monstre

Un monstre

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monstreUn événement singulier et sans exemple fixe en ce moment l’attention de notre ville. Avant-hier matin, un animal amphibie, ayant la forme d’un cheval, de la hauteur de huit pieds cinq pouces, et d’une longueur proportionnée, ayant une longue queue, la peau tigrée et impénétrable à la balle de fusil, avec deux nageoires tranchantes et aiguës comme l’acier le plus aiguisé, et qui paraissent également propres à la défense de ce monstre, sortit tout-à-coup de la mer. On aurait pu dire de lui poétiquement :

Le flot qui l’apporta recule épouvanté. 

Cet animal se jeta dans les campagnes voisines où il porta la terreur et l’épouvante. L’effroi était tel que l’on abandonnait les travaux pour se sauver à son approche. Quelques chasseurs lui lâchèrent des coups de fusil, mais la balle glissait sur sa peau écaillée. Cependant l’animal furieux continuait ses ravages dans la campagne, renversant et détruisant tout ce qui semblait s’opposer son passage. Ayant rencontré un troupeau de moutons, il tomba sur cette proie, et dévora une vingtaine de moutons avec une voracité plus grande que celle des tigres les plus féroces. 

Après plus de deux heures de dégâts et de carnage, le monstre, suffisamment repu se replongea dans la mer, en poussant d’affreux mugissements. L’on craignait avec raison  qu’une semblable scène de désastres n’eût lieu le lendemain, en conséquence il fut décidé que trente des plus braves citoyens de notre ville iraient attendre l’animal à l’endroit où il était sorti de là mer. 

Le 18, l’animal s’étant remontré, alléché sans doute par la proie de la veille, nos braves compatriotes lui donnèrent la chasse : on remarqua que le monstre paraissait plus furieux encore qu’à sa première apparition. Enfin, après une chasse très chaude on a été assez heureux de le blesser derrière l’oreille et de le prendre ensuite en vie dans un filet.

Les savants, les. naturalistes et les curieux sont invités à donner leur avis sur l’espèce à laquelle peut appartenir un animal qui n’est décrit nulle part, et que dans les temps fabuleux on eût appelé sphinx, chimère, etc. 

« Journal des débats et des décrets. » Paris, 1801.(Oracle de Bruxelles.) Extrait d’une lettre d’Ostende, 20 germinal. 

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J’ai vu le serpent de mer

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serpent-merOn sait qu’il y a quelque temps, un de nos navires de guerre a rencontré, dans les eaux de la baie d’Along, près d’Haïphong, un animal étrange dont le commandant donnait officiellement, à ses chefs, cette description : pris d’abord pour un rocher, puis pour une énorme tortue.

« C’était une masse noirâtre, arrondie, que je prie d’abord pour un rocher, puis pour une énorme tortue… Peu après, je vis cette masse s’allonger et émerger successivement par une série d’ondulations verticales, toutes les parties du corps de l’animal ayant l’apparence d’un serpent aplati dont j’estimai la longueur à une trentaine de mètres et la plus grande largeur à quatre ou cinq mètres. »

On s’est demandé, à ce propos, si cet animal bizarre n’était pas de la famille du fameux  « serpent de mer » qui avait fait, jadis, couler tant d’encre dans la presse. Les savants ne se sont pas encore prononcés. Mais il nous a paru piquant de rapprocher, de cette curieuse rencontre, le récit que fit, il y a près de soixante ans, un chroniqueur parisien d’une excursion en mer qui lui avait permis d’apercevoir un monstre semblable : 

La voix sévère de la science ne s’est point encore prononcée pour éclaircir un fait que l’amour du merveilleux accepte volontiers au sujet du kraken, ou du serpent de mer. Mais je me rappellerai toujours qu’en 1846, me trouvant, pendant le mois d’août, à Newport, à l’époque de la saison des bains de mer, j’entendis raconter, à table d’hôte,  qu’un baleinier, arrivé la veille au soir, assurait avoir heurté, dans les eaux de l’île Nantuckel, un énorme serpent de mer qui avait plongé à l’instant pour reparaître à cinq cents mètres plus loin, visible de toutes parts, et offrant les plus effroyables proportions d’un monstre incommensurable. La peur avait empêché les marins de pourchasser ce  « kraken serpent », mais on l’avait suivi des yeux aussi loin que le télescope l’avait permis. Il avait, enfin, disparu dans la direction du cap Cod.

