Molière

Les victimes de la critique

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daumierLe procès intenté par le ténor Alvarez à Comoedia redonne de l’actualité à l’éternelle question des droits de la critique. M. Alvarez n’est pas content des appréciations d’un journal : il ne veut pas passer pour un chanteur médiocre, et il demande 100.000 francs de dommages et intérêts.

Quel que soit le jugement du tribunal, le conflit n’est pas nouveau, et il semble bien que tout le monde devrait être d’accord là-dessus. Du moment qu’on a le droit de siffler un acteur, on doit avoir aussi le droit de le critiquer, de dire qu’il joue mal, et même d’écrire qu’il n’a aucune espèce de talent. Il n’y a pas de raison pour que le directeur de théâtre ne demande pas à son tour des dommages-intérêts pour le préjudice qu’on lui cause en critiquant un de ses pensionnaires. Cela peut mener loin.  

Heureusement cette intolérance est assez rare chez les comédiens, habitués aux attaques, aux injustices, et quelquefois à des projectiles jetés sur la scène. Celui qui dépend du public doit s’attendre à être méconnu et incompris, et il n’y a encore qu’un moyen de prouver qu’on a du talent, c’est d’en montrer. Un acteur qui se fâche ne prouve pas qu’il joue mieux.   

Ce genre d’intolérance n’est pas particulier aux comédiens. Les gens de lettres sont également très chatouilleux et supportent malaisément la critique. On croyait, jusqu’à ces dernières années, qu’un critique dramatique pouvait dire ce qu’il pensait d’une pièce, sans que l’auteur fût admis à protester. C’était assez naturel, si l’on ne voulait pas déchaîner d’interminables polémiques. Un procès retentissant a fixé la jurisprudence sur ce point. On se rappelle la demande en droit de réponse faite contre la Revue des Deux Mondes par l’auteur d’une pièce que M. Jules Lemaître avait amèrement maltraitée. Le tribunal condamna la Revue à insérer la réponse. La Revue s’exécuta,et l’écrivain entreprit de démontrer, dans un long factum, que son drame était excellent. Si tous les auteurs se montraient aussi délicats, les colonnes des journaux déborderaient de protestations, et la critique, dramatique ou littéraire, serait impossible, car le romancier dont on attaque les livres, le poète dont on raille les vers ont les mêmes droits.  

On était autrefois plus accommodant, et l’on supportait plus philosophiquement le blâme ou l’éloge. Gustave Planche avait la férule assez dure, et il a malmené assez terriblement Victor Hugo, qui en souffrit cruellement. Mais que faire ? Il dénonçait Planche à l’indignation de la postérité; il l’appelait âne, Zoïle, bandit;  « poète, ce méchant fait une lâche guerre… »,etc.  Barbey d’Aurevilly ne se gênait pas non plus pour nier le talent de ses contemporains; il cinglait même les femmes, et il faut voir, dans ses Bas-bleus, de quelle manière ! Et Veuillot ! Si tous les auteurs qu’il a éreintés  l’avaient traîné devant les tribunaux, Veuillot aurait passé sa vie au palais de justice; on ne lui contestait pas sa liberté d’appréciation; on se contentait de lui répondre des aménités qui le troublaient peu, jusqu’à publier des brochures avec ce titre élégant : les Puanteurs de  M. Louis Veuillot. 

Sous le despotique Louis XIV, les gens de lettres prenaient toute espèce de licence.  Boileau nommait les personnes en toutes lettres et ridiculisait ouvertement les mauvais auteurs. Molière faisait de même. 

Nous sommes devenus très chatouilleux en matière littéraire et fort indifférents en matière politique. Les injures politiques n’étonnent plus personne; on ne s’en indigne pas; on s’en fâche rarement ; on se traite réciproquement de canaille, de vendu, de traître et même d’assassin, ce qui signifie seulement qu’on n’est pas du même avis. La liberté illimitée de la presse a eu ceci de bon, qu’elle a rendu l’injure inoffensive. Il devrait en être de même dans le domaine littéraire et artistique.  

