Minneapolis

Critiques et dés pipés

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L’impartialité complète de la pensée est une chimère, a dit un philosophe plus grand que M. Streliski. Trop d’influences tendent à modifier le jugement des plus invulnérables. Les Américains viennent précisément de remédier à cela. Ils ont inventé le moyen de rendre leurs critiques absolument impartiaux. 

Au premier abord cela semble un canard, comme nos voisins d’outre-mer ont coutume d’en bombarder notre crédulité. Mais au second, on est forcé de reconnaître que c’est possible, et de plus, simple comme bonjour. 

C’est M. Bourmann, organiste de Minneapolis qui en est l’inventeur. Le moyen consiste, avant un concert par exemple, à ne distribuer que des programmes où ne figure aucun nom d’auteur. On ne peut plus se pâmer sur la signature du produit. Il faut ainsi s’en rapporter à son propre jugement. 

Nous devons dire que le fait a déjà causé un grand émoi de l’autre côté de l’Atlantique. Dans  un dernier concert, une composition de Dudley Bruck (?) l’a emporté sur la sonate en ut mineur de Mendelssohn. 

L’invention est plaisante, comme vous voyez, et elle a du bon. Nous proposons de l’appliquer en France, mais seulement, pour ne gêner personne, quand tous les critiques musicaux sauront la musique. 

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Parmi les influences qui arrêtent la plume du critique, il y a celle de la beauté chez la femme. Ainsi au dernier Concert populaire on aurait évidemment hésité à refuser du talent à Mmes Bilbaut-Vauchelet et Conneau. Les applaudissements ont éclaté très vifs à l’adresse des sympathiques chanteuses. Et à propos d’applaudissements, Juliette Bilbaut-Vauchelet nous contait gaiement une anecdote qui date de ses premiers débuts à l’Opéra-Comique, en 1877. 

La veille du grand jour elle rentrait chez elle après la répétition du Pré-aux-Clercs où elle devait paraître pour la première fois, dans le rôle d’Isabelle. Un monsieur insista pour lui être présenté : 

— Vous débutez demain, mademoiselle, dit-il. 
— Oui, monsieur. 
— Et vous désirez être applaudie ? 
— Mais, le plus possible. Qui ne le désirerait à ma place ? 
— Très bien. Alors, je vois que nous nous entendrons. 
— Je ne vous comprends pas, monsieur. 
— Comment ! vos camarades ne vous ont donc pas dit ?… 
— Quoi ? 
— Allons, allons, je vois que c’est un véritable début, dit-il, en appuyant sur chaque mot. Puis, avec un sourire narquois et une courbette grotesque, il ajouta :
— Je suis le chef de claque, mademoiselle… pour vous servir.  Mlle Bilbaut-Vauchelet comprit ce que voulait le parasite. Elle s’exécuta de bonne grâce. 

Donc tout succès se paie à Paris, et souvent fort cher quand on n’a pas de talent.

Maintenant, Mme Bilbaut-Vauchelet nous a assuré qu’elle ne payait plus le chef de claque. Parbleu ! nous le croyons sans peine. mais tout le monde ne pourrait pas en dire autant. 

« Gazette artistique de Nantes. » Nantes, 1887.

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To be or not to be

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Ignatius Donnelly, qui vient de mourir à Minneapolis, est l’auteur de la théorie célèbre d’après laquelle les drames de Shakespeare seraient l’œuvre de Francis Bacon. 

D’après d’autres chercheurs, le nom de Shakespeare constituerait tout simplement la figure graphique de la prononciation anglaise des deux prénoms français : Jacques-Pierre. Selon cette dernière théorie, le plus grand poète de l’Angleterre descendrait d’un des obscurs compagnons de Guillaume le Conquérant. Ce qui fournit à ce système quelque vraisemblance, c’est que le nom de Robespierre est pareillement formé de deux prénoms : Robert-Pierre, avec l’s qui, placé derrière le premier de ces deux prénoms, représente le génitif anglais, et leur donne la signification de Robert, fils de Pierre. 

Les aïeux de Robespierre auraient, dit-on, d’abord émigré d’Artois ou de Picardie en Angleterre ou en Irlande pour revenir s’établir à Arras. 

« Le Penseur. » Paris, 1901.