ministre de la Guerre

Simple peccadille

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journal_officielNous lisons dans le Journal Officiel de la République française du 16 octobre 1916, ces lignes splendides, et que cette pauvre Anastasie sera obligée d’encaisser :

M. Louis Devins, sénateur, demande à M. le ministre de la guerre si l’on peut nommer ou maintenir expert des commissions de ravitaillement une personne ayant à son casier judiciaire cinq condamnations, dont deux à l’emprisonnement, et dont l’intendance demande le remplacement.

M. le général Pierre Auguste Roques a répondu :

« Si par leur nature et leur cause, les condamnations encourues n’entachent pas l’honorabilité ou la probité de celui qui les a subies, et si le préfet, de qui relève la nomination et la révocation du personnel des commissions de réception, estime que l’intéressé peut exercer les fonctions visées, rien ne s’oppose à la nomination ou au maintien de celui-ci comme expert d’une commission de réception. »

Evidemment, nous aurions compris ce remplacement, si une cinquantaine de condamnations, dont au moins trois pour vol et quatre pour assassinat, avait émaillé ce casier judiciaire.

Mais pour cinq ? Voyons, voyons, vous n’y songez pas, Monsieur Devins, quelle foliiiie !

« La Grimace : satirique, politique, littéraire, théâtrale. » Paris, 1916.

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La vénération de l’épée au Japon

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Takashi_MiikeRécemment, plusieurs membres de la mission française d’aviation envoyée au Japon au mois de janvier 1919 pour instruire les aviateurs militaires japonais repartaient pour la France. Avant le départ des officiers français, le général Tanaka, ministre de la Guerre, offrit à chacun d’eux, pour les remercier de leurs services, une épée forgée par deux des plus remarquables armuriers contemporains, élèves du célèbre Tsukiyama.

Il est difficile à un étranger de comprendre en quelle haute estime l’épée a été tenue au Japon. Elle était appelée « l’esprit du Samouraï », et vénérée presque à l’égal d’une chose sacrée. Si elle a été une arme pour l’attaque, elle a été plus encore une arme pour la défense — défense de la vie et surtout de l’honneur du Samouraï. Le Japonais s’est servi de l’épée contre autrui, aussi bien que contre lui-même, pour sauvegarder son honneur. Une insulte à son épée était une insulte à sa personne et à celle de ses ancêtres qui l’avaient portée jadis.

L’examen d’une épée était soumis à une étiquette très stricte. Un journaliste américain conte, à ce propos, une aventure presque dramatique qui arriva à l’un de ses amis, il y a une trentaine d’années. Un jour, un Samouraï montrait à celui-ci une épée qui lui venait de ses aïeux. L’Américain ignorait l’étiquette et il ne regarda pas l’épée ainsi qu’il convenait. Le Samouraï, jugeant qu’on insultait à son épée, entra dans une violente colère et somma l’insulteur de se défendre avec l’arme qu’il tenait en mains, tandis que lui l’attaquerait avec une autre. Il fallut l’intervention pressante d’amis communs pour éviter une effusion de sang. Il est possible que ce soit là un cas exceptionnel;.du moins montre-t-il bien à quel point l’épée était honorée dans l’ancien Japon.sabre_japonaisIl est donc certaines règles essentielles à observer quand on examine une épée. En voici quelques-unes : il ne faut pas tirer la lame de plus de trois pouces hors du fourreau, sans permission : il faut tenir l’épée élevée au-dessus de la bouche, afin que votre haleine impure ne vienne pas souiller la lame, et ne jamais tourner le tranchant de celle-ci du côté de votre hôte.

Aussi respectueuse que celle du Samouraï était l’attitude de l’armurier vis-à-vis de l’épée qu’il forgeait. Il avait coutume. avant de se mettre au travail, de purifier la forge avec du sel. Il tendait devant la porte des cordes de paille pour interdire l’entrée aux esprits mauvais et aux êtres impurs. Enfin, lui-même se purifiait en se plongeant dans l’eau froide; puis, s’étant vêtu de blanc, il offrait des prières aux dieux.

Le Japonais, pour désigner ce merveilleux objet d’art qu’est une épée de son pays, se sert souvent de l’expression imagée « shusui », qui signifie « eau automnale ». Et véritablement, la vue de la lame au lustre admirable évoque la limpidité cristalline d’un cours d’eau en automne.

Aussi bien, cette sorte de culte n’est pas morte au Japon. Et c’est parce que les Japonais ont une telle vénération pour l’épée qu’ils l’offrent, en témoignage de gratitude à leurs amis étrangers.

 « Excelsior. » Paris, 1920.
Photo :« 13 Assassins » de Takashi Miike, 2010.

Le palais des papes en péril

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claude-marie-gordot

Depuis nombre d’années, tous les artistes demandent que ce palais des papes, qui a été transformé en caserne, soit rendu aux Beaux-Arts et que l’on y constitue un musée.

Et il semblait que tout le monde fut bien d’accord sur cette question, même l’autorité militaire. L’on avait même fait construire, à cet effet, une nouvelle caserne à Avignon.

Or, on assure que la municipalité d’Avignon demanderait que la garnison de la ville d’Avignon soit augmentée d’un régiment et que ce régiment soit logé dans le Palais des Papes. C’était bien la peine vraiment de faire tant d’efforts !

On s’en est inquiété aux Beaux-Arts, ainsi qu’auprès du ministre de la Guerre. Celui-ci a déclaré que jamais la ville d’Avignon ne recevrait un régiment supplémentaire.

Mais le Palais des Papes l’a échappé belle !

« Le Journal du dimanche : gazette hebdomadaire de la famille. »  Paris, 1905.