Mais les littérateurs, poètes ou autres, sont, depuis Horace, gens irritables. Racine était très sensible à la critique et avouait lui-même qu’elle lui donnait plus de chagrin que les louanges ne lui causaient de plaisir. Montesquieu en souffrait aussi. Pellisson raconte  qu’un jeune auteur fut si malheureux de la façon dont on jugea sa pièce, qu’il s’en retourna de dépit dans sa province. Les jeunes gens d’aujourd’hui se découragent moins vite, L’insuccès les ravit, au contraire. C’est avec des « fours », disent-ils, qu’on se fait connaître. Et c’est peut-être vrai. 

On a dit que Le Batteux avait tenté de se suicider en voyant le peu de vogue de ses  ouvrages classiques. Newton ne voulait pas publier son Traité sur l’optique, à cause des objections qu’on lui faisait. « Je me reprocherais mon imprudence, disait-il, si j’allais perdre une chose aussi réelle que mon repos pour courir après une ombre ». On dit que Pythagore, ayant fait quelques remarques un peu rudes à un de ses disciples, celui-ci alla se pendre, et depuis ce temps le grand philosophe ne reprit plus personne en public, D’Israëli cite, dans son recueil, un homme qui « était tombé dans une si profonde tristesse, à cause de quelques vers qu’on avait faits contre lui, qu’il en mourut ». Et il ajoute que George de Trébizonde « mourut de chagrin après avoir vu les fautes de sa traduction de Ptolémée censurées par Regiomontanus ». « L’histoire littéraire, dit-il, fait connaître la destinée de beaucoup de personnes qui, à proprement parler, sont mortes de la critique. » 

Il faut avoir l’âme plus forte et ne point se laisser abattre par ces injustices. La critique  use de son droit, même quand elle en abuse. Les négations passent; les œuvres restent. Relisez les studieuses attaques de Nisard contre les Méditations de Lamartine. Qui s’en souvient ? 

Quand on est sensible à la critique, le meilleur moyen est de ne pas lire ce que l’on écrit  sur vous. Les gens qu’on censure sont en train de réclamer le droit de réponse. Il vaut cent fois mieux ne pas répondre. C’était l’avis de M. de Sacy, qui le recommandait à Renan. L’auteur de la Vie de Jésus suivit toujours ce conseil. Malgré les attaques, fondées ou non, respectables ou injustes, dont il fut l’objet, il s’abstint toute sa vie de répondre un mot à ses adversaires. Tout au plus peut-on consentir à défendre littérairement son propre ouvrage. C’est ce que fit Molière dans la Critique de l’Ecole des femmes, et Montesquieu dans son admirable Défense de l’Esprit des lois

Et, pour finir, j’en reviens à mon idée : un acteur qu’on accuse de chanter faux n’a qu’à  continuer à chanter juste : le public s’en apercevra; et un homme de lettres à qui on refuse du talent n’a qu’à continuer à écrire : le public verra bien s’il en a.

Antoine Albalat.  « Ma revue. » Paris, 1908.
Illustration : Honoré Daumier.

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Molière et les pommes cuites

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comedie françaiseDans une édition des Caractères de 1845, au chapitre Ier, sous le titre : Des ouvrages de l’esprit, on lit cette opinion de La Bruyère que certains prétendent devoir s’appliquer à Molière. 

« Il réussit si mal la première fois qu’il parut à la tragédie d’Héraclius dont il faisait le principal personnage, qu’on lui jeta des pommes cuites qui se vendaient à la porte; et il fut obligé de quitter. Depuis ce temps-là, il n’a plus paru au sérieux et s est donné tout au comique, où il réussissait fort bien. » 

Taschereau, son meilleur biographe, dans son Histoire de la vie et des ouvrages de Molière (1825), réfute cette assertion; pourtant l’essentiel est de savoir si Molière, jouant dans Héraclius, reçut ou non des pommes cuites. 

