Mona Lisa

La Joconde du Louvre  serait une vulgaire copie 

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rodney-pike— Le Sunday Express s’est laissé raconter une extraordinaire histoire par un certain Jack Dean, qui se donne comme un ancien bandit de haute pègre et accompagne fièrement ses « révélations » de sa photographie. 

Il s’agit, une fois de plus, de la Joconde. Ce Jack Dean nous assure qu’il prit part, en 1911, au vol du célèbre tableau de Léonard de Vinci. Il eut deux complices, dont Vincenzo Peruggia, entre les mains de qui fut retrouvée la Joconde, en 1913. Aujourd’hui, M. Jack Dean a affirmé que le tableau du Louvre n’est qu’une copie. L’original se trouverait dans une collection particulière, en France. Si sûr est-il de son fait qu’après avoir tenté de convaincre l’ambassadeur de France à Londres, il est parti pour Paris afin de voir le directeur des beaux-arts. 

Les voleurs auraient fait faire six copies de la Joconde; ils en vendirent cinq à des collectionneurs américains, en affirmant à chacun d’eux qu’il tenait la vraie Mona Lisa, dérobée au musée du Louvre, et en exigeant, naturellement, le prix fort. La sixième copie fut volée à ses deux complices par Peruggia, qui s’enfuit avec son butin en Italie. Le bandit millionnaire s’était mépris. Il avait cru emporter l’original. Il perdit son temps à essayer de vendre le tableau et se laissa finalement pincer, en 1913, à Florence. 

Les experts des beaux-arts du Louvre n’y virent que du feu et c’est une copie qui fut installée au Louvre, à la place de la vraie Joconde. 

Jack Dean et son complice se trouvèrent assez embarrassés avec le panneau original resté entre leurs mains; ils ne tenaient pas à refaire le voyage d’Amérique pour trouver un sixième milliardaire. Et en Europe, la police veillait. Ils se décidèrent à vendre le tableau comme une copie. Un marchand parisien l’acheta pour 2.000 francs. Depuis Jack Dean, ex-bandit devenu expert d’art, a retrouvé le tableau dans la galerie d’un collectionneur français, qui est très satisfait de son acquisition, mais croit toujours, bien entendu, n’être en possession que d’une excellente copie. 

Et voilà, à en croire notre confrère anglais, l’histoire que l’ex-bandit a racontée au directeur des beaux-arts. Si vous n’êtes pas satisfait, comme le sont, sans doute, la plupart des deux millions de lecteurs du Sunday Express, c’est que vous n’aimez pas les bonnes histoires. 

« Le Journal. » Paris, 7 août 1933.
Illustration : Rodney Pike.

Les vols dans les musées 

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la_jocondeLes richesses accumulées dans ces « cimetières de l’Art » qu’on appelle des musées, ont bien souvent tenté les voleurs. Mais, autrefois, ce n’étaient généralement pas les tableaux qui excitaient les convoitises des malfaiteurs. 

C’est que, jusque-vers le milieu du dix-neuvième siècle, les tableaux, même les plus anciens, ne passaient pas pour représenter de véritables fortunes. Le collectionneur, en ce temps-là, était un type assez rare. On connaissait parfaitement les quelques amateurs qui possédaient un « cabinet »; et c’eût été folie que d’aller leur proposer un tableau volé  dans quelque musée, parce qu’ayant une connaissance parfaite de tout ce que renfermaient les collections publiques, ils eussent immédiatement reconnu l’objet et fait arrêter le voleur. 

Mais la situation a changé de nos jours. L’amateur, si rare naguère, pullule à présent. Tout nouveau riche veut avoir sa galerie; et il achète à n’importe quel prix. C’est à son snobisme que nous avons dû le prodigieux agiotage qui s’est produit depuis tantôt un demi-siècle (article paru en 1939) sur les œuvres d’art des écoles les plus diverses. Et puis, l’Amérique est entrée dans la danse. Elle s’approprie à coups de dollars les chefs-d’œuvre de la vieille Europe. Tant pis pour les pays qui ne savent pas défendre leur patrimoine artistique ! Ils seront peu à peu dépouillés. 

