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Musée diplomatique

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banquetA peine le musée diplomatique est-il ouvert au ministère des Affaires étrangères que le bibliothécaire, M. Bertrand, a vu arriver deux collections de menus.

L’une de ce collections contient tous les menus des dîners offerts par les ambassadeurs et les ministres plénipotentiaires français, depuis 1860. Ils ne forment pas moins de quarante volumes. 

N’oublions pas que M. de Talleyrand affirmait qu’on ne fait de bonne diplomatie qu’à table.

« Revue hebdomadaire universelle. » Paris, 1904.
Illustration : Albert Uderzo.

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La circulaire

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Depuis la fondation de la République, la circulaire interdisant les recommandations a été signée plus de vingt fois par des ministres animés des meilleures intentions. Elle a toujours eu le même succès.

En 1894, M. Félix Faure, ministre de la Marine, la fit envoyer à tous les préfets maritimes qui la communiquèrent à tous leurs subordonnés. Huit jours après, un colonel de Lorient reçut une lettre où on signalait à sa bienveillance un jeune adjudant, qui allait passer un concours : elle était signée de M. Félix Faure.

Le colonel transmit la lettre au commandant qui devait présider au concours. Le commandant, qui avait ce qu’on appelle un sale caractère, mit la lettre au rebut.

Le mois suivant, M. Félix Faure vint visiter Lorient. Il se fit présenter le colonel et lui demanda des nouvelles de son protégé. Le colonel s’empressa de répondre qu’il avait fait le nécessaire et que le commandant G… avait été chargé par lui d’assurer le succès du jeune adjudant.

On appela le commandant qui déclara sans ambages :

Mon colonel, je me suis conformé à la circulaire récente de M. le ministre de la Marine qui interdit de tenir compte des recommandations.

M. Félix Faure tourna brusquement le dos à l’intraitable commandant et le colonel gémit. 

Malheureux, vous venez de me faire perdre ma croix de commandeur !

« Le Cri de Paris. » Paris, 1915.

Sur la Riviera

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mars-illustration

Certains journaux ont raconté avec force détails la folle équipée advenue à deux péronnelles sur la Côte d’Azur, et leur imagination aidant, ils ont dépeint les bottines, les toilettes et le luxe effréné de ces demoiselles. La vérité est moins extraordinaire, en revanche, elle est infiniment plus drôle.

Les deux petites bonnes femmes étaient mises très simplement et dépensaient, sans avoir la manière, d’assez grosses sommes. C’est pour cette raison seule qu’elles furent inquiétées… Lorsque le commissaire les eut interrogées, l’une d’elles dit, en le prenant de haut :

—  Je ne sais de quoi vous vous mêlez, mon père est au ministère de l’Intérieur, voici son nom, vous n’avez qu’à téléphoner.

Le commissaire s’en fut, fort ennuyé, réfléchit vingt-quatre heures, et enfin téléphona. A ce moment seulement, il sut que le père de la jeune personne était bien au ministère de l’Intérieur, mais comme garçon de bureau ! Il sut en même temps qu’avec sa fille quelques économies avaient elles aussi  filé sur Nice.

Il faisait si froid à Paris.

« Le Strapontin. »  Paris, 1917.
Illustration : Mars.

Pensons à nous

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dactylographes

Au ministère du Travail, le service des retraites était, depuis l’origine, assuré par un certain nombre de braves auxiliaires peu payés mais qui avaient paru suffisants pour une simple manipulation de fiches.

On vient de les remercier parce qu’ils sont trop vieux. Et on les a remplacés par un essaim de dames dactylographes.

Le public sera peut-être charmé d’apprendre que parmi ces dames dactylographes, il y a quelques filles de députés socialistes. Ces excellents socialistes ne croient pas déroger en plaçant leurs descendantes dans les bureaux de l’Etat.

 » Le Cri de Paris. »  Paris, 1914.
Illustration : Dactylographes en 1914 (Lewis W. Hine, Flickr).

