldats fédérés arrivés de tous les départements entrent dans Paris et défilent de la Bastille au Champ-de-Mars. Louis XVI, Marie-Antoinette et le dauphin prennent place dans le pavillon dressé en face de l’école Militaire; côté opposé, un arc de triomphe a été élevé. Sur les tribunes se massent 260 000 Parisiens. Une messe est célébrée par Talleyrand. Puis vient le point d’orgue de la cérémonie. La Fayette prête serment de fidélité à la Nation, au Roi et à la Loi, serment que répète la foule. Louis XVI jure fidélité aux lois nouvelles et accepte la Constitution. Un Te Deum conclut cette journée qui se termine sous les vivats et au milieu des embrassades. La monarchie n’est pas contestée, la Révolution est entérinée, et l’union nationale célébrée. Cette unité sera de courte durée. Moins de trois ans plus tard la République est proclamée et Louis XVI exécuté

Fête nationale du 14 juillet 1880, haut-relief en bronze de Léopold Morice, Monument à la République, place de la République, Paris, 1883 / Roi Boshi
Fête nationale du 14 juillet 1880, haut-relief en bronze de Léopold Morice, Monument à la République, place de la République, Paris, 1883 / Roi Boshi

Pendant un siècle la commémoration du 14 juillet est abandonnée. La IIIe République cherche à consolider le nouveau régime et souhaite un imaginaire national qui lui soit propre. En 1880 la Marseillaise est adoptée comme hymne et Benjamin Raspail, le député de la Seine, propose de retenir le jour de la prise de la Bastille pour date de la fête nationale. Mais certains députés arguent des violences qui ont marqué cette journée. C’est donc finalement la fête de la Fédération, plus consensuelle, qui est retenue comme événement à célébrer. Le défilé militaire instauré dès cette époque s’inspire en outre du défilé des fédérés.

Si la fête nationale commémore officiellement la fête de la Fédération, le 14 juillet reste dans la mémoire collective la date de la prise de la Bastille.

Olivier Tosseri

« 150 idées reçues sur l’histoire » & « Wikipédia »