Cette histoire me parut, tout d’abord, un canard, d’autant plus que le journal de Newport l’avait reproduite in extenso, et que le rédacteur de l’article annonçait qu’un steamboat était frété pour aller chercher le « kraken serpent » et le combattre à outrance.

Naturellement ami du merveilleux, je quittai l’hôtel de l’Océan et me rendis au bureau du journal, où je trouvai le rédacteur de l’article occupé à faire ses préparatifs de départ. Il allait à la chasse du serpent de mer, et, lorsque je me fus nommé, il me proposa de l’accompagner. Inutile d’ajouter que j’acceptai cette proposition, qui me souriait de toute manière.

Un quart d’heure après, j’étais prêt à m’embarquer sur ce steamboat, à bord duquel se trouvaient près de deux cents amateurs armés de rifles de toutes sortes et de tout calibre. C’était le soir. Le soleil, qui se couchait, empourprait l’horizon au moment du départ. Une foule immense encombrait le warf, lorsque nous quittâmes la rive à toute vapeur. Du quai, on nous souhaitait un heureux voyage et une bonne chance. Je n’oublierai jamais de ma vie ce spectacle à la fois imposant et burlesque. Bientôt, les côtes s’amoindrirent, la nuit se fit et nous songeâmes au repos. Nous ne devions arriver au cap Cod qu’à la pointe du jour. Chaque héros s’arrangea de son mieux pour passer la nuit : les plus heureux dans un hamac; ceux qui étaient arrivés les derniers sur les banquettes, sur le plancher, où ils pouvaient.

Mon camarade dormait depuis longtemps et m’en donnait des preuves sonores, que j’étais encore éveillé, pensant au serpent de mer et à tous les Régulus américains qui allaient, dans quelques heures, me disputer l’honneur d’être le seul héros de la victoire. L’aube me surprit encore plongé dans ces réflexions orgueilleuses. Ma toilette et celle de mon ami furent vite achevées, et nous étions les premiers sur le pont, notre rifle à la main, un télescope dans l’autre, interrogeant l’horizon à travers la brume qui nous en dérobait la vue.

Peu à peu, le tillac se couvrit de tous les amateurs de ce sport d’un nouveau genre. Il ne manquait que des dames pour rendre la fête complète et l’on se serait cru, alors, à bord d’un steamboat parti pour une de ces excursions de pêche (fishing excursions) si célèbres aux Etats-Unis. Tous étaient prêts au combat. Il s’agissait de vaincre ou de mourir… sous le ridicule.

Deux heures se passèrent dans une attente pleine d’impatience. On désespérait déjà de rencontrer le moindre cachalot, le plus petit marsouin, la plus mince bonite, lorsque, tout à coup, une voix s’écria :

Good God ! I see him ! Je l’aperçois ! Voyez ! voyez ! là-bas, vers le Nord, dans la direction du cap Cod ! cette masse mouvante qui ressemble à une file de tonneaux attachés ensemble par chaque bout ! … Voyez ! Voyez !

D’abord, je l’avoue, je crus à une mystification. Les narrations fantastiques du  Constitutionnel et de plusieurs journaux américains me revinrent à la mémoire etobscurcirent ma myopie. Cependant, je voulais voir. Je cherchai à découvrir le monstre à l’aide d’un excellent binocle de Chevallier, qui ne m’avait jamais quitté dans toutes mes excursions de chasse… Enfin, dans la direction indiquée par le chasseur aux yeux perçants, j’aperçus, conforme à la description qui en avait été donnée, un immense poisson se tordant comme un S sur une mer assez calme.

A n’en pas douter, c’était un kraken, un serpent de mer. Le monstre n’était pas un mythe, c’était une horrible réalité.

Notre capitaine dirigea le navire sur cette masse mouvante et fit faire force de vapeur.

Un quart d’heure après, nous avions gagné sur le serpent. Nous pouvions mesurer approximativement sa longueur et distinguer ses formes, qui étaient celles d’une anguille gigantesque, mais très large sur le milieu du corps, et pourvue de nageoires fort longues, pareilles à des bras. La tête seule disparaissait sous l’eau, et, comme elle était la partie la plus éloignée de nous, il était impossible d’en saisir la configuration.

Nous n’étions plus qu’à une portée de caronade du monstrueux serpent, lorsque, tout à coup, un des chasseurs, qui se trouvait à l’avant du steamboat, eut la maladresse de tirer son rifle sur lui.