Le planton du ministère

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Charles-Rigault-de-Genouilly.

En 1869, un lieutenant de vaisseau, M. Lulier, de caractère un peu vif, se livra, à la suite d’une discussion d’ordre personnel, à des voies de fait sur l’amiral Charles Rigault de Genouilly qui était ministre de la Marine.

Pour prévenir le retour de pareil fait, on décida d’installer un planton, qui est relevé de trois heures en trois heures, et qui aurait pour mission de protéger le ministre de la Marine contre ceux qui voudraient s’approcher trop près de lui.

M. Lullier, qui fut membre de la commune, est mort et enterré en Nouvelle-Calédonie; l’amiral Rigault de Genouilly est mort aussi depuis longtemps. Mais le planton demeure immuable pour protéger le ministre de la Marine.

Espérons qu’il n’en aura pas l’occasion !

 

« Le Journal du dimanche : gazette hebdomadaire de la famille. »  Paris, 1905.

L’histoire de trois œufs

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fonctionnaires

M. Picard, ministre de la Marine, s’applique, paraît-il, à simplifier les formules administratives de son département, si compliquées, et dont la chinoiserie dépasse ce qu’on peut imaginer. Il a fort à faire; en voici une preuve au hasard: La fonderie de Ruelle possède un relieur. Or, dernièrement, cet ouvrier ayant besoin d’œufs pour dorer le dos de livres qu’on lui avait confiés, s’adressa au chef ouvrier de son atelier, afin d’établir une demande d’achat de trois oeufs.

Cette demande dut alors aller successivement au chef surveillant technique, au dessinateur principal, au capitaine et au chef d’escadron. L’officier supérieur ayant approuvé, l’écrivain établit une demande d’achat en double expédition, munie des signatures des personnages cités ci-dessus. Ces papiers furent cornmuniqués ensuite au magasin général pour savoir s’il possédait cette marchandise. Sur réponse: « néant » les feuilles de demande furent transmises au rapport, où elles reçurent le visa du sous-directeur et du colonel-directeur. De là, elles passèrent au contrôle administratif et arrivèrent enfin au bureau de l’agent des détails administratifs, qui les communiqua à celui des commandes. Selon les règlements, on établit les demandes d’achat à tous les coquetiers de la localité, avec prière de faire connaître leurs prix sous pli cacheté. Ces réponses examinées, le commerçant ayant fait l’offre la plus avantageuse, fut déclaré adjudicataire. Une deuxième demande d’achat lui fut alors adressée avec ordre de livrer dans un délai fixé.

Ayant établi une facture, le commerçant apporta les trois œufs, qui furent déposés à la salle de dépôt, après que la facture eût été visée par le garde-consigne et l’agent administratif. A la salle de dépôt, on établit un procès-verbal de recette et on envoya au service demandeur une note d’examen de recette. Un agent fut détaché pour examen et signer la feuille avec avis d’acceptation.

Puis la Commission de recette, composée d’un capitaine, d’un adjoint principal chef d’atelier, d’un agent administratif et du garde-magasin, fonctionna à son tour; les œufs furent présentés aux membres de cette Commission et le procès verbal signé. C’est alors qu’une sous-Commission, dite d’entrée en magasin, fit prendre les œufs et les envoya à cet établissement, où ils furent placés dans un casier et inscrits sur les registres de comptabilité avec prix mentionné. Le service demandeur, avisé, vint les prendre au moyen d’un billet de comptabilité signé par le chef de service. Le relieur put enfin les employer; mais leur prix comme matières consommables, fut porté sur la feuille de travail de reliure des livres, avec le carton, la ficelle, la colle, etc.

Et, pour terminer, les services administratifs durent établir les feuilles de paument et les mandats pour que le commerçant pût se faire payer aux caisses publiques du Trésor, le montant de sa livraison: 0 fr.30.

« Les Temps nouveaux. Supplément littéraire. » Paris, 1911 (image d’illustration).