ménagerie

Dans la cage aux lions

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bebe-dompteurBostock, le dompteur très populaire chez les Parisiens de Montmartre, vient de se faire à moitié dévorer par son lion favori. On espère qu’il en reviendra, mais il est blessé grièvement. 

A propos de cet accident, on raconte des histoires émouvantes. Je n’en sais pas de plus drôle que celle de ce lourdaud de paysan qui avait été engagé à l’improviste pour  remplacer le garçon d’une ménagerie, renvoyé. Le patron lui avait simplement dit qu’il devait, le matin, balayer la cage des lions. Mais, au lieu de le faire comme on le fait d’ordinaire, en passant le balai dans l’espace laissé libre entre les barreaux, le naïf balayeur était entré dans la cage aux lions… Comme ceux-ci grognaient, il les avait crosses à coups de balai sur le mufle, en les appelant « sales bêtes ». Et, ceci, sans inconvénient. 

On dit que les fauves prisonniers, du seul fait de se sentir captifs, perdent la moitié de leur énergie. Les dompteurs ont, du reste, un moyen scientifique de réduire les fauves : c’est de se laisser mordre deux ou trois fois le bras recouvert d’une cuirasse hérissée de pointes. L’animal, qui raisonne et ne se trompe jamais dans les raisonnements simples, en conclut que l’homme est une sorte de porc-épic terrible auquel on ne peut toucher sans se blesser. De là, lui vient cette terreur que des dompteurs habiles ont laissé croire due à la puissance du regard de l’homme et à une sorte d’admiration que son courage cause à la bête. 

Tout de même, le métier a ses périls. Bostock en sait quelque chose. 

« Les Annales politiques et littéraires. » Paris, 1905.

Le léopard de la tour de Londres

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menagerie-londres-tourSamedi dernier, un jeune homme, nommé Croney, s’occupait dans la cour où sont placées les cages qui renferment les bêtes féroces, à balayer les os qui restaient de leur curée.

Le jeune homme aperçut soudain l’un des léopards qui ouvrait avec sa patte la porte de sa cage, que son gardien avait négligé de fermer au verrou.

A peine Croney avait-il eu le temps de reculer quelques pas, que l’animal furieux se précipita sur lui. Le malheureux jeune homme cherchait en vain un refuge derrière quelques pièces de bois, lorsque le léopard l’atteignit par derrière, et, lui enfonçant ses énormes griffes dans ses reins, le saisit à l’épaule.

Croney appela au secours. Les gardiens arrivèrent et tâchèrent de séparer l’animal de sa proie, mais voyant qu’il était impossible de lui faire lâcher prise, ils l’étourdirent en lui assénant plusieurs coups terribles sur la tête.

On parvint enfin à dégager Croney, mais non sans que son cou et ses épaules fussent horriblement déchirés.

« Le Pirate. » 1830, Paris.

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Les bêtes « étranges »

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Louis XI, qui, entre autres passions, avait celle des bêtes « étranges », en avait une véritable ménagerie au Plessis-lèz-Tours : lions, antilopes, dromadaires, autruches. La Sicile, la Tunisie, la côte de Guinée l’en pourvoyaient.

Est-ce à cette manie qu’il faut attribuer l’idée raffinée de mettre ses prisonniers en cage comme des animaux malfaisants ? Il voulut se débarrasser un jour d’un certain Antoine de Châteauneuf, seigneur du Lau, et dessina de sa propre main une cage qu’il ordonna de construire; mais l’amiral de France s’y refusa. Un autre prisonnier fut moins heureux : ce fut le cardinal Balue. Il resta douze ans enfermé dans une cage circulaire en forme de cul-de-bouteille et très basse de plafond, qui ne lui permettait ni de se lever ni de se coucher; suspendue dans le vide par de légères poutrelles, elle était fréquemment visitée par le cruel souverain qui narguait Balue.

Celui-ci survécut à cette effroyable captivité, qui en eût tué d’autres, moins bien trempés que lui. Ces hommes de jadis étaient d’une vigueur dont on ne peut se faire une idée : comparez le cachot sans air et infect du château de Loches où Saint-Vallier vécut tant d’années et les palais pénitentiaires où végètent nos intéressants forbans d’aujourd’hui, et demandez-vous après cela si notre race n’est point en décadence.

 MM. P.-A. Changeur et A. Spont. « Les grandes infortunes. »  Paris, 1890.

Plus fort que les pruneaux

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On sait qu’une lionne et son lionceau, échappés d’une ménagerie, se sont enfuis et cachés dans les forêts autour d’Agen.

Les gardes champêtres des villages  ont tendu de grands filets pour prendre les deux fauves (les closeries d’Agenais) et les plus intrépides chasseurs du pays ne sortent plus sans leur Lefaucheux bien garni.

Enfin, la terreur règne au pays d’Agen et les pruneaux eux-mêmes n’y ont jamais produit de tels effets. C’est ce que nous appellerons la « foire du Lion ».

« Le Quotidien de Montmartre : journal hebdomadaire. »  Paris, 1930.
Illustration : Benjamin Rabier.

Tortue sentimentale…

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Le commissaire du quartier des Arts-et-Métiers, faisant perquisition dans le logement d’un voleur arrêté par ses soins, y trouva deux tortues de la grande espèce, dont une était encore vivante, et qui avaient été volées en plein jour au Jardin des Plantes. La survivante fut immédiatement rendue au gardien et réintégrée dans son enceinte gazonnée.

L’opinion générale refuse à la tortue toute intelligence. Cependant, à peine cet animal fut-il placé dans son enclos, qu’il parut se reconnaître, donna des signes non équivoques de la joie la plus vive, se plaça successivement dans tous les endroits où il avait l’habitude de se tenir, alla se baigner dans son bassinet sembla heureux de reprendre possession de tous les lieux qui lui étaient chers.

Voilà, on en conviendra, une tortue sentimentale qui était tombée en de bien mauvaises mains. Vous verrez, si l’on n’y prend garde, que les hardis coquins emporteront quelque jour, sous leur manteau, les lions de la ménagerie.

« Le Siècle illustré : littérature, romans, histoire, causes célèbres, voyages, nouvelles diverses, chanson. »  Paris, 1862.

L’amitié d’un crocodile

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La ménagerie Bostock, actuellement à Londres, possède un petit crocodile de quelques jours. Le petit monstre est confié aux soins de Mlle Siva, une Indienne.

L’autre jour, après son repas, le jeune crocodile s’échappa de son box et sauta dans le bassin où les grands alligators prennent leurs ébats. Comme quelquefois les grands crocodiles mangent les petits, Mlle Siva s’élança, au péril de sa vie, au secours du bébé alligator.

Un des terribles animaux, la gueule ouverte, s’apprêtait à fondre sur la jeune fille, quand un autre des pensionnaires le réduisit à l’impuissance en lui happant la mâchoire.

L’animal qui a ainsi sauvé la jeune Indienne est un vieux crocodile de soixante-dix ans, pour qui Mlle Siva montrait de l’affection, et qui, sans doute, le lui rendait.

«  Les Faits divers illustrés. N° 145. » Paris, 1908.