Cela n’est peut-être pas invraisemblable. En effet, le Registre de La Grange, mentionne quatorze représentations d’Héraclius par la troupe de Molière, de 1659 à 1680, dont sept pour l’année 1661. La malheureuse représentation où Molière aurait subi un affront aussi outrageant ne serait-elle pas celle que La Grange cite, « ce samedi 18 mai 1659, avec une rentrée de 72 livres » ?

Molière, ce jour-là, n’avait touché, pour sa part de cette représentation d’Héraclius, que 3 livres.

« La Cité : revue de la Cité universitaire de Paris . » Paris, 1956.

Emprunts

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monnier-balzacBalzac appréciait beaucoup Henry Monnier et allait souvent lui faire visite; mais, comme l’auteur d’Eugénie Grandet ne jugeait pas à propos de s’astreindre  envers tout le monde aux règles étroites de la politesse, il fallait garder qu’une personne inconnue de lui, homme, femme ou enfant, se rencontrât sur son chemin il eût marché dessus sans les voir.

« Quand il vient chez moi, disait Monnier, et que je me trouve au milieu de ma famille, je jette ma femme dans une chambre à droite, mes enfants dans une chambre à gauche, je referme avec soin les portes, et alors seulement je m’occupe de lui répondre. »

Du reste, Monnier avait contre Balzac un sujet de rancune.

Molière disait, en faisant des emprunts aux auteurs dramatiques qui l’avaient précédé : « Je reprends mon bien où je le trouve. » Balzac, à son tour, disait :

« Un grand écrivain est le secrétaire de son siècle; il peut s’emparer de tout ce qui est à sa convenance chez ses contemporains. »

Il était sous-entendu que « le grand écrivains c’était lui, Balzac, et, en vertu de ce principe, il ne se gêna pas, une fois, pour puiser dans l’escarcelle de son ami. Parmi les scènes parlées de Monnier, se trouvait une Histoire de Napoléon racontée dans une veillée, petit chef-d’œuvre de naïveté militaire. Balzac l’avait entendue, et un beau jour, il vint prier l’artiste de la répéter pour lui seul. Monnier s’y prêta sans défiance, et quelques mois plus tard, ce récit était reproduit, presque mot pour mot, dans un des plus beaux romans de Balzac, le Médecin de campagne.

A la vérité, les droits de la propriété littéraire n’étaient pas alors définis aussi nettement qu’aujourd’hui. La preuve en est qu’un vaudevilliste du Palais-Royal s’empara, à son tour, de l’Histoire de  Napoléon, et Alcide Tousez avait dans la pièce un rôle très divertissant.

Elie Berthet. « Histoires des uns et des autres. » Paris, 1878.

Il ne s’est rien passé dans la nuit du 4 août

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Alors que la nuit du 4 août 1789 vit l’abolition des privilèges, celle du 4 août 1936 ne vit rien se produire de sensationnel. Bien que les comètes aient « mauvais œil », du moins selon les croyances populaires, celle du 4 août 1936 est passée impunément tout près de la Terre, à peine à 26 millions de kilomètres. A la vérité, personne, cette fois, n’eut peur, et l’époque n’est plus où les comètes étaient considérées comme de sinistres présages de cataclysmes, de morts subites de personnages illustres, d’épidémies, de guerre, et même de la fin du monde !

Donc, cette comète Peltier, ainsi nommée du nom de l’astronome amateur américain qui l’a retrouvée et signalée au début de cette année, ne nous a apporté aucune des catastrophes redoutées. A moins qu’on ne lui attribue la guerre civile d’Espagne, ou le triste été que nous subissons. Le 8 juillet, elle est passée à son périhélie, c’est-à-dire au point de son parcours le plus rapproché du soleil, et l’autre nuit, celle du 4 août, elle était donc à sa plus courte distance de notre monde, c’est-à-dire qu’à part la lune elle était l’astre le plus rapproché de nous. On ne l’avait pas vue depuis Clovis, ce qui n’est rien d’ailleurs à côté de sa révolution autour du soleil qui dure quarante-cinq siècles !