Et cette « collectionomanie » encourage tout à la fois et l’industrie des faussaires, qui fabriquent de fausses œuvres d’art et des faux tableaux, et celle des voleurs qui pillent les églises, les collections privées et les musées. Sans doute, on y volait auparavant — on y a volé de tout temps — mais on n’y volait pas les toiles. Ce que les cambrioleurs d’autrefois recherchaient, c’était uniquement l’objet en matière précieuse, le bijou ou la pièce de numismatique dont ils se débarrassaient plus aisément et à meilleur compte qu’ils ne l’eussent pu faire d’un tableau. 

La nuit de la Saint-Barthélémy 

Le plus ancien vol de ce genre dont on ait conservé le souvenir est celui qui fut accompli au Louvre, dans la nuit du 24 août 1572. Date tragique que des événements autrement graves qu’un simple vol ont fixée dans l’histoire. Ce fut la nuit de la Saint-Barthélémy. Profitant du désarroi causé jusque dans le palais par les massacres qui ensanglantaient Paris, des hommes armés et masqués pénétrèrent jusqu’au cabinet royal des monnaies et médailles et emportèrent la collection entière. 

Moins d’un siècle plus tard, en 1665, le « Cabinet » fut de nouveau dévalisé. Le voleur y pénètre la nuit, comptant n’y rencontrer personne. Mais le « concierge » comme on disait alors, c’est-à-dire le conservateur des monnaies, l’abbé Bruscaud, antiquaire renommé, couchait auprès des richesses dont la garde lui était confiée. Il accourut au bruit, mais il n’eut pas le temps d’appeler à l’aide : le voleur l’étendit mort d’un coup de poignard au cœur. 

Mais le vol le plus considérable dont notre musée de numismatique ait eu à souffrir est celui qu’y accomplit, en 1832, un ancien forçat évadé, du nom de Fossier. Ce malfaiteur y pénétra une nuit et fit main basse sur les plus belles pièces. Il en emporta quarante kilos dans un sac. Sa capture fut un des hauts faits du célèbre Vidocq. Celui-ci, comme chacun sait, avait été voleur avant d’être policier. Il avait connu Fossier au bagne de Brest; et ce dernier l’avait quelquefois entretenu d’un projet de cambriolage du cabinet des médailles. Vidocq se souvint à propos de ces confidences de son compagnon de chaîne, et il se mit à la recherche de Fossier. Il le retrouva chez son frère, horloger, quai de la Tournelle. Mais il était trop tard pour sauver les pièces volées : elles étaient fondues en lingot. La perte fut évaluée à plus de quatre millions. 

Histoire de la Tête de Bois

Les voleurs de musées, en ce temps-là, ne se piquaient pas d’être des amateurs d’art; ils se contentaient de voler de l’or et dédaignaient tout ce qui n’était pas en matière précieuse. Ceux d’aujourd’hui ont plus de discernement; mais, par contre, ils témoignent de moins de sens pratique que leurs devanciers. 

Quand ils volent un chef-d’œuvre pour sa beauté universellement reconnue, pour la valeur que lui donne sa célébrité, ils commettent fatalement la pire des gaffes. Il n’y a pas d’exemple, en effet, que le voleur d’une œuvre d’art célèbre, connue du monde entier, ait pu en tirer profit. Voler la Joconde de Léonard de Vinci ou l’Indifférent de Watteau, ou quelque autre tableau fameux d’un des grands musées du monde, autant vaut voler les tours de Notre-DameVoulez-vous une anecdote typique à ce propos ? Voici l’histoire de la Tête de Bois du musée de Vienne (Isère). 

Ce musée possédait une tête de femme qui était en Ivoire, mais que l’on croyait en bois, et qu’on estimait, dans le monde des archéologues, comme l’une des plut remarquables sculptures sur bois connues de l’époque romaine. Un beau jour, la Tête de Bois disparut. Vainement on la chercha. On avait renoncé à la retrouver, lorsque, quelques mois après, en mettant de l’ordre dans un des bureaux d’octroi aux portes de la ville, les employés trouvèrent un paquet soigneusement enveloppé qu’ils ouvrirent. O surprise ! Ce paquet contenait la fameuse Tête de Bois

Le receveur de l’octroi se souvint alors qu’un jour un honorable commerçant de la ville, qui était même conseiller municipal, l’avait prié de vouloir bien lui garder ce paquet qui l’encombrait et qu’il devait venir reprendre en passant. Or le personnage n’était jamais revenu. Ayant volé l’œuvre d’art, il s’était rendu compte, son larcin accompli, qu’il ne pourrait s’en défaire; et il n’avait rien trouvé de mieux que de la déposer sous un prétexte au bureau de l’octroi. 

