Mercure galant

L’oeil battu

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L’argot est fertile en expressions aussi pittoresques qu’imaginées. Mais on aurait grand tort de leur attribuer à toutes une invention récente, car certaines ont plusieurs centaines d’années d’existence.

Ainsi l’expression : « Je m’en bats l’oeil » dont la traduction signifie : je me soucie fort peu de ceci ou de cela se trouve dans une lettre jusqu’à présent inédite de Mme Roland. Un chercheur érudit, remontant encore plus avant dans l’histoire se fait fort de démontrer, texte en main, que « s’en battre l’oeil » est une formule que l’on retrouve, dans le Mercure Galant de Boursault, c’est-à-dire sous le règne de Louis XIV…

Décidément c’est bien l’occasion de s’écrier :  Nihil novi sub sole !*

*Rien de nouveau sous le soleil !

« Ma revue. » Paris, 1907.
Illustration : Philippe Noiret dans « Alexandre le bienheureux » d’Yves Robert, 1968.

Le gâteau des Rois

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Tableau de Jean-Baptiste Greuze représentant le grand-père faisant tirer les parts au plus petit de la famille. Une petite  mendiante, qu'on a laissée entrer, guette la pari des pauvres.
Tableau de Jean-Baptiste Greuze représentant le grand-père faisant tirer les parts au plus petit de la famille. Une petite mendiante, qu’on a laissée entrer, guette la part des pauvres.

On n’est pas d’accord sur l’époque à laquelle il faut faire remonter l’usage de manger un gâteau contenant une fève, le jour des Rois. Toujours est-il que cette coutume très ancienne est encore en honneur dans la plupart des familles, qui saisissent cette occasion pour se réunir chaque année.

Un des rares journaux publiés au XVIIème siècle, le Mercure galant, nous apprend que Louis XIV conserva toujours l’usage du gâteau des Rois, et il cite notamment la fève tirée à Versailles en janvier 1684, qui servit de prétexte à un grand festin et à force divertissements.

Un gâteau des Rois qui a aussi son histoire est celui qui fut tiré par Louis XV en compagnie de ses trois petit-fils. Le hasard fit qu’en coupant le gâteau, il coupa aussi la fève en trois morceaux. Ce prince superstitieux vit dans ce fait, insignifiant en apparence, l’annonce prophétique du règne et des malheurs des trois frères, qui devinrent, en effet, Louis XVI, Louis XVIII et Charles X.

A cette époque, les superstitions ne se rencontraient pas seulement à la cour. Dans les campagnes, le jour des Rois, le père de famille appelait à sa table tous ses enfants, même ceux qui étaient au berceau, de peur que ces derniers ne fussent tourmentés par le démon et jetés à terre. La mère qui avait un enfant sous les drapeaux enfermait dans son armoire une part du gâteau, appelée la part à Dieu, et, si elle se conservait, cela voulait dire que son fils se portait bien.

« Le Petit Français illustré »  Paris, 1890.