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Les lunettes magnétiques

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cuivres-femme-recurageCertains se souviennent encore sans doute du succès prodigieux qu’obtinrent en 1866, pour la guérison des migraines les plus violentes, les casseroles en cuivre étamé. La vogue fut telle, que bon nombre de personnes sujettes aux névralgies s’attachèrent à prévenir le mal au lieu de l’attendre,et remplacèrent par une casserole le bonnet de coton traditionnel.

La batterie de cuisine servant ainsi à deux fins dans la plupart des ménages et l’idée de se fourrer la tête dans toutes les casseroles de la maison se généralisant de plus en plus, il survint un désagrément que l’on n’avait pas prévu. La migraine, en partant, ne manquait jamais de priver la tête du patient de quelques-uns de ses ornements. Aussi l’année 1866, célèbre par la bataille de Sadowa, figurera-t-elle sur les almanachs futurs comme celle où l’on a trouvé le plus de cheveux dans la soupe.

La vogue des casseroles cessa bientôt, il est vrai, mais le principe fut maintenu et un industriel prussien s’appropria l’idée en fabricant des montures de lunettes, dont les branches, moitié cuivre et moitié zinc, remplacent avec avantage l’usage de la casserole.Les lunettes magnétiques (c’est le nom qu’on leur donne) laissent peut-être un peu à désirer sous le rapport de l’élégance, mais les personnes sujettes à la migraine ne sauraient s’en plaindre.

Il est d’ailleurs plus commode de porter des lunettes que de se coiffer d’un chaudron, et puis, ne faut-il pas toujours préférer l’utile à l’agréable.

« Le conteur Vaudois. » Lausanne, 1868.
Peinture : Edouard Leon Cortes.

Mode et mauvais goût

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Le cigare est une des erreurs de l’époque. C’est avec stupéfaction et douleur que les philosophes de la mode ont vu le cigare s’introduire dans les habitudes de nos dandys. Fumer est plus qu’un vice, c’est une faute. 

Et les femmes, ordinairement indulgentes pour les vices brillants de la jeunesse, ne le sont jamais pour les fautes qui portent atteinte aux égards qu’on leur doit. Il n’est guère de vice de jeune homme qui n’ait en soi son excuse, qui ne porte en lui sa rédemption : mais rien ne rachète les crimes du cigare, rien en lui ne fait oublier son détestable parfum. Aussi est-il peu de femmes miséricordieuses pour le cigare, fût-il du plus pur Havane. 

Depuis que nos moeurs élégantes, ont permis de fumer aux apôtres et aux disciples de la mode, cette habitude a été funeste à bien des passions ! C’est que le flambeau de l’amour  et le cigare de la Havane ne peuvent s’allumer au même feu. En Angleterre, dans ce pays qui fraternise si bien avec nous, pour tout ce qui est objet de mode, le cigare n’est pas en honneur chez les dandys et en exécration chez les merveilleuses. A ce sujet, on a exhumé une chronique testamentaire assez curieuse.

Un gentleman du comté de Derby, nommé sir Darney, institua son fils aîné héritier de tous ses biens, sous la condition que, si jamais il contractait l’habitude de fumer, celui de ses frères ou soeurs qui le trouverait fumant, aurait droit de lui reprendre la succession paternelle. 

Le gentleman qui portait une haine si profonde au cigare, avait été, dans sa jeunesse, un intrépide fumeur. Au retour d’un voyage dans les colonies, où il avait contracté l’habitude du cigare, il devint éperdument amoureux d’une veuve riche et jolie. Il fit sa cour, il parvint à plaire, et tout annonçait que ses voeux allaient être couronnés par un hymen vivement désiré, lorsqu’un jour la belle veuve le rencontra fumant. Elle jeta un cri de dégoût et d’indignation, et dès-lors tout fut rompu. En vain Darney demanda-t-il grâce et jura-t-il que jamais, à l’avenir, il ne toucherait plus un cigare : la belle fut inexorable, et deux semaines après, elle épousa un baronnet qui buvait comme un templier, mais que l’odeur du tabac faisait tomber en syncope. 

Le testament de sir Darney. était un amer ressouvenir de sa mésaventure.  

Lorsque les femmes en France seront admises à réformer notre législation, ce qui ne peut manquer d’arriver bientôt, elles frapperont le cigare de la vindicte des lois, et déclareront les fumeurs incapables d’hériter.  Ce sera à la fois de la justice et du bon goût.

« L’Entr’acte versaillais. » Versailles, 1865.

La petite vicieuse

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Eulalie Poireau est venue à Nice chercher une place avantageuse. On lui a justement indiqué un ménage sérieux sans enfants ni animaux domestiques. 

En arrivant dans le somptueux immeuble à six étages, Eulalie fut favorablement impressionnée par les faux marbres et l’arrogance du concierge. Au 5° étage la porte lui fut ouverte par un monsieur en caleçon de bain. 

Voilà donc un original, pensa-t-elle, prendre des bains de mer au mois de mars ! 

