Martiens

Prophéties

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Il ne s’agit pas des prédictions historiques plus ou moins célèbres, plus ou moins précises,  qu’on a rappelées depuis le début de la guerre, ni de celle d’Hermann, moine du monastère de Lehnin dans le Brandebourg, concernant la destinée des Hohenzollern, et qui date de 1240.

Il n’est pas non plus question de la prophétie de Mayence, publiée en 1854, selon un manuscrit très ancien découvert dans un vieux monastère fondé par Sainte-Hildegade, et qui annonce la Bataille du champs des Bouleaux , ni de de celle du frère Johannès, (moine inconnu) dite aussi prophétie de l’Antéchrist, qui date de 1600 sur l’Empereur-Roi qui n’a qu’un bras et qui est fils de Luther, et sur la guerre universelle à la fin de laquelle le Coq, le Léopard et l’Aigle Blanc, triomphent de l’Aigle Noir et de l’autre Aigle, et chassent le Croissant.

Toutes, la dernière surtout à cause de la singulière vérité de ses détails, ont été lues avec curiosité car, dans les époques de grandes crises, les hommes, certains du moins, sont plus accessibles au surnaturel et le désir d’entrevoir l’avenir devient pour eux plus impérieux. 

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Mais les vrais prophètes de la guerre sont, si étrange que cela paraisse, des écrivains, dont l’imagination a su déduire logiquement ce qui serait de ce qui était. Dans leurs oeuvres, ce qui n’apparaissait que comme des fantaisies, attachantes sans doute mais irréalisables, frappe maintenant comme une vision logique réalisée par les terribles conditions scientifiques imposées à la guerre moderne. Du reste, ce n’est pas « des » écrivains qu’il faut dire, c’est « un » écrivain : l’anglais H.-G. Wells, dont le plan de guerre aérienne suscite un puissant intérêt chez nos alliés. A la suite des exploits de nos avions il a recommandé on le sait, dans une lettre publique, de porter le combat dans les airs en fabriquant des milliers d’aéroplanes qui, entre autres opérations, iraient détruire Essen, le grand centre des armements allemands.

La guerre actuelle, disent les personnalités compétentes est si peu stratégique qu’elle ouvre la porte à toutes les conceptions. Les idées de Wells méritent d’autant plus, semble-t-il, d’être prises en sérieux examen que, dans la suite de ses extraordinaires volumes, si magistralement traduits pour nous par B. Kozakiéwicz et Henry-D. Davray, il a su imaginer certains moyens de combat aujourd’hui réalisés et en outre annoncer, avec une étonnante clairvoyance, les aspects de la lutte et quelles seraient les puissances qui y prendraient part. Et il prédit la défaite de l’Empire allemand, c’est à dire l’expression organisée de l’esprit agressif allemand.

Dans Anticipations, paru en 1901. (remarquez cette date), dans la Fortnightly Review, Wells a prédit une guerre des Empires du centre, contre la Russie, l’Angleterre et la France alliées. Dans la Guerre des Mondes, il a prédit, avec la Fumée noire des martiens, les gaz asphyxiants des Allemands. De ceux-ci il a décrit le brutal appétit de domination mondiale et la préparation systématique de l’agression dans la Guerre dans les airs qui aurait pu être un enseignement pour ses concitoyens, en leur indiquant ce que pouvait être la lutte… Il est impossible de citer chacune des prévisions de cet étonnant génie, une des plus frappantes est celle qui envisage les conditions de la guerre de tranchées, et la création de Cuirassés de terre, forteresses blindées et mouvantes qui les franchissent en avançant à l’aide de pieds articulés. 

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On s’aperçoit en lisant Wells qu’il est un précurseur scientifique autant qu’un romancier d’un intérêt incomparable. Il fut du reste, homme de sciences avant d’être homme de lettres et cela explique toute la solidité de ses conceptions, toutes leurs possibilités ingénieuses et logiques. Déjà, avec Jules Verne, nous avions entrevu que les fictions imaginées par un romancier, même par un romancier pour les enfants pouvaient devenir des réalités. Ses sous-marins et ses machines volantes n’étaient certainement pas admissibles pratiquement, mais, ils étaient du moins l’intention générale, l’indication de ce qui serait, de ce qui est maintenant, réalisé.

