mège

A propos de sorciers

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Albert Anker
Albert Anker

Il faut bien qu’il y ait encore des gens qui croient à la magie ou à la sorcellerie, puisqu’on vient de juger à Lausanne un soi-disant magicien ou chercheur de trésors, qui réussissait à vivre de son métier, ou à peu près. Nous aimons à croire que les dupes du susdit personnage ont juré qu’on ne les y prendrait plus. Quoi qu’il en soit, et pour leur édification spéciale, nous leur donnons aujourd’hui quelques précieuses recettes, tirées d’un vieux manuel qui nous est tombé sous la main, et qui paraît avoir appartenu à un mège de village, autant dire à un sorcier. Les bonnes gens qui aiment les secrets infaillibles du Grand Albert, et qui ont encore en vénération le Grand grimoire et la Clavicule de Salomon, y trouveront certainement leur compte. Nous ne garantissons ni le style, ni l’efficacité de ces merveilleuses recettes. (L. Favrat.)

Pour faire revenir quelque chose qui a été dérobé, quand il y aurait six jours, prends une pièce de quatre sous, et tu la fendras en croix, mais qu’il n’y ait point de pièce séparée, et tu la porteras en bas à un moulin qui moud, sans dire mot à personne, ni en allant ni en revenant; et en le mettant dans le moulin tu diras :

Tiens, diable, que tu me fasses rendre ce que tu m’as fait dérober; et que le diable qui a emporté le larron et le larcin, t’emporte jusques à tant que tu me l’aies fait retourner. Ou bien, tu jetteras un cruche dans le moulin qui mout, sans dire mot à personne, que comme ci-dessus; qu’il ait la croix d’un côté et de l’autre, et tout le larcin reviendra, moyennant qu’il n’y ait que vingt-quatre heures que le larcin ait été fait. Mais tu feras trois signes de croix.

Pour faire danser tous ceux qui sont dans une chambre, prenez du trèfle ou triolet, et le mettre en poudre, et de cette poudre vous en mettrez sur la chandelle et en jetterez par la chambre.

Pour rendre le vin propre à boire, prenez deux fioles, remplissez l’une d’eau et l’autre de vin; mettez-les vis-à-vis l’une de l’autre, et bouchez-les toutes deux avec une cheville de bois de sureau, qui soit propre et qui joigne bien; que le vaisseau de l’eau soit dessus, celui du vin dessous, tous deux bouchés avec la même cheville; au bout de 6, ou 8, ou 14, ou 20, ou 24 heures, ou d’un certain temps, le vin se trouvera dessus et l’eau dessous; éprouvez le vin qui a fait ce voyage, il ne cause aucun mal à personne, et même les malades peuvent en boire tous les jours un peu.

Pour donner la joie à ceux qui sont en banquet, mettez tremper quatre feuilles de verveine en du vin, arroser le lieu où se fera le repas, et ils seront tous contents el joyeux.

Pour prendre les taupes du pré au mois de mai, prenez une taupe en vie, et la mettez dans un pot de terre avec un peu de soufre; allumez, enfouissez en terre jusqu’au col le dit pot, la taupe criera et toutes les autres viendront et tomberont au dit pot; mais il faut que ce soit la nuit.

Pour faire passer les verrues, frottez-les fermement avec un morceau de chair de boeuf, presque jusqu’au sang, et l’enterrez; à mesure que la chair pourrira, les verrues disparaîtront.

Le véritable remède pour les chutes, pour empêcher que le sang ne se caille : Buvez un jaune d’oeuf en du vinaigre, cela empêche le sang de se cailler.

Pour rougeur et inflammation des yeux : Il faut appliquer et lier fortement sur la nuque de la personne affligée de la racine de mauve cueillie quand le soleil est au signe de la Vierge.

Pour se battre avec un autre, il faut prendre de la racine à neuf chemises, du chardon bénit el de la racine ä l’ours, et coudre cela à la ceinture de ses chausses, et quand on voudra attaquer quelqu’un, on mangera trois fois, gros comme un pois, de la racine de grande pimprenelle, en faisant sur soi trois fois le signe de la croix, et il n’y aura jamais homme qui vous puisse faire tourment.

Pour empêcher chien de te mordre, porte avec toi la dent d’un chien noir.

Pour guérir la rage et morsure de chien enragé, dites ou faites dire ces mots : Han, pax, max. Ou bien portez sur vous ces mots pendus au col : Berber, careau, redeat.

« Le conteur vaudois : journal de la Suisse romande. » 1864.