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En tous cas, sa queue n’a pas balayé la Terre ! Les humains ont eu moins peur qu’en 1910, où l’idée de la fin du monde s’était terriblement ancrée dans l’esprit de beaucoup de gens. Une inquiétude singulière s’était manifestée, surtout en Hongrie, où plusieurs personnes mirent fin à leurs jours pour ne plus vivre dans l’angoisse.

« Je me suicide avant d’être tué, écrivait un Hongrois, je crains la mort apportée par un astre !« 

La panique fut d’ailleurs telle en Hongrie, que les instituteurs et les prêtres durent multiplier les conférences pour rassurer le peuple. Beaucoup pour faire bombance jusqu’à leur dernière heure, avaient vendu tout ce qu’ils possédaient, tant ils étaient certains de mourir le 18 mai, jour où le phénomène se manifesta. D’autres se jetèrent dans des puits, non sans avoir la précaution d’enfouir dans leurs poches, tout leur argent. Près de Trèves, en Allemagne, une mère devenue folle de terreur, noya son bébé, tandis qu’à Moscou les trois quarts des gens semblaient avoir été gagnés par la folie. Une grande dame jugea bon de s’adonner à l’alcoolisme pour ne rien « ressentir ». A Odessa des prières eurent lieu dans toutes les églises, pour supplier le ciel d’épargner le cataclysme à la Russie.

comète.

C’était la fameuse comète de Halley, visible tous les 76 ans. qui avait provoqué une telle alarme, et qui, d’après certains, annonça la mort du roi d’Angleterre Edouard VII.

La première fois qu’on l’observa, ce fut en 837. Lorsqu’elle apparut dans le ciel. l’Empereur Louis le Débonnaire, affolé, appela son « astronome » qui lui annonça un changement de règne et la mort prochaine d’un prince. Le fils de Charlemagne, qui en avait conclu que sa propre vie était en jeu se livra à la prière et au jeûne. Il devait mourir trois ans plus tard.

Ce fut la même comète qui se manifesta en 1066, lors du débarquement des Normands en Angleterre. Les chroniqueurs prétendirent qu’elle servit de guide aux envahisseurs. A Bayeux, on voit une tapisserie attribuée à la femme de Guillaume le Conquérant où est représenté le roi Harold entouré de ses sujets tournant les yeux vers le ciel et levant les bras vers l’étoile fatale annonçant la bataille d’Hastings.

En 1264, la terreur provoquée par la comète ne contribua pas peu à la mort du pape Urbain IV et en 1456 le pape Calixte III lança l’anathème sur la comète et les Turcs ennemis de la Chrétienté qui assiégeaient Belgrade. Le pontife avait prescrit des prières spéciales, et c’est de cette époque que date l’Angélus de Midi.

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« Voilà mes destinées qui m’appellent ! » s’était écrié Charles Quint en 1531. lorsque la comète qu’Halley devait si bien observer plus tard se signala à nouveau. Celui qu’on put un moment considérer comme le maître du monde abdiqua, et ayant pris la bure monacale pour remplacer sa pourpre impériale, il se retira au monastère de Yuste.

Au printemps de 1773, le bruit s’était répandu qu’une comète devait bientôt se trouver sur le chemin de la Terre, la heurter, et infailliblement la broyer. L’alarme fut vive, notamment à Paris bien que l’astronome Lalande s’efforçât de rassurer la population et malgré les railleries de Voltaire dont on se rappelle la strophe :

Comète que l’on craint à l’égal du tonnerre,
Cessez d’épouvanter les peuples de la Terre
Dans un ellipse immense achevez votre cours.
Remontez, descendez près de l’astre des jours,
Lancez vos feux, volez, et revenant, sans cesse,
Des mondes épuisés ranimez la vieillesse.