La Tête de Bois réintégra le musée; et le voleur, arrêté, paya de la prison ce vol sans profit pour lui. C’est là ce qui se produit généralement : les vols des œuvres d’art célèbres ne réussissent jamais à ceux qui les ont accomplis. 

Des vols un peu partout 

Ce n’est guère que depuis une cinquantaine d’années (article paru en 1939) que les vols dans les musées se sont généralisés. On a beaucoup volé dans les musées de province. Et quoi d’étonnant ? Ces musées, en général, manquent de la surveillance la plus élémentaire. 

La fameuse bande Thomas, spécialisée, il y a une trentaine d’années, dans le vol des œuvres d’art des églises, dépouilla aussi quelques musées. Elle enleva au musée de Guéret plusieurs croix, châsses et reliquaires. Le musée d’Amiens reçut aussi la visite d’une bande de voleurs. Ceux-ci étaient des connaisseurs, car ils avaient jeté leur dévolu sur une précieuse miniature et sur six des meilleures toiles du musée. Le piquant de l’aventure, c’est que le musée d’Amiens venait d’être muni d’un système de sonneries électriques qui devait donner l’alarme en cas de cambriolage. En raison de ces précautions nouvelles et qu’on croyait suffisantes, la surveillance par rondes avaient été supprimée. Les voleurs, probablement, connaissaient cette circonstance et n’attendaient que cela pour agir. Ils le firent en toute sécurité, car les gardiens dormaient et les sonneries ne fonctionnèrent pas. 

A la même époque, le musée des antiquités de Rouen reçut la visite de cambrioleurs qui y prirent quatre émaux précieux. Le musée de l’Armée fut aussi dévalisé en 1904 et 1905. Le voleur, un certain Guillemain, fut pincé quelque temps après à l’Hôtel des Ventes, en flagrant délit. En 1923, on vola, au palais de Versailles, deux tapisseries des Gobelins, qui furent retrouvées coupées en morceaux. A Chantilly, ce fut le célèbre Diamant rose qui disparut une nuit. Mais les voleurs, ne sachant qu’en faire, en furent réduits à le restituer. 

Le musée des Colonies fut, lui aussi, victime des cambrioleurs; au mois de novembre 1937, on y vola le Trésor du sultan Ahmadou, que le général Archinard, après avoir chassé le souverain soudanais, avait rapporté en France en 1872. 

De la Joconde à l’Indifférent 

Mais venons-en au musée du Louvre. A plusieurs reprises, depuis une trentaine d’années, de petits objets disparurent du musée des Antiques. Puis, un beau matin d’août 1911, on s’aperçut que l’une des œuvres les plus importantes, la plus célèbre peut-être du musée, la Joconde avait été enlevée. On se livra à maintes conjectures sur les raisons de ce vol sensationnel; on bâtit force romans. Or la vérité était toute simple. Un ouvrier italien, employé à des travaux de réfection dans les salles du musée, s’était imaginé qu’il tirerait profit d’une peinture aussi célèbre, Il l’avait décrochée, le plus facilement du monde, et l’ayant sortie de son cadre, il l’avait tranquillement emportée sous son bras. 

Pendant deux ans et quatre mois, Mona Lisa demeura exilée du Louvre. L’homme l’avait emportée en Italie. Ce n’est qu’au mois de décembre 1913 qu’il se décida à en proposer l’achat à un antiquaire de Florence et qu’il se fit prendre, en voleur naïf qu’il était. 

Espérons que le même sort attend le ou les voleurs qui, audacieusement, viennent d’enlever, en plein jour, l’Indifférent de Watteau. Mais, en attendant, il faut tirer de l’aventure un enseignement : c’est à savoir que nos musées nationaux sont trop mal gardés, et qu’il convient d’y renforcer sérieusement la surveillance. 

Les œuvres d’art qui y sont renfermées ne représentent pas seulement une valeur matérielle qui se chiffrerait pas des milliards; elles représentent encore une valeur morale inestimable, car un grand nombre d’entre elles sont les témoignages et l’illustration de notre histoire artistique.

« Le Petit journal. » Paris, 1939.

