Méphistophéles

Satan n’a pas toujours été un démon

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satanForce du mal absolu, Satan incarne dans La Bible le monstre malfaisant. Satan à l’origine est un homme. Le nom commun satan, qui signifie en hébreu « l’adversaire » ou « l’accusateur », apparaît à plusieurs reprises dans l’Ancien Testament. Mais il n’est pas une force du mal, car, pour les Juifs, Dieu est une puissance totale qui n’a pas en face de lui une puissance antagoniste mauvaise.

Le prophète Zacharie voit « Josué le grand prêtre debout devant l’Ange du Seigneur et le satan se tenait à sa droite pour l’accuser ». Il est clair qu’ici le satan jour le rôle de procureur. Il n’incarne pas le mal et est autorisé à se présenter devant le Seigneur.

Dans le Livre de Job, les fils de Dieu se rendent à l’audience du Seigneur et le satan se trouve parmi eux. Ce satan dit au Seigneur « qu’il parcourt la Terre. Il rôde pour observer les hommes, noter leurs mauvais comportements et en rendre compte à la cour du Seigneur. Le satan se montre sceptique lorsque Dieu s’enorgueillit de la vertu de Job et il le met au défi d’accabler Job de malheurs pour voir si cet homme restera intègre et droit ».

Le satan n’est pas directement responsable des malheurs de Job et, en bon procureur, se contente d’avancer que la vertu de Job est tributaire des bienfaits qu’il a reçus de Dieu.

Le satan « adversaire » devient Satan, nom propre sans article, dans un texte des Chroniques qui, reprenant un passage du Livre de Samuel (« La colère du Seigneur s’enflamma contre Israël et incita David à organiser un recensement. »), le traduit par : « Satan se dressa contre  Israël et incita David à dénombrer Israël. » L’auteur des Chroniques (IVe-IIIe siècle av. J.C.) a trouvé impossible d’attribuer à Dieu une action mauvaise et par conséquent il personnifie les forces du mal hostiles à Dieu par ce Satan.

Dans la littérature intertestamentaire (textes rédigés entre l’Ancien et le Nouveau Testament), Satan occupe une place importante. On le présente comme étant à l’origine un ange déchu qui a été chassé du jardin d’Eden et il est parfois assimilé au serpent qui tente Adam et Eve. La Règle de la communauté de Qumran explique que Dieu a créé deux esprits, celui de la Lumière et celui des Ténèbres. Les hommes conduits par l’esprit de vérité sont les fils du Prince des Lumières, leurs adversaires sont les les fils du Prince de Ténèbres.

Les auteurs du Nouveau Testament évoquent souvent Satan par sa traduction grecque diabolos (diviseur). Satan tente Jésus dans le désert, il est l’adversaire du royaume de Dieu. L’Apocalypse évoque la lutte de celui qu’on nomme « Diable et Satan » contre l’église. Jean donne plusieurs surnoms à ce Prince du monde, le Malin, le Serpent primitif, l’Ange de l’abîme, Abaddon ou Apollyon (« Destructeur » en hébreu et en grec), la Bête. Satan est l’ennemi par excellence, mais il n’est pas l’égal de Dieu.

Ce n’est qu’à partir du Moyen Age que Satan occupe une place croissante dans la religion chrétienne. Il est devenu une force égale et opposée à Dieu. Il porte différents noms: Lucifer, Belzébuth ou Méphistophélès. Il est le souverain de l’Enfer où il dirige une armée de démons. Il est doté d’un aspect monstrueux, son corps étant composé de parties de bêtes malfaisantes, réelles (serpent, chauve-souris) ou imaginaires (dragon). Il est capable de prendre toutes les apparences pour venir tenter les mortels.

Catherine Salles/Historia « 150 idées reçues sur l’histoire.«