Ce mauvais exemple fut le signal d’une fusillade générale. Mais, bien avant que chacun de nous eût pu décharger son arme, le kraken disparaissait à tous les yeux, s’enfonçant à la mer et ne laissant, derrière lui, qu’un sillage qui s’aplanissait dans moins de temps qu’il ne m’en a fallu pour l’expliquer.

Cinq heures durant, notre steamboat sillonna la mer du cap Cod et suivit les méandres situés entre toutes les îles et les récifs de la côte du Massachusetts-State. Mais ce fut de la vapeur perdue en pure perte : le serpent avait repris la route de ses vallées profondes, de ses algues touffues, où le calme règne toujours. Il nous fallut songer au retour, et nous tournâmes notre proue du côté de Newport,

Honteux et confus,
Et jurant, pour ma part, qu’on ne m’y prendrait plus !

Heureusement qu’il était deux heures du matin lorsque notre navire arriva à quai. Grâce à la nuit, il fut facile, à chacun de nous, de regagner inaperçu notre domicile respectif. Quant à moi, je rentrai à l’hôtel de l’Océan, j’acquittai ma dépense, et, avant le lever des pensionnaires de M. Beaver, le landlord de ce caravansérail hospitalier, j’étais sur le chemin de fer qui conduit de Boston à New York. Là, du moins, j’étais sûr de ne pas avoirà subir des railleries sans fin, des plaisanteries amères pour celui qui avait vu le serpent de mer, mais qui ne l’avait pas mis à terre.

Nestor Roqueplan. «  Les Annales politiques et littéraires. » Paris, 1904.

Singe géant

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king-kongC’est une histoire qui est, paraît-il, authentique, et qui nous vient de l’Amérique du Sud.

Dans une des immenses forêts qui couvrent le Brésil, des mineurs ont aperçu un quadrumane d’une taille si considérable qu’il atteint trois fois la grandeur d’un homme. Quand les voyageurs l’aperçurent, le monstre brisait comme un fétu un arbre pour s’en faire une massue, 

Terrifiés, les hommes s’enfuirent, mais le singe leur barra la route et, après avoir bondi autour d’eux avec des gestes menaçants, il sauta sur un arbre et disparut. Ce ne sont pas les seuls témoins de l’événement, car des bergers affirment également avoir rencontré l’animal qui, selon eux, se nourrirait de préférence des langues arrachées aux chevaux et aux bœufs qu’il attaque à coups de bâton. 

S’agit-il là d’une espèce millénaire et dont les représentants ont à peu près disparu de la surface de la Terre ? 

« Le Journal de Toto. » Paris, 1937.
Illustration : capture d’écran : Kong Skull Island,  Jordan Vogt-Roberts, 2017.

Le serpent de mer… jadis 

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olaus-magnusNous n’avons même pas inventé le serpent de mer, puisque Rabelais en parle. Mais existe-t-il réellement ? Où n’est-il  qu’une hallucination des passagers ? Voilà qu’on le découvre, à présent, un peu partout en mer. Et M. Giard vient de nous donner quelques aperçus sur cet étonnant reptile.  

A quel groupe de reptiles faut-il rattacher le serpent de mer ? A aucun des groupes connus. Il n’est point encore classé. Du moins il semble qu’on doive aller chercher parmi les fossiles un animal dont la structure puisse répondre à celle du serpent de mer qu’on aurait aperçu dans la baie d’Along. Il est donc permis de supposer que ce serpent de mer appartient à un des groupes que nous considérions jusqu’ici comme disparus, par exemple : les Mosasaures ou les Ichtyosaures. C’est tout ce que l’on peut dire pour le moment, en attendant qu’une expédition scientifique spéciale permette de connaître mieux le serpent de-mer de la baie d’Along. 

J’ajoute que ces animaux, connus et redoutés des Annamites, doivent avoir fourni l’idée du dragon qui, modifié et amplifié par la légende, s’est héraldisé pour former l’emblème national de l’Annam. C’est l’opinion du lieutenant de vaisseau Lagrésile, auteur du  premier rapport sur le serpent de mer en 1897. 

On trouvait dernièrement, en Afrique, un animal terrien, l’okapi, que nous supposions depuis longtemps disparu. Pourquoi ne pourrait-on retrouver aussi le mosasaure ou l’ichtyosaure qui, s’ils existent encore, ne peuvent vivre qu’à de très grandes profondeurs dans la mer et n’apparaître à la surface que très rarement et comme par accident ?  