Déjà Molière par la bouche de Trissotin n’avait-il pas évoqué la frayeur qui causaient les terribles nébuleuses :

Nous l’avons en dormant, Madame, échappé belle !
Un monde près de nous a passé tout au long
Et chu au travers de notre tourbillon,
Et s’il eut en chemin rencontré notre Terre
Elle eut été brisée en morceaux comme verre !

Presque toujours l’annonce de ces phénomènes célestes jetait les peureux dans les monastères ou les poussaient à léguer leurs fortunes aux moines.

cometa-orientalis

Comme une humble servante, Catherine de Médicis allait consulter l’astrologue Ruggieri sur l’influence que les astres voyageurs pouvaient exercer sur l’avenir de ses fils.

Cependant, « les Filles de l’espace » sont quelquefois bienveillantes : la comète de 1811 coïncida avec de merveilleuses récoltes et surtout des vendanges prodigieuses.

H. Cossira.« Le Monde illustré. » juin 1936.

Le spleen de Pierrot

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La Chronique médicale rappelait une anecdote qu’elle emprunte à Arsène Houssaye, et qui démontre qu’il n’est pas indispensable d’être gai pour divertir les hommes. Voyez plutôt. 

Un soir de 1840, un homme tout de noir habillé, se présente gravement chez le docteur Ricord. Le grand médecin fut frappé de cette physionomie lumineuse, quoique recouverte d’un voile de mélancolie : le front pensait, l’oeil parlait, la lèvre exprimait toutes les malices d’un sceptique.

 Vous êtes malade, monsieur ? demanda Ricord.
Oui, docteur, malade d’une maladie mortelle.
Quelle maladie ?
— La tristesse, l’ennui, le spleen, l’horreur de moi-même et des autres.

— J’ai vu cela, murmura Ricord en souriant, mais cela n’est pas une maladie mortelle, on revient de plus loin.
— Que faut-il que je fasse ? 

Ricord regarda le malade imaginaire, qui lui rappela Molière. 

 Que faut-il que je fasse ? dit encore le malade. 

Ricord qui avait vu Deburau la veille, lui répondit : 

 Allez voir Jean-Gaspard Deburau !
— Je suis Jean-Gaspard Deburau, docteur. 

« La Semaine littéraire. » Genève, 1927.

Edison

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edison

Thomas Edison va mieux. Il a déjà fait quelques promenades. Mais sa crise d’urémie n’est pas absolument finie et les médecins se montrent encore soucieux. 

L’inquiétude des médecins est d’ailleurs la dernière préoccupation d’Edison. Il ne veut pas écouter les Esculapes d’Amérique ni d’ailleurs. A peine mieux, il s’était assis, malgré leur défense, sur le bord de son lit. Comme il est un peu sourd, il prétend ne pas entendre leurs conseils. On lui met par écrit ce que veulent les médecins. Et on l’entend répondre qu’il n’a pas entendu… Il s’est même mis à fumer les petits cigares noirs qui lui plaisent. Il est ravi de narguer ainsi ses infirmières et ses docteurs.

Avec un si bon moral, on peut espérer qu’Edison va rapidement se rétablir. Voilà, certes, un malade comme Molière devait les aimer !

« L’Impartial. »  Djidjelli, 1931.

Gais moucherons d’un soir d’été

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troupe-moliere

Le romantique Friedrich Schlegel reproche à Molière d’avoir fondé ses ouvrages sur la froide imitation de la vie réelle. Il ajoute un peu plus loin :

« Marivaux est dans mon opinion très supérieur aux auteurs qui se bornent à une stricte imitation de la vie. »

Voilà donc, par décision de M. Schlegel, Molière très inférieur à Marivaux ! Après cela, on ne doit pas être surpris de voir le même M. Schlegel définir ainsi le vaudeville :

« Les vaudevilles sont comme les moucherons qui bourdonnent dans une soirée d’été : quelquefois ils piquent, mais toujours ils voltigent gaiement tant que le soleil de l’occasion luit pour eux. »

C’est bien là le goût d’un homme qui met Molière au-dessous de Marivaux. 

« La Revue théâtrale. » Paris, 1833.
Illustration : Bayard presse.