Mais une surprise plus grande lui était réservée lorsqu’elle vit venir à elle madame, en plus simple appareil encore. 

Nous allions nous mettre à table, dit celle-ci avec un gracieux sourire… vous nous servirez. 

Eulalie n’osait lever les yeux sur cette masse de chairs croulantes qui la précédait vers la cuisine. Madame n’était ni jeune ni jolie… Alors !… 

Il faisait, comme de juste, très chaud, dans l’appartement, et la petite bonne voulut ouvrir une fenêtre. Monsieur l’arrêta : 

Si vous avez, trop chaud, vous n’avez qu’à faire comme nous et enlever ces vêtements malsains… 

Ceci dit, Monsieur ôta tout tranquillement son caleçon… 

Eulalie ne connaissait pas la mode du « nudisme » qui s’implante en France, venant bien entendu de l’étranger. Elle les crut fous.  

Aussi rapidement que lui permettaient ses jambes vacillantes, elle s’enfuit du côté de la sortie, non sans entendre Monsieur proférer d’une.voix indignée :

Petite vicieuse ! 

« Cyrano : satirique hebdomadaire. » Paris, 1931.

 

Le langage de la mouche

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la « mouche » tente un retour offensif : depuis quelques semaines, la plupart des artistes qui « font » la mode ou qui la suivent jalousement, arborent ce nævus artificiel, à la scène et même à la ville, au coin de la lèvre, dans le sillon du sourire, ou à la commissure des paupières. 

La « mouche » qui était, au XVIIIe siècle, l’attribut le plus indispensable de la séduction féminine et qui avait, depuis bien longtemps, rejoint dans les oubliettes de la mode, les paniers, les perruques et tout l’attirail de l’élégance des contemporaines de Watteau. A ce propos, il est amusant de rappeler que le XVIIIe siècle, d’une galanterie si ingénieuse, avait créé le « langage des mouches ».

Selon la place où elle était posée sur le visage la mouche avait telle ou telle signification : au coin de l’oeil, elle était affectueuse. Au milieu du front, majestueuse. Dans la fossette du rire, enjouée. Au milieu de la joue, aimable. Sur les lèvres, coquette. Au-dessous de la lèvre inférieure, discrète.

Flossie. Paris, 1er janvier 1910.

Rossini et la Patti

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Peu de temps après les débuts de la Patti à Paris, Rossini, qui n’allait jamais à un « spectacle », comme l’on disait alors, voulut entendre le petit prodige à la mode.

Adelina s’en fut donc un soir chez l’illustre maestro, accompagnée de l’inévitable M. Straskosch. Elle chanta l’air du Barbier tout enguirlandé de fioritures.

Charmant ! divin ! s’écria Rossini. Puis se penchant vers son voisin, et tout bas :
Qu’est-ce qu’elle a chanté là ?
C’est l’air du Barbier !
Allons donc !
Je vous assure.
Je ne l’ai pas reconnu.
C’est, qu’il est un peu arrangé par M. Straskosch.
Alors, répliqua Rossini, c’est l’air du Barbier straskoschonné !

« L’Universel : magazine hebdomadaire illustré. »  Paris, 1903. 

Les femmes habillées en homme

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La Ligue pour l’émancipation des femmes voudrait, dit-on, modifier le costume féminin. A ce propos, les journaux ont publié la curieuse information suivante :

D’une manière générale, la Préfecture de police n’accorde de permission de travestissement que si le ou la pétitionnaire produit un certificat médical attestant la nécessité de ce travestissement. Des exceptions furent faites à cette règle, exigeant le certificat médical, pour Mmes Dieulafoy, Rosa Bonheur, une ex-artiste de la Comédie Française qui voulait assister à une partie de chasse, et, il y a longtemps, pour Marguerite Bellanger.

Il y a actuellement dix femmes à Paris ou en province qui sont autorisées à porter le costume masculin. Il faut compter une directrice d’imprimerie qui peut passer absolument pour un homme, une femme qui exerce la profession de peintre en bâtiment, une artiste peintre, une femme à barbe qui a figuré à l’Eden autrefois, deux personnes mal conformées, et, enfin, une femme qui, extérieurement, a tout à fait l’air d’un homme, tellement elle serait ridicule si elle portait les vêtements de son sexe.

D’autre part, un marchand de pommes de terre de la banlieue a été autorisé à porter constamment un costume de femme, à cause d’une infirmité qui lui rend impossible l’usage d’habits d’homme.

« Gazette française. » Paris, 1891. 

La responsable

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irene-castle

Une ancienne étoile de l’écran américain, miss Irene Castle, à laquelle on attribue le lancement de la mode des cheveux courts, déclare a la presse qu’elle regrette amèrement cette innovation.

« On a vraiment poussé à l’extrême la mode des jupes courtes et des cheveux courts. Les femmes sont devenues de méchants garçons qui font fuir les hommes ! »

La voilà punie ! ça lui apprendra à lancer une mode pareille.

Pour bien faire, il faudrait qu’un Américain lance, pour les hommes, la mode des oreilles coupées.

« La Revue limousine. »  Limoges, 1926.