Mexique

Le mystère des rêves

Publié le Mis à jour le

batista-dossi

Les rêves ont toujours éveillé la curiosité des hommes. A Delphes, dans l’ancienne Grèce, on endormait la Pythie au moyen de vapeurs méphitiques qui s’échappaient d’une ouverture naturelle et les paroles incohérentes de son cauchemar dictaient les décisions aux heures graves que traversait le pays. Cela, ni mieux ni pis qu’aujourd’hui. Depuis Joseph et Putiphar, les clefs des songes se sont disputé avec les tarots et le marc de café la faveur des foules. Les marchands d’espoir n’ont jamais été à la baisse.

Le sommeil n’est pas toujours une petite mort. Nous vivons parfois dans nos rêves une vie intense dont le réveil ne nous laisse généralement qu’un assez vague souvenir. Fantasmagories qui se déroulent avec la rapidité de l’éclair, les rêves qui nous paraissent les plus longs ont à peine duré quelques secondes. Ainsi que les vagues d’une mer tumultueuse, mille visions, sentiments ou souvenirs s’agitent plus ou moins incohérents lorsque cesse le contrôle de notre débandade d’écoliers affranchis de la surveillance du maître.

Et cependant, pour qui regarde bien, leur incohérence cache parfois une signification. Beaucoup de rêves sont liés à notre état de santé : une digestion pénible, une gêne circulative ou pulmonaire, la compression d’un membre, et voici notre sommeil agité de douloureux cauchemars. Nous rêvons d’un poids qui nous écrase la poitrine, d’un animal qui nous ronge un membre, ou bien nous sommes poursuivis par un danger que nos jambes se refusent à fuir. Ou encore nous nous balançons dans l’espace, nous faisons, une chute dont le choc nous réveille en sursaut. Les mêmes troubles de nos organes provoquent des images très comparables, comme si le rêve avait son langage symbolique.

william-blake

Les poisons ont leur cauchemar : l’alcoolique voit courir des rats, l’opiomane ramper des serpents. Les sorciers indiens du Mexique utilisent, pour certaines pratiques, une plante sacrée, le pavot, qui déroule devant les yeux émerveillés le plus étonnant mirage de couleurs. Il y a même des rêves annonciateurs de maladies et le docteur Allendy, dans son intéressant ouvrage sur le rêve, cite le cas d’une fillette qui rêvait qu’un étau lui serrait la tête quelques jours avant que sa méningite fût déclarée.

Tout n’est pas obscurité et incohérence dans nos songes. Il semble que parfois une intelligence supérieure préside à notre sommeil. Ne vous est-il pas arrivé de voir s’imposer le matin, en toute clarté, à votre esprit, la solution d’un problème que vous avez inutilement cherché la veille ? C est souvent dans un état de demi-conscience que l’inspiration se manifeste chez les artistes. Tous les poètes l’ont éprouvé et Jean de la Fontaine composa en rêve sa fable des Deux Pigeons. Il semble qu’en rentrant dans le repos du sommeil, notre intelligence nous ouvre la porte d’un monde mystérieux où se manifestent d’étranges possibilités.

Les somnambules accomplissent la nuit, à l’état de rêves, les actes les plus périlleux avec une précision étonnante.

Il y a de nombreux exemples rigoureusement contrôlés de personnes qui reçoivent pendant le sommeil l’avertissement d’un malheur. Une angoisse inconnue ou une hallucination les réveille à l’instant même où meurt un être qui leur est cher, comme si les fils invisibles qui les reliaient étaient brusquement rompus. Certains médiums possèdent, à l’état de sommeil, la faculté de voir et de sentir à distance, et bien d’autres puissances qui échappent encore à la psychologie officielle.

Docteur Bertrand. « L’Union de Limoges. » 1928. 
Peinture : Battista Dossi, Allégorie de la Nuit.
Peinture : William Blake, The Night of Enitharmon’s Joy.

4

Un audacieux brigand 

Publié le Mis à jour le

dave-whiteUn des plus singuliers mystères des Etats-Unis c’est la sécurité avec laquelle certains brigands du Far-West et des Etats ou territoires de la côte du Pacifique peuvent entasser vols sur vols et meurtres sur meurtres.