Tout cela est bel et bon. mais ne nous fournit que des considérations. Et comme j’aimerais mieux voir le serpent de mer, au Jardin des Plantes ou au Jardin d’Acclimatation 

« Touche-à-tout. » Paris, 1904.

Encore le monstre

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sherlock-holmes-nessieL’expédition scientifique organisée par le Daily Mail pour établir l’existence du monstre de Loch Ness assure que, pour la première fois, elle s’est rencontrée face à face avec le fameux serpent de mer. 

Cette expédition travaillait hier comme d’habitude, c’est-à-dire partagée en deux groupes dont l’un parcourait les rives du Loch Ness tandis que l’autre groupe se tenait à proximité, en canot automobile. Voici les cinq témoignages à peu près concordants qui ont été donnés par les membres de l’expédition. M. W. R. Turner, photographe du Daily Mail, donne les précisions suivantes : 

J’ai vu quelque chose qui se dirigeait avec une grande vitesse vers Drumnadrochit Bay et qui ressemblait à un canot automobile. J’ai pu distinguer nettement un objet noir qui pouvait être une bosse ou une nageoire. Cet objet produisait dans l’eau, autrement tranquille du Loch Ness, une vague énorme. Après quelques secondes, cet objet a disparu sous l’eau. 

M. M. A. Wetherell, explorateur africain attaché à l’expédition, a dit : 

C’était un objet noir d’une longueur d’à peu près quatre ou cinq mètres. J’ai appuyé sur l’accélérateur  pour approcher du monstre, mais il fit immédiatement un plongeon. D’après la vague qui le suivait, ça devait être un grand et très puissant animal. 

M. W. Renwick, pilote d’hydravion, donne les mêmes précisions sauf à prétendre que la partie de l’animal qui émergeait de l’eau avait de six à sept mètres de longueur. MM. G. O. Pall, photographe spécialiste des animaux sauvages, et T. G. Smith, mécanicien du canot, confirment les dires de leurs camarades et précisent que le canot dans lequel ils se trouvaient avait été très fortement ballotté par les remous produits par l’animal.

« L’Intransigeant. » Paris, 1934. 
Illustration : Une scène du film de Billy Wilder, La vie privée de Sherlock Holmes, 1970.

Monstres des océans

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krakenJamais la superstition humaine n’a peut être imaginé un monstre plus horrible que la pieuvre… Au-centre d’une masse gélatineuse et molle, repoussante, s’arrondissent des yeux fixes, et froids, larges parfois comme une assiette de dessert. Au dessous des yeux, un bec de perroquet énorme, recourbé, puis une sorte de gueule informe, trou immonde… 

Autour de ce sac flasque et bizarre, des bras de géant, des tentacules horribles, atteignant jusqu’à dix-huit ou vingt pieds de long, gros comme le corps d’un petit enfant, ponctués de suçoirs irrésistibles, qui tiennent, détiennent et retiennent implacablement la victime, quelles que soient sa force et sa grandeur. 

Mais connaît-on bien encore les plus grandes et les plus formidables espèces de pieuvre ?

Il y a quelques années, M. Hophins, commandant de la goëlette Mary Ogilvie revenait d’Australie lorsque, à huit kilomètres du golfe Exmouth, il rencontra un monstre  stupéfiant qu’il suppose être un poulpe, c’est à dire une pieuvre gigantesque qu’il prit, tout d’abord pour la carcasse d’une baleine échouée. Ce colosse avait à peu près la forme d’un violon aux proportions extravagantes. A plat, sur la surface de l’eau, il soulevait à la hauteur de trois mètres, un de ses huit tentacules formidables. 

Le capitaine Hophins ne put prendre la mesure absolument exacte de ce colosse extraordinaire dont la structure bizarre et l’étonnante énormité terrifièrent l’équipage. L’honorable marin, qui est en même temps un naturaliste distingué, n’est pas éloigné de croire que si le monstre eut atteint le navire, il aurait pu arriver à le faire chavirer.  Jamais, dans sa longue carrière de marin, il n’avait rencontré de monstre pareil à cette pieuvre géante. 

creature-krakenA mesure que les mers sont de plus en plus explorées, étudiées, fouillées, draguées à des profondeurs immenses si bien que le Pacifique finira par être aussi connu que le lac de Genève, on découvre chaque jour, des espèces étranges et colossales qui feraient croire à l’authenticité possible du fameux serpent de mer. 