Il y a quelques années des admirateurs de Wells proposèrent sérieusement de fonder pour lui une chaire de Prophéties modernes. Dans ce temps-là pourtant on ne savait pas encore à quel point il découvrait l’avenir. Depuis la guerre on se rend compte qu’il fut de ceux qui avaient « vu », avec le plus de netteté, avec le plus de logique. Les Anglais vont, peut être créer un ministère de l’Aviation et les journaux viennent de décrire leur super-biplan récemment établi. Ce n’est pas un mince honneur pour un romancier que de voir prendre en considération ses rêves par les chefs qui ont la tâche formidable d’organiser l’action, c’est à-dire la victoire. Ainsi le prophète moderne non seulement entrevoit l’avenir mais peut-être encore, contribue à le préparer…

Frédéric Boutet. « L’Ambulance / Croix verte. » Paris, 1915. 
Illustration d’en-tête : « La Guerre des Mondes. » Steven Spielberg (2005).

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Les Martiens

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Comment sont faits ces Martiens qui, suppose-t-on, nous font signe ? Plusieurs savants ont émis, à ce sujet, des hypothèses, dont voici les principales, rassemblées par Sergines, dans les Annales Politiques et Littéraires.

On peut imaginer, dit le président de l’Académie Royale de Londres, que les hommes de Mars sont grands parce que la pesanteur y est faible, blonds parce que la lumière y est atténuée, ont quelque chose, avec plus de gracilité, des membres de nos Scandinaves, et ont aussi probablement le crâne plus élargi.

Leurs yeux bleus sont plus grands et doués d’une faculté d’accommodation plus étendue : leur nez est également plus fort, leurs pavillons auditifs plus grands. Leur tête volumineuse, leur vaste poitrine, leurs membres longs et grêles, l’absence de taille séparant le thorax de l’abdomen, leur donnent un aspect général assez différent de celui que nous présentons. Leurs grands yeux, leur nez puissant, à narines mobiles, leurs larges pavillons auditifs constituent un type de beauté que nous n’apprécierions sans doute pas beaucoup. 

M. H.-G. Wells, auteur d’une Guerre des Mondes, a une autre idée des Martiens.

Les habitants de la planète Mars, écrit-il, ont d’énormes corps ronds, ou plutôt ils ont pour corps d’énormes têtes rondes d’environ quatre pieds de diamètre avec un visage au milieu. Ce visage n’a pas de nez, mais une paire de gros yeux de couleur sombre et immédiatement sous les yeux une sorte de protubérance charnue. A l’arrière du corps se trouve l’oreille. La bouche est entourée de seize tentacules effilés semblables à des jouets.  

M. Camille Flammarion n’est pas de cet avis.  

Les habitants de Mars ne peuvent qu’être pareils à notre espèce humaine. Ils doivent être plus grands, plus légers, d’une forme différente. Ils doivent être aussi plus beaux que nous et meilleurs. 

Le professeur Hyslop, dans les Annales des Sciences Psychiques, a tracé le portrait d’un Martien d’après un médium, Mme Smead. Elle s’est bornée à dire :

Les habitants de Mars, en chair et en sang, ressemblent à des Indiens de l’Amérique du Nord. 

La Presse, de Montréal, a publié, en 1900, deux images de Martiens. L’une d’après l’astronome Nicolas Climius, dont le nom ne nous est pas très familier. Pour Nicolas Climius, le Martien (il l’a dessiné) est un homme-arbre. Son tronc est un vrai tronc ligneux et ses bras sont des branches. Quand les Martiens sont en mouvement, on croirait voir marcher la forêt dans Macbeth.

Tout autre est le Martien pour sir Himpfry Davy’s.

Le Martien, après études, est de taille immense. Il ressemble à un humain. Mais ses membres sont d’un développement extraordinaire.  

En un mot, et c’est pour lui assurer le respect de certaines gens, le Martien a le bras long. 

Sergines. « L’Écho du merveilleux. » Paris, 1913.

Ces braves martiens

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Pour ceux qui ne le sauraient pas, rappelons que les martiens sont les habitants de Mars, comme les Parisiens sont les habitants de Paris. Ajoutons que Mars est une planète, tout comme la Terre elle-même. Si bien que, si Mars est habitée, ce qui n’est pas sûr, ses habitants, les martiens, pourraient être des hommes comme nous.