L’un des plus remarquables spécimens de ce genre de sportmen, (car ces messieurs se considèrent comme tels) est un certain dévaliseur de trains qui opère lui-même sur la frontière de l’Arizona et du Mexique. Certains le croient de sang mêlé de blanc et d’Indien, mais il n’en est rien. Géroninio (c’est son nom de guerre) est simplement un Irlandais du nom de White, venu à Tombstone il y a quelque trois ans, et qui n’a jamais fait honnêtement oeuvre de ses dix doigts.cowboyJoueur de profession, mais trouvant que la fortune ne le favorisait pas assez vite, il se lança dans une carrière de crimes plus rémunérative. Le plus souvent seul, et parfois avec un confédéré du nom de Frederico, arrête les trains sur les lignes Atchison et Southern Pacific, force, le pistolet au poing, les voyageurs à lever les bras en l’air et à se laisser fouiller par lui de la main qui lui reste libre, et se fait bon an, mal an, de 250 à 275,000 fr. à cet ingénieux ou tout au moins audacieux métier. 

Et, dans ces trains pris d’une panique inexplicable, il n’est encore venu à la pensée de qui que ce soit de lui brûler plus ou moins proprement la cervelle. Et la police, qui sait, ou devrait savoir où ils se trouve entre chacune de ses audacieuses expéditions, n’ose pas le toucher du bout du doigt, malgré les 30,000 fr. de récompense offerts pour sa capture par les gouverneurs d’Arizona et de Sonora.cowboy-1C’est qu’il a déjà tué plus de vingt mineurs, voyageurs ou détectives, et personne ne se soucie de partager leur sort. Tout homme visé par lui était d’avance un homme perdu. Et, sans l’ombre de vergogne, il visite, quand il lui plaît, les villes les plus civilisées de la frontière, y boit, mange, joue au billard, puis s’en retourne tranquillement dans les bois ou ailleurs, sans être suivi ni molesté par personne.

Son dernier exploit a été le vol d’une somme énorme à la Compagnie de messageries Wells et Fargo, de San Francisco. Toute la presse du Nord essaie par ses railleries de secouer l’apathie de la police du Pacific, mais autant en emporte le vent. Les journaux de l’Arizona se contentent de crier aux confrères de New York : 

« Venez donc essayer, vous autres ! »

« L’Oued-Sahel. » 1889.
Peinture de Dave White.
Photos : « Il était une fois dans l’Ouest. » Sergio Leone, 1969.

La loi sur les culottes

Publié le Mis à jour le

pancho-villa

On sait que les Mexicains ne portent ordinairement, quand il fait chaud, qu’une chemise et de larges caleçons en coton appelés calzoncillos, La législature de Zacatecas, prenant les intérêts de la civilisation et de la décence, a décrété : 

Article premier. L’usage des calzoncillos à l’extérieur est désormais prohibé dans tout l’Etat. Des pantalons ou des culottes leur seront substitués. 

Art.2. Si, dans deux mois après la publication de ce décret, ses dispositifs ne sont pas exécutés, tous les contrevenants payeront une amenda de 1 fr. 25 c. par mois au profit du Trésor public.

« Le Voleur illustré. » Paris, 1869.

Superstitions

Publié le

inondation

Les anciens attachaient des idées superstitieuses à l’intempérie des saisons. Ainsi, les Hérules massacraient leur roi quand des pluies détruisaient les biens de la terre.

« Six choses, disent les anciennes lois d’Irlande, témoignent de l’indignité d’un roi : opposition illégale dans le conseil, infraction aux lois, disette, stérilité des vaches, pourriture du fruit, pourriture du grain mis en terre. Ce sont là six flambeaux allumés pour faire voir le mauvais gouvernement d’un roi. » 

L’historien espagnol Antonio de Solís y Ribadeneyra raconte que lorsque l’empereur du Mexique montait sur son trône, on lui faisait jurer que, pendant son règne, les pluies auraient lieu suivant les saisons, qu’il n’y aurait ni débordement des eaux, ni stérilité de la terre, ni maligne influence du soleil.

En Chine, c’est aussi une maxime reçue que, si l’année est bonne, c’est que l’empereur est béni du ciel, et ses sujets lui en tiennent compte. Mais il court grand risque d’être détrôné s’il survient quelque tremblement de terre ou une suite d’inondations ou d’incendies, car alors on croit, voir un arrêt du ciel dans ces désastres.

« L’Impartial. » Djidjelli, 1931.

Les graines du diable

Publié le Mis à jour le

pif-hercule

La Nature signale le fait très curieux de graines de tamarin qui sautent d’elles-mêmes, très violemment, quand on les place sur une surface plane. Chacune de ces graines, quand on les ouvre, renferme un petit ver blanc très vivace et qui par ses mouvements arrive à briser de lui-même l’enveloppe où il est emprisonné.

Ce fait est fort intéressant et n’est pas, dit le même journal, très fréquent avec les graines de tamarin, mais il est connu des botanistes. Les coques d’une euphorbiacée de l’Amérique centrale, du Mexique, etc., présentent souvent le même phénomène. A cause de cela on leur donne en espagnol le nom de graines du diable.

