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Admission

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Pour être admis dans l’athlétique corporation des forts de la Halle, à Paris, il faut subir victorieusement un examen d’orthographe.

Pourquoi n’imposerait-t-on pas des épreuves sportives aux candidats médecins, aux aspirants avocats, aux professeurs de belles-lettres ? Ainsi se réaliserait, peu à peu la conception de l’idéale démocratie, où tous les citoyens (quelle que soit leur fonction) doivent posséder un corps robuste et sain, avec un esprit agile et cultivé.

Le fort de la Halle devrait se reposer en lisant Renan, et le philosophe se divertir à porter
des sacs de farine.

Paris, 1907.

Médecine grammaticale

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Le célèbre grammairien François-Urbain Domergue était un jour retenu au lit par une esquinancie qui menaçait de le suffoquer. Son médecin s’approche et lui dit :

 Si vous ne prenez ce que je vous ordonne, je vous observe que…
—Et moi je te fais observer, s’écrie le moribond, transporté d’une scientifique colère, que c’est bien assez de m’empoisonner par tes remèdes; faut-il encore qu’à mon dernier moment tu viennes m’assassiner avec tes solécismes ? Va-t’en !

A ces mots, prononcés avec impétuosité, l’abcès crève, la gorge se débarrasse, et grâce au solécisme, l’irascible grammairien est rendu à la vie.

Paris, 1833.

Saucisson homéopathique

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Tous les journaux ont parlé, la semaine dernière, d’Heinrich Heine, de son esprit européen, de ses prédilections françaises, de son génie. Fort bien, mais pourquoi n’a-t-on pas mis mieux en relief  l’esprit mystificateur du poète ? Une anecdote parue dans l’Ordre nous en donne un aperçu curieux .

Le célèbre moqueur, voyageant avec sa femme dans le midi de la France, fit la rencontre du violoniste Heinrich Wilhelm Ernst. Celui-ci le chargea, d’un superbe saucisson de Lyon, avec prière de le remettre à un médecin homéopathe de ses amis aussitôt après son arrivée à Paris. Heine accepta et partit. La route était longue, car le chemin de fer n’existait pas. Mme Heine eut faim et entama du saucisson, la largeur de sa langue : elle le trouva parfait. Henri Heine y goûta aussi et le trouva exquis. Bref, ce malheureux saucisson fit les délices de la route, et diminua tellement qu’à son arrivée à Paris Heine n’osa plus expédier au destinataire le tronçon qui lui restait… Mais bientôt il se ravisa, en coupa avec un rasoir une tranche mince comme une feuille de papier, et la mit sous enveloppe avec la lettre suivante :

Monsieur le docteur,

D’après vos investigations, il est acquis à la science que des millionièmes de parties produisent les plus grands effets. Acceptez donc ci-joint le millionième d’un saucisson de Lyon., que notre ami Ernst m’a chargé de vous remettre. Si l’homéopathie est une vérité, cette petite partie produira sur vous le même effet que le saucisson tout entier. 

Henri Heine.

N’est-ce pas charmant ?

« L’Européen. »Paris, 1929.

Potion magique

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Le médecin de la Conciergerie (prison de la Convention) avait une ou deux tisanes qu’il administrait sans distinction aux citoyens attaqués de différentes maladies.

Un jour il s’approche d’un lit, et tâte le pouls du malade.

  Ah ! dit-il , il est mieux qu’hier.
— Oui, citoyen docteur, il est beaucoup mieux; mais ce n’est pas le même. Celui d’hier est mort.
— Ah ! c’est différent. Qu’on fasse de la tisane.

« Journal des anecdotes anciennes. »  Paris, 1833.

Naissance de Sherlock Holmes

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Il y a bien longtemps, au printemps 1888, le médecin militaire anglais Arthur Conan Doyle, blessé à la jambe et dans l’obligation de prendre une retraite prématurée, s’installait à son compte.

Mais la clientèle n’affluant pas, il se mit à écrire des romans policiers pour augmenter ses maigres revenus. C’est ainsi que naquit le fameux détective Sherlock Holmes, dont les aventures ont été publiées dans toutes les langues. Conan Doyle n’était pas peu fier de sa réussite. Un jour, parlant à un haut fonctionnaire de Scotland Yard, il lui dit :

Sans ma blessure, je n’aurais jamais écrit et le plus grand détective du siècle n’aurait pas vu le jour. 
— Oh ! répondit l’autre, cela n’aurait pas fait baisser d’une unité la statistique de la  criminalité. Tandis que si moi, je m’étais improvisé médecin…
— Cela n’aurait pas diminué dans des proportions considérables la statistique de la mortalité, coupa Conan Doyle.

Et nos deux Anglais, comprenant l’humour, n’en restèrent pas moins bons amis.

« Ric et Rac : grand hebdomadaire pour tous. » Paris/Clermond-Ferrant, 1938.
Illustration : Sir Arthur Conan-Doyle, with his pipe, in around 1912. Photograph: E.O. Hoppe/E.O. Hopp /Corbis.