mendicité

La joie trouble l’ordre public

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« — Il est absolument interdit de chanter dans la rue » m’a-t-on répondu à la Préfecture de police. Cette fois, nous ne tentons pas de supprimer la mendicité, mais de décongestionner la voie publique. Un permis de stationnement ne peut être accordé que pour les rues barrées, pour les quartiers en reconstruction. Votre point de vue artistique et philanthropique est charmant, mais il aggrave encore le problème de la circulation. »

La réponse était définitive. J’ai fait une enquête dans un certain nombre de commissariats  pour connaître les ravages causés par ce décret. Certains bureaux, comme ceux du dixième arrondissement, ne reçoivent presque jamais la visite des chanteurs ambulants. Il semble que ce soit à Montmartre et dans les quartiers ouvriers que les vagabonds se montrent le plus audacieux et le plus indociles. C’est là, en effet, que la foule leur prête son appui. Sur les boulevards, on marche trop vite. La vie devient un tourbillon et le vent couvre tous les refrains. 

Bien souvent, les chanteurs ambulants ne sont emmenés qu’au poste de police. Ils y passent quelques heures et sont bientôt relâchés. On nous avait déclaré qu’ils étaient parfois retenus pendant une demi-journée. La police nous affirme qu’à moins de rébellion et d’injures, le cas ne se produit jamais.. 

Quoi qu’il en soit, Paris devient lugubre. On arrache les fleurs des jardins et les mendiants de la rue. Que trouve-t-on sur les deux rives, sur les boulevards, dans les faubourgs ? De la tristesse et de la ferraille, des limousines et des sanglots. A qui ferons-nous la charité de-main ? Qui donc nous donnera l’illusion de notre bonté ? Personne. 

A moins que les vagabonds ne finissent par triompher et que la rue ne s’emplisse a nouveau de romances et de lazzis. Les mendiants, voyons, cela ne meurt jamais ! 

Jacques Laroche. Paris, 1923.
Photo :© Gaston Paris / Roger-Viollet.

Suivant que vous serez

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ministres

Ministres et députés compromis dans des scandales sont pour la plupart libres comme l’air. Mais…

Extrait des condamnations prononcées par le tribunal correctionnel de Saint-Lô dans la seule journée du 12 janvier 1934.

Joseph L….., 32 ans, et sa femme, née Berthe A….., 39 ans, ont été arrêtés à Saint-Martin-de-Bonfossé, le 9 janvier, en flagrant délit de mendicité.

J’avais envie de manger de la galette, déclara l’épouse qui est sur le point d’être mère.

Chacun quinze jours de prison.

Aurélie L………., 61 ans, a mendié à Tessy. Une dixième condamnation d’un mois de prison lui est infligée.

Emile L……., 55 ans, a été arrêté le 5 janvier à Torigny pour mendicité : quinze jours de prison.

Qui donc disait que la justice n’était pas ferme et expéditive ?

le Bottin des mendiants

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Il y a déjà quelque temps, la police parisienne arrêta un certain Alexandre Pretet, qui avait élevé la mendicité à la hauteur d’une institution. Il prenait, nous a raconté le Tout-Paris du Gaulois, des informations sur toutes les personnes riches et charitables de Paris.

On a trouvé sur lui une liste de noms, lesquels noms étaient invariablement suivis d’une note indiquant une grande connaissance du cœur humain.

Voici un extrait de cette liste :

M. le marquis de Boisgelin, 36, rue Saint-Dominique. – Dire qu’on est de l’Yonne.

M. le général Arnaudeau, sénateur, 53, rue du Four. – Dire qu’on est de la Haute-Vienne.

M. Cornil, sénateur, 19, rue Saint-Guillaume. – Dire qu’on est de l’Allier.

Mme de Tourville, 10, place des Vosges. – Bigote. Ne pas se présenter en personne. Faire une lettre où l’on expliquera sa situation misérable.

Mme la marquise de Talhouët-Roy, 13, faubourg Saint-Honoré. – Lui écrire, mais ne pas aller chez elle.

M. Bernard, directeur de la Belle-Jardinière. – Lui demander seulement des effets.

M. le prince d’Hénin, 18, rue Washington. – Joindre à la demande des certificats.

Mme la baronne Hottinguer, 8, boulevard Malesherbes. – Dire qu’on a beaucoup d’enfants.

« Journal littéraire, artistique et bibliographique. »  Paris, 1891.
Illustration : « La Belle et le Clochard. » Capture You Tube. 

Mendicité industrielle

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mendiants.

Le préfet de police a résolu de mettre fin a l’exploitation organisée par les mendiants à Paris.

Les commissaires de police ont reçu l’ordre de se livrer à une enquête sur ces industriels et d’en faire le recensement. A la suite de cette enquête, les mendiants signalés seront
divisés en deux catégories : les « intéressants », qui seront placés dans les asiles et les dépôts de mendicité, et les « non intéressants », dont on s’efforcera d’amener la disparition par tous les moyens possibles.

« La Revue des journaux et des livres. »  Paris, 1887.
Illustration : « Les mendiants » d’après Boucher; gravé par Watteau. Service de documentation photographique de la Réunion des musées nationaux.