C’est un insecte qui pique l’ovaire jeune, y dépose ses oeufs et alors les larves microscopiques s’insinuent à l’intérieur sans peine. Le tissu se reforme et ferme bientôt la petite galerie creusée sans qu’il y paraisse dehors. Là, la larve se développe, et ce n’est qu’à l’état adulte que la bestiole sort de son buffet, maintenant épuisé. Etant transformée complètement, elle recommence à déposer sa progéniture sur de jeunes ovaires.

« La Revue des journaux et des livres. »  Paris, 1885.
Illustration :  l-eusses-tu-cru.blogspot.fr

Fantaisies de Crésus

Publié le

chateau-papier.....Si nous en croyons la Joven Espana (]a Jeune Espagne), une vaillante petite feuille qui vient de commencer tout dernièrement sa publication à Madrid, un Anglais archimillionnaire, Mr. Fay, établi à Guanajato (Mexique), serait en train de se payer le luxe d’une fantaisie aussi rare que phénoménale. 

Il a fait commencer la construction d’un magnifique palais qui n’aura pas moins de cent mètres de hauteur (à peine deux hectomètres de moins que la tour Eiffel !), tout entouré de jardins immenses, qui rappelleront les légendaires jardins suspendus de Babylone et auxquels donnera accès un ascenseur géant.

Mr. Fay  croit qu’il faut vivre à cette altitude pour être à l’abri des microbes qui infestent l’atmosphère des grandes villes.

Le palais aérien, qui portera le nom bien mérité de Palais Sémiramis, sera en communication téléphonique, avec la ville de Guanajato, et l’eau y sera amenée d’une source située à une certaine distance et dont Mr. Fay s’est également rendu propriétaire.

Le plus curieux de l’histoire, c’est que ce palais babylonien, que supporteront d’énormes pilastres de fer massif, sera entièrement construit en papier mâché…

Voilà, vraiment, qui n’est pas banal ! 

« La Revue des journaux et des livres. »  Paris, 1887.
Illustration : montage perso.

Le chocolat chez les Aztèques

Publié le Mis à jour le

aztèques

Lorsque les Espagnols firent la conquête du Mexique, ils furent étonnés de voir un peuple puissant et d’une civilisation avancée préférer aux aliments les plus succulents la graine d’un arbre qui n’avait aucun rapport avec les grains et les fruits d’Europe, et d’en faire presque sa seule nourriture. C’était le fruit du cacaoyer que, dans leur enthousiasme, Linné et les naturalistes devaient nommer theobroma, nourriture des dieux, mais auquel, malgré les prétentions savantes, on a toujours conservé le nom de cacao qu’il portait chez les Aztèques.

Les Mexicains des hautes classes le consommaient pur, aromatisé de différentes manières et sucré avec du miel. Les grands et les guerriers avaient seuls le droit de se nourrir de certaines espèces — comme du plus restaurant des aliments, du plus capable de réparer les forces épuisées ou d’exciter la vigueur –, d’y joindre le Chillé, de le colorer avec du rucou (suc astringent de couleur aurore obtenu des semences du bixa orellana) et de le sucrer avec la sève du magney (variété de l’agave).

Pour Montézuma seul on y joignait le parfum de la vanille, et à toute heure du jour on entretenait dans son palais des vases d’or pleins de la royale liqueur.

Le peuple mêlait de la farine de maïs au cacao, broyé entre deux pierres, l’aromatisait avec le piment et le prenait cuit dans l’eau. Ces préparations s’appelaient chocolat, de deux mots de la langue mexicaine, choco, son, bruit, alte, eau, parce qu’on le battait dans l’eau bouillante pour le faire mousser. Au dire de Rables, de Cornejo d’Herrera, d’Oviedo, de Bernal Dias del Castillo, qui les premiers en ont parlé, le cacao était la principale nourriture des Mexicains; ils l’estimaient assez pour se servir de ses grains comme  de petite monnaie.

Maîtres du Mexique, les Espagnols apprécièrent bientôt les qualités aromatiques du cacao marié au parfum de la vanille. Ils eurent l’idée d’en combattre l’amertume avec du sucre, et dès lors l’usage du chocolat prit une extension plus grande encore. Introduit en Espagne il devint rapidement une des bases de l’alimentation publique.

La verve gauloise a sans doute ajouté un trait au tableau des pittoresques guenilles dont se drape la vanité espagnole en racontant que les mendiants s’abordent le matin en se demandant entre eux si leur seigneurie ont pris leur chocolat. Mais si un accident quelconque privait la paresseuse Espagne des cacaos de l’Amérique, nous doutons que, malgré sa sobriété proverbiale, elle pût supporter la disette qui l’atteindrait.

« Le chocolat. »  Delafontaine et Dettwiller, Paris 1859.