S’ils existent, il est à souhaiter que ces braves martiens soient animés de bons sentiments à notre endroit. S’ils nous voulaient du mal (au vrai on ne voit pas bien pourquoi ils nous en voudraient !) rien ne serait plus facile (?) pour eux que de nous laisser tomber des obus de 510, et même de beaucoup plus gros, sur la tête. Heureusement, nous allons être bientôt fixés, et nous allons savoir s’il faut préparer des abris bétonnés contre les cadeaux explosifs des enfants de Mars.

Un savant… un docteur, descendant si l’on en croit son nom, de Robinson Crusoë lui-même, le Dr Robinson, va pour peu de jours entrer en relations avec la planète Mars. Ce sera au moyen de la T.S.F. Ce serait presque aussi simple de se servir de l’avion, ou du…  » Comte Zeppelin », retour d’Amérique. Le Dr Robinson est sûr du succès. Il a pris ses garanties. Il est en relations télématiques !… avec une dame de Mars. Il le croit du moins. Cette dame étant bavarde, ce qui semble indiquer qu’il y a des ressemblances entre Martiens et Terriens, cette dame lui a dit qu’on était prêt là-bas à recevoir ses messages… (Je vois un « jeune » qui. rit !… « jeunes » ne riez pas ! C’est un docteur télépathe qui parle). Donc, au jour fixé, le Dr Robinson va envoyer des appels sur une longueur d’ondes de 13 kilomètres. Les membres de l’Académie Martienne des Sciences auront pris leur casque. Leur président sera prêt a nous répondre :

Quel honneur ! Monseigneur !…

En avons-nous de la chance ! Les Martiens, galants hommes, nous ont réservé la primeur de leurs interviews, M. le Dr Robinson nous le promet… Je ne demande qu’à le croire, mais il me reste plus d’un doute.

Comment Branly a-t-il fait part de sa découverte aux Martiens ? Si ce n’est pas Brandy, qui est-ce qui nous permet de supposer qu’il y a, sur le bord des canaux de Mars, une tour Eiffel ou un poste correspondant de Rugby d’où va partir l’appel de Robinson ? En quelle langue parlera-t-on ? Qui sont les interprètes ? Quand on songe que nos savants n’ont pas encore déchiffré certaines inscriptions étrusques; qu’il a fallu attendre Champollion pour « lire » les hiéroglyphes, nous avons le droit de demander si le Dr Robinson se moque de nous, et si les journaux qui nous annoncent sérieusement son expérience se paient notre figurine ! Au moins nous exigerons qu’ils y mettent le prix, et nous retiendrons cette nouvelle histoire pour mettre une sourdine à nos admirations pour le « Progrès » télépathique ou autre, et pour développer notre esprit critique à l’égard des dépêches des agences.

De cette façon le Dr Robinson nous aura tout de même rendu service.

« Les Jeunes. Courrier de quinzaine du Journal le Patronage. » Paris, 1928.

Signaux martiens

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La planète Mars éprouve de temps en temps le besoin de nous faire des signes. Ce sont les astronomes qui l’affirment. Le fait, constaté il y a quelques années déjà, vient de l’être, à nouveau.

On assure que l’observatoire de télégraphie lumineuse de Cape Clear, en Angleterre, reçoit tous les soirs à la même heure, un télégramme mystérieux qu’enregistrent ses appareils et qu’il n’a pas encore été possible de déchiffrer, bien qu’il se compose toujours des mêmes signes, Les astronomes sont tentés d’attribuer ce télégramme inter-astral aux habitants de la planète Mars qui chercheraient à entrer en relations avec nous,

M. Camille Flammarion, consulté, déclare que la chose est très possible, attendu que les Martiens sont très probablement plus avancés que nous dans leur évolution, et qu’ils doivent avoir trouvé depuis bien longtemps le fil à couper le beurre… et même à couper le télégraphe.

Mais la politesse exige que nous répondions. J’espère que nos astronomes s’y préparent.

« La Justice. »  Paris, 1906.
Illustration : Jean Ignace Isidore Gérard.