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Diogène à Paris

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En 1742, on vit à Paris un hardi mendiant qui, dit-on, avait du génie, de la force dans les idées et dans l’expression. Il demandait publiquement l’aumône, en apostrophant ceux qui passaient, et faisant de vives sorties sur les différents états, dont il révélait les ruses et les friponneries.

Ce nouveau Diogène n’avait ni tonneau ni lanterne. On appela son audace effronterie, et ses reproches des insolences. Il s’avisa un jour d’entrer chez un fermier général avec son habillement déchiré et crasseux, et de s’asseoir à table, disant qu’il venait lui faire la leçon et reprendre une portion de ce qui lui avait été enlevé. On ne goûta point ses incartades, et comme il avait le malheur de n’être pas né il y a deux mille ans, il fut arrêté et mis en prison.

Ce mendiant aurait dû savoir que ce qu’on regardait à Athènes comme une hardiesse héroïque est regardé à Paris comme une folie punissable, et qu’en France plus qu’ailleurs toute vérité n’est pas bonne à dire.

« Tableau de Paris. » Louis-Sébastien Mercier. Neuchâtel, 1781.
Illustration : Jean-Léon Gérôme.

le Bottin des mendiants

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Il y a déjà quelque temps, la police parisienne arrêta un certain Alexandre Pretet, qui avait élevé la mendicité à la hauteur d’une institution. Il prenait, nous a raconté le Tout-Paris du Gaulois, des informations sur toutes les personnes riches et charitables de Paris.

On a trouvé sur lui une liste de noms, lesquels noms étaient invariablement suivis d’une note indiquant une grande connaissance du cœur humain.

Voici un extrait de cette liste :

M. le marquis de Boisgelin, 36, rue Saint-Dominique. – Dire qu’on est de l’Yonne.

M. le général Arnaudeau, sénateur, 53, rue du Four. – Dire qu’on est de la Haute-Vienne.

M. Cornil, sénateur, 19, rue Saint-Guillaume. – Dire qu’on est de l’Allier.

Mme de Tourville, 10, place des Vosges. – Bigote. Ne pas se présenter en personne. Faire une lettre où l’on expliquera sa situation misérable.

Mme la marquise de Talhouët-Roy, 13, faubourg Saint-Honoré. – Lui écrire, mais ne pas aller chez elle.

M. Bernard, directeur de la Belle-Jardinière. – Lui demander seulement des effets.

M. le prince d’Hénin, 18, rue Washington. – Joindre à la demande des certificats.

Mme la baronne Hottinguer, 8, boulevard Malesherbes. – Dire qu’on a beaucoup d’enfants.

« Journal littéraire, artistique et bibliographique. »  Paris, 1891.
Illustration : « La Belle et le Clochard. » Capture You Tube. 

Philippe le Bon et l’ivrogne

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Philippe le Bon, duc de Bourgogne, se promenant un soir à Bruges, trouva dans une place publique un homme étendu par terre, où il dormait profondément. Il le fit enlever, et porter dans son palais, où, après qu’on l’eut dépouillé de ses haillons, on lui mit une chemise fine, un bonnet de nuit, et on le coucha dans un lit du prince.

Cet ivrogne fut bien surpris, à son réveil, de se voir dans une superbe alcôve, environné d’officiers plus richement habillés les uns que les autres.

On lui demanda quel habit son altesse voulait mettre ce jour-là. Cette demande acheva de le confondre ; mais après mille protestations qu’il leur fit qu’il n’était qu’un pauvre savetier, et nullement prince, il prit le parti de se laisser rendre tous les honneurs dont on l’accablait.

Il se laissa habiller, parut en public, entendit la messe dans la chapelle ducale, y baisa le missel ; enfin on lui fit faire toutes les cérémonies ; il passa à une table somptueuse, puis au jeu, à la promenade et aux autres divertissements.

Après le souper, on lui donna le bal. Le bon homme ne s’étant jamais trouvé à telle fête, prit libéralement le vin qu’on lui présenta, et si largement, qu’il s’enivra de la bonne manière.

Ce fut alors que la comédie se dénoua. Pendant qu’il cuvait son vin, le duc le fit revêtir de ses guenilles, et le fit reporter au même lieu d’où on l’avait enlevé.

Après avoir passé là toute la nuit, bien endormi, il s’éveilla, et s’en retourna chez lui raconter à sa femme tout ce qui lui était effectivement arrivé, comme étant un songe qu’il avait fait.

« Almanach facétieux, récréatif, comique & proverbial. »  Paris, 1853.

Charité ingénieuse

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curéUn vieux prêtre fort pauvre venait de recevoir la visite d’un mendiant qui marchait pieds nus. Emu de tant de misère, il lui donna aussitôt une bonne paire de souliers neufs qu’il venait d’acheter.

Comment, monsieur l’abbé, vos souliers neufs pour ce vagabond ! lui dit sa servante. Vos vieux souliers auraient bien suffi.

Taisez-vous, Marguerite, dit le prêtre. Avec de vieux souliers, il serait revenu demain; avec des souliers neufs, je ne le reverrai pas de trois mois.