Revenant d’un voyage à Trunchim, le savant capitaine Laurent de Ferry aperçut au milieu des vagues une sorte de serpent gigantesque. Aussitôt, il saisit son fusil et tire sur le monstre. Atteint légèrement, le reptile énorme rougit les flots de son sang et disparaît dans l’abîme. Ce monstre inouï, tout l’équipage eut le temps de le voir : sa tête horrible s’élevait à quatre pieds environ au-dessus des vagues et ressemblait d’une manière stupéfiante à celle d’un cheval. Une sorte de byssus épais et verdâtre faisait comme une crinière à son cou extrêmement allongé. 

Outre la tête de ce reptile effrayant, on distingua avec une netteté parfaite une douzaine de ses plis énormes qui renaissaient à une toise l’un de l’autre, longueur vraiment fantastique…. La tête deux fois grosse comme celle d’un cheval ordinaire et plaquée de deux yeux énormes et saillants avait, dans des proportions colossales, le bizarre aspect de la tête des petits hippocampes que l’on peut voir dans l’aquarium du Jardin d’Acclimatation. 

Après Laurent de Ferry voici un naturaliste bien connu, le pasteur Donald Maclan qui, sur la côte de Coll aperçut, lui aussi, un reptile marin d’une grandeur prodigieuse. Sa tête était terrifiante, aussi grosse que celle d’un taureau et présentant l’aspect hideux de la face d’un crapaud gigantesque. Plus effilé que le reste du corps, le cou, très allongé, était garni d’une sorte de crinière, tout comme le monstre aperçu par Laurent de Ferry. La longueur de ce reptile qui s’étalait tranquillement sur la surface des eaux, mesurait au moins 60 pieds. Plusieurs témoins oculaires ont affirmé le témoignage de l’honorable Donald Maclan. 

serpent-merQuelques mois plus tard, vint s’échouer sur la plage de Stronsa, l’une des Orcades, le corps d’un gigantesque reptile marin. Aussitôt, en présence du docteur Barcklay, auteur d’études géologiques estimées, des notables et des juges du pays, on dressa un procès-verbal constatant que le monstre avait dix-huit mètres de longueur et trois mètres de circonférence, qu’une espèce de crinière s’étendait jusqu’à la moitié de son corps, que les soies de cette toison bizarre étaient phosphorescentes la nuit, qu’enfin ce monstre avait des nageoires de quatre pieds de longueur ressemblant aux ailes d’un coq déplumé. 

L’espace dont nous disposons nous force d’être bref et de couper court à de saisissantes relations de ce genre. Elles sont très nombreuses et presque toutes confirmées par des témoins oculaires, aussi dignes de foi par leur caractère que par leur savoir. Que faut-il en conclure ? Nous ne faisons que raconter…

La mer est le domaine mystérieux de l’étrange et de l’horrible. Variées jusqu’à l’infini, les espèces les plus singulières couronnent les vagues, s’entassent sur les rivages, grouillent dans les abîmes….. Combien de pages du grand livre de la Nature n’ont pas encore été coupées ! Ces pages inconnues ne vont pas se perdre dans les profondeurs de la terre ou dans les hauteurs du ciel : Elles trempent dans la mer. Ce ne sont pas les nuages ou les forêts qui nous les cachent, c’est l’abîme ! 

Le Golfe Persique et la mer du Japon présentent quelquefois un spectacle saisissant, plein de grâce et de mystère : un champ de fleurs éblouissantes apparaît tout à coup sous les eaux transparentes, aux regards surpris du navigateur. Ce champ de fleurs sous-marines, plus éclatant que les bleuets et les coquelicots, n’est que la réunion de gigantesques tridacnes ou « grands bénitiers ». Comme les fleurs ouvrent leur calice, ces grands mollusques ouvrent leurs valves et, de leur coquille grande ouverte, resplendissent ces belles couleurs.
monstres-marins
L’écrin, c’est l’écaille, le diamant, c’est la bête. Soudain, on ne sait pourquoi, le bâillement général cesse sur toute la ligne et le parterre disparaît. Le grand bénitier est le roi des coquillages. C’est un géant et un hercule du monde des eaux. Souvent, chacune des valves de l’énorme coquille atteint jusqu’à sept pieds de long et ne pèse pas moins de trois cents kilogrammes. Des naturalistes affirment qu’il faudrait la force de trois chevaux attelés à l’une de ces valves pour faire bailler le colosse malgré lui. 