Le sourire de la Joconde 

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jocondeVoilà quatre siècles, bientôt, disait en 1891 feu Gruyer, que Mona Lisa fait perdre la tête à tous ceux qui parlent d’elle après l’avoir longtemps regardée.  

Là où Vasari, sous le règne de Henri II, se contentait de dire : Qui veut savoir jusqu’à quel point l’art peut imiter la nature s’en rendra compte aisément en regardant cette tête, car Léonard en a représenté les moindres détails avec une extrême finesse; là où, sous Louis XIV, Félibien constatait : Qu’il y a tant de grâce et tant de douceur dans les yeux et dans les traits de ce visage qu’il parait vivant, un M. Bonnamen, en 1908, se croit obligé de déclarer que La Joconde est une philosophie de la femme. Elle est tout l’éternel féminin, et M. Séailles, plus ténébreux, affirme que Son mystère est celui du génie même en qui la connaissance nourrit l’amour

Je vais à elle, écrit Michelet, malgré moi, comme l’oiseau va au serpent.  

C’est une fascination qui a pris corps, insiste George Sand. Si Don Juan, s’écrie Théophile Gautier, avec un lyrisme grandiloquent, avait rencontré la Mona Lisa, il se serait épargné d’écrire sur sa liste mille et trois noms de femmes. Il n’en aurait tracé qu’un et les ailes de son désir eussent refusé de le porter plus loin .

Ce qui semble surtout avoir excité la curiosité des commentateurs, c’est le fameux sourire de la Joconde. Les uns en ont été terrifiés. La Joconde, pour George Sand, avec sa douceur souriante, est tout aussi effrayante que la Méduse. Arsène Houssaye parle de son Charme provocant et ineffable, cruel et divin, sibyllique et voluptueux. Théophile Gautier, déjà cité, nous assure qu’elle sourit à ses innombrables amants, et M. Bonnamen croit aussi que ce sourire est une invitation à l’amour. Arsène Houssoye le qualifiait de satanique, Geffroy y lisait le jugement désenchanté du peintre, et M. Paul Bourget, plus prudent, parce que moins imaginatif, nous apprend que ce sourire ne sera jamais défini, tout simplement parce qu’il est du mystère copié

Le véritable historien de l’art ne se paye pas de belles phrases; comme le dit à peu près Volney, il va vivre parmi les archives, il interroge les manuscrits et les chartes sur les secrets des âges disparus et il découvre que, le 1er juin 1499, Giocondo perdit une fillette en bas âge qui fut enterrée à Florence dans l’église Santa Maria Novella. N’est-ce pas dans ce deuil récent d’une jeune mère que nous devons, avec M. Salomon Reinach, chercher la raison véritable de ce sourire mélancolique qui a tant intrigué les commentateurs.

« Gil Blas. » Paris, 1914. 

Pour faire sourire la Joconde

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joconde

Se trouvant à Florence, vers 1500, Léonard de Vinci entreprit de faire le portrait de Mona Lisa, femme de Francesco del Giocondo. Mona Lisa était une très belle femme, et elle avait un sourire si particulier, si agréable ! il lui fallait croquer parfaitement ce sourire.

Enorme difficulté que Léonard parvint cependant à vaincre, grâce à un procédé qui ne manque pas d’originalité. Il entoura la belle Mona Lisa de musiciens, de chanteurs et de bouffons qui l’entretenaient dans une douce gaieté. Léonard travailla pendant quatre ans à l’exécution de ce tableau. On ne sait combien de temps musiciens, chanteurs et bouffons furent en réquisition.

Le sourire, admirablement reproduit, plut tellement au roi François 1er qu’il acquit l’oeuvre de Léonard de Vinci pour la somme de douze mille livres. Somme énorme pour l’époque; mais on tenait cette peinture pour une chose merveilleuse et s’accordait à déclarer que la figure de Mona Lisa était d’une exécution à faire reculer l’artiste le plus habile du monde qui voudrait l’imiter.

Ce portrait est connu sous le nom de la Joconde. Vous tous qui allez l’admirer au Musée du Louvre, inclinez-vous devant l’œuvre du Maître, mais ne refusez pas un souvenir aux musiciens, chanteurs et bouffons qui, entourant le chevalet de Léonard de Vinci, ont su provoquer le sourire de la Joconde.

« Le Pêle-mêle. » Paris, 1929.

Précision : Cet article ne présente ici qu’une hypothèse… parmi beaucoup d’autres plus ou moins farfelues.