Jadis, la République de Venise fit présent à François Ier d’un gigantesque tridacne qui resta dans le trésor royal jusqu’au règne de Louis XIV. Cette splendide coquille sert aujourd’hui de bénitier dans l’église de Saint-Sulpice dont elle est la grande curiosité. En Chine, l’écaille du tridacne est appelée à d’autres destinations : quand les valves du grand bénitier sont vulgaires, on en façonne des auges pour les bestiaux. Quand elles sont intactes et fines, d’une remarquable beauté, elles servent de baignoires aux riches dames Chinoises. Dans ce cas c’est un objet de haut luxe, délicatement enjolivé d’ornements d’argent et d’or. 

Auge, baignoire ou bénitier, étrange destinée de cette fille des mers, qui conserve, dit-on, dans les replis de son écaille rose les âpres senteurs elles bruits confus des océans.

Fulbert Dumonteil. « Le Chenil. » Paris, 1902.

Il y a maintenant trois monstres

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loch-ness-monstreC’était à prévoir ! Le monstre de Loch Ness a obtenu trop de succès publicitaire et surtout financier pour ne pas réveiller les appétits vaniteux et voraces d’autres requins préhistoriques.

Le jour de l’An, on signalait la présence d’un monstre en Méditerranée, au large des côtes de Valence. Et ce matin, nous avons une troisième addition à la tribu des monstres. Cette fois-ci, d’après une dépêche de Stockholm, il aurait élu son domicile dans un lac situé dans la province d’Ostergotland. Ces monstres ne craignent pas l’eau froide !  A quand le monstre du Pôle Nord ? Mais celui  d’Ostergotland me surprend d’autant plus que, d’après mes expériences en Suède, par ce temps de l’année et mes minimes connaissances géographiques, ce lac doit être gelé d’un bout à l’autre et presque de part en part. Toutefois, la dépêche donne de telles précisions que l’on est forcé de ne pas la traiter à la légère.

La « tête du monstre, qui avait quelque chose de chevalin »  (cela semble familier, on a déjà entendu cette phrase pour le monstre de Loch Ness, dont il doit être le cousin), « était à un mètre au-dessus de la surface de l’eau ». Si la glace a 75 centimètres ou même un mètre d’épaisseur, ce monstre doit avoir le cou plus solide que les gros lutteurs que vous voyez au Palais des Sports ! Nous continuons, d’après la dépêche : « Il avait 35 pieds (une dizaine de mètres de longueur). Mais il semble être très timide, car il disparut aussitôt. »loch-nessAllons-y pour le « monstre timide ». Je croirais plutôt que c’est un monstre en patins. Il ferait un bien bon gardien de but pour les parties de hockey. En attendant, je vous donne les dernières nouvelles de notre vieil ami du Loch Ness.  

Hier, il a été vu par M. William Macintosh, un commis-voyageur en vins, whisky et épicerie de Fort Augustus. M. Macintosh arrêta son automobile au bord de la route qui longe la rive de Primerose Bay, à une faible distance de la Halfway House, une des hostelleries les plus renommées de Loch Ness. Le commis-voyageur en vins vit alors un colossal animal noir entrer dans la baie de Primrose et approcher à moins de cent mètres de la rive. II nagea, tout à son aise, pendant trois ou quatre minutes, mais à l’arrivée d’une autre automobile il parut effrayé par le bruit du moteur et mit le cap sur, le large, sa queue tournant dans l’eau comme l’hélice d’un contre-torpilleur filant à 30 nœuds à l’heure.

Je vous raconte cette histoire de commis-voyageur sans prendre aucune responsabilité. Les recherches continuent à Loch Ness. On se sert maintenant d’instruments appelés « hydrophones » qui, pendant la guerre, rendirent de grands services en permettant de trouver la position de sous-marins. Ces instruments, surtout les derniers inventés, sont d’une telle sensibilité, qu’ils permettent d’enregistrer et de localiser le plus léger bruit sous l’eau.Le Doodle de Google du 21.04.2015Le monstre de Loch Ness court le risque d’être bientôt pris dans un filet, comme un vulgaire sous-marin.

Tom Topping. « L’Intransigeant